13 Janvier 2016

Bénin: La femme, la première accusée dans les cas de stérilité dans le couple

 La fécondité de la Béninoise demeure encore relativement élevée puisqu'elle donne naissance en moyenne à 4,9 enfants durant sa vie féconde, selon l'Enquête Démographique de Santé de l'Institut National des Statistiques et de l'Analyse Economique datant de 2012.

Les mêmes sources évoquent une fécondité précoce relativement élevée, soit 94% chez les 15-19 ans, qui augmente très rapidement pour atteindre son maximum à 25-29 ans à 251% et qui, par la suite, décroît régulièrement pour atteindre 17% chez les 45-49 ans.

Mais un certain nombre Béninoises sont privées du bonheur de l'enfantement en raison de la stérilité dans le couple.

Ce phénomène affecte plus d'un couple au Bénin et ailleurs dans le monde. Mais la femme en tant que maillon stratégique de tout processus de procréation attire davantage l'attention quand ce mécanisme de pérennisation du genre humain ne fonctionne pas bien.

Dans certaines sociétés patriarcales, cette stérilité du couple est le terreau fertile pour pointer un doigt accusateur vers la femme comme si qu'elle était la seule à porter le fardeau de l'infertilité ou de la stérilité. Et dans le contexte africain, la question de la stérilité a une toute autre importance.

Là, c'est surtout la maxime de Jean Bodin qui dit «qu'il n'y a de richesse que d'hommes» qui prime. Cette maxime est reprise en chœur dans plusieurs chansons populaires au Bénin.

On rappelle souvent que c'est l'enfant qui enlève la honte d'une famille, que c'est l'enfant qui soutient le socle familial dans les moments de faiblesses, c'est sur lui que les parents peuvent reposer lorsque les revenus finissent par manquer.

De ce fait, la femme qui n'arrive pas à enfanter est considérée comme un paria. On ne la respecte point, elle est accusée de tous les maux dans sa belle-famille.

Dr Laurenda Sossou, obstétricienne, explique que l'on distingue la stérilité primaire de la stérilité secondaire. Celle primaire concerne les femmes qui n'ont jamais enfanté mais au niveau des femmes ayant accouché au moins une fois, il est question de stérilité secondaire.

Awa, revendeuse à Cotonou, attend de concevoir depuis sept ans. Elle raconte que son mari l'a quittée après trois ans de vie commune.

Elle reconnaît que des analyses médicales ont prouvé qu'elle avait des problèmes d'infertilité mais affirme que bien avant d'avoir effectué le test médical, son mari l'avait d'emblée accusée d'être la fautive.

Cette réalité vécue par cette femme position de 34 ans illustre bien comment la question d'infertilité ou de stérilité est traitée dans bon nombre de familles béninoises.

La faute repose d'abord et avant même les examens médicaux seulement sur les épaules de la femme. Et rares sont les hommes qui acceptent se remettre en cause et à se prêter à des examens médicaux.

Cette discrimination envers la femme fait les beaux jours de charlatans qui affirment qu'ils peuvent guérir la stérilité.

Dah Soudo, thérapeute traditionnelle qui consulte dans la ville d'Hévié, prétend que ses potions médicales ont ramené la fertilité dans les couples et redonné le sourire à bon nombre d'entre eux.

Mais le Dr Laurenda Sossou met en garde contre ces pratiques traditionnelles. Elle explique que la consultation médicale avec un spécialiste doit être le début de toute action car il arrive souvent que les femmes qui n'arrivent pas à procréer n'aient que des petits soucis faciles à régler.

«Il vaut mieux ne pas prendre toutes ces potions censées guérir l'infertilité ou la stérilité car celles-ci peuvent en fait abîmer l'appareil génital et compliquer toute future intervention».

Il y a certes le recours à la fécondation in-vitro mais dans un pays religieux comme le Bénin, les prêtres ne sont pas en faveur de cette technique moderne. Jean-Marc, religieux de l'ordre des franciscains, soutient qu'un enfant est un don exclusivement divin.

S'il est en faveur du recours à la médecine moderne, il n'est pas pour «l'application de techniques pour forcer la main de Dieu».

Awa n'est pas de son avis. Elle dit avoir proposé à son mari d'aller consulter les médecins et d'avoir recours à fécondation in vitro, même si celle-ci est coûteuse. Celui-ci a refusé et a préféré quitter le pays et refaire sa vie avec une autre femme.

Lisa qui a conçu un garçon après neuf ans de vie commune explique qu'il faut avoir une détermination à l'épreuve du temps.

Dans la pratique, les tests médicaux ont prouvé que le problème relevait de la qualité du sperme de son partenaire mais que pendant des années, sa belle-famille et son mari l'ont accusée d'être incapable de concevoir.

«On ne fait pas d'enfant seul», soutient-elle. «Il m'a fallu beaucoup de persuasion et de patience pour convaincre mon mari à se prêter à des examens médicaux. Mais il s'est finalement décidé à la faire et à suivre le traitement approprié.

Le médecin qui nous a traités utilise notre exemple pour réconforter et encourager certains couples qui n'arrivent toujours pas à procréer.

Mais je reconnais que les coutumes et la société béninoise ne sont pas tendres avec nous les femmes. Quand une femme n'arrive pas à concevoir, elle est étiquetée comme une femme qui porte malheur et est écartée de la communauté ».

Certains vont jusqu'à soutenir carrément que sans enfants, un couple ne peut exister dans le contexte béninois.

Un argument qui offusque Awa qui, révoltée, pense que Dieu ne donne pas ce cadeau à ceux qui en veulent, surtout lorsqu'on voit certaines femmes accoucher et abandonner leur nouveau-né dans les rues.

«Une femme ne choisit pas de ne pas enfanter, tout comme un enfant ne demande pas à naître. Le risque de stérilité est présent autant chez l'homme que chez la femme. Le fait d'accuser toujours la femme détruit plus d'une union. »

Voilà encore une forme de discrimination qui a la dent dure et qui pèse lourd sur les épaules des femmes vivant dans des sociétés patriarcales traditionnelles.

Bénin

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