12 Janvier 2016

Afrique du Nord: Pourquoi la prévention de l'extrémisme violent demeure un voeu pieux

analyse

Essoufflée, "La guerre contre le terrorisme" a cédé la place, il y a quelques années a "la lutte contre l'extrémisme violent " devenue le nouvel appel de Clarion pour faire face aux menaces des groupes terroristes tel que Daesh et ses acolytes qui sèment la terreur et fragilisent les fondations sur lesquelles reposent la paix et la sécurité internationales.

Cette nouvelle ombrelle, qui met l'accent sur la prévention, a vu le jour après le constat amer que la guerre contre le terrorisme qui favorise les mesures sécuritaires répressives avait certes tué des terroristes, mais n'a pas réussi à éradiquer le « isme », les idéologies dont s'abreuvent ces groupes armés

Sous cette nouvelle houlette, les pays du Sahel Sahara et d'Afrique du Nord, a l'instar d'autres pays sous d'autres cieux, ont multiplié les rencontres et colloques, adopté des plans d'actions et pris des mesures tous azimuts pour confronter individuellement et conjointement cette gangrène transnationale.

Lors d'un forum tenu à Tunis les 7-8 décembre dernier, des experts francophones en la matière, des leaders de la société civile, y compris des femmes et des jeunes se sont penchés sur les voies et moyens de privilégier la prévention précoce dans lutte contre l'extrémisme violent. Ils ont fait valoir que la prévention libère les décideurs de la tyrannie de l'urgent et permet, au delà des mesures sécuritaires immédiates, d'élaborer des stratégies à long terme qui traitent les facteurs sous-jacents qui nourrissent la radicalisation et la violence organisée.

Parmi ces facteurs les suivants ont été évoqués : le dépérissement de l'Etat et ses institutions, des élites éprises plus par le pouvoir que par le soucis de servir, l'absence d'une vision rassembleuse, la corruption et l'injustice sociale, le chômage qui frappe les jeunes en particulier, des politiques d'exclusion, la non-maitrise du champs religieux, le manque d'espaces pour le débat franc de la chose publique et le sacrifice sur l'autel de la stabilité et la sécurité les libertés fondamentales et l'état de droit. Tous des facteurs associés à la mauvaise gouvernance qui créé, a terme, un terroir favorable a l'éclosion du radicalisme violent et le terrorisme.

Les considérations géopolitiques ont été également abordées dans les discussions de Tunis comme des facteurs qui contribuent ou inhibent l'action contre l'extrémisme violent. Mais elles n'étaient pas traitées avec la candeur ni la rigueur qu'elles méritent, d'autant plus que ces facteurs ne sont que des secrets de polichinelle, même s'ils échappent souvent à la maitrise des états en raison de leur nature exogène et pernicieuse.

Plusieurs raisons militent contre un dialogue franc de ces considérations géopolitiques. J'en cite uniquement deux.

La première est qu'une analyse sans ambages de ces facteurs géopolitiques risque de mettre au grand jour l'identité des états et les élites bien nanties qui financent les mouvements radicaux et les médias puissants qui empoisonnent les esprits des jeunes et des sans-espoirs qui continuent a renflouer les rangs des ces mouvements. Il est évident que les états inféodés à ces puissants acteurs font tout pour offusquer ces vérités.

La deuxième est qu'une étude approfondie des causes sous-jacentes court le risque de ressusciter les déboires stratégiques de la « guerre contre le terrorisme » menée en Iraq et en Libye sous des prétextes différents et qui ont laissé dans leurs sillages en plus des dégâts matériels incalculables, des sociétés fracturées, humiliées et traumatisées. Dominique Moisi dans son ouvrage « la Géopolitique des Emotions », cite l'humiliation parmi les plus fortes émotions qui expliquent les dynamiques dans les relations internationales et le comportement de certains états. Il affirme que c'est dans le monde Arabo-Musulman où le sentiment d'humiliation est le plus ressenti, souvent accompagné par une nostalgie d'un passe glorieux, en face d'un présent dénudé de tout espoir. Daech et ses associés semblent trouver dans le résiduel des griefs inassouvis et l'humiliation une source intarissable pour motiver ses recrus et alimenter sa campagne revancharde meurtrière. Le Secrétaire général des nations unies dans son tout récent rapport sur la prévention des l'extrémisme violent semble corroborer cette thèse.

Une politique de prévention de l'extrémisme violent demeurera élusive aussi longtemps que ces vérités inconfortables et bien d'autres ne sont pas prises en compte dans nos analyses et dans la recherche de solutions durables a ce fléau qui ronge les tissues sociaux et gangrène les états.

Afrique du Nord

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