21 Janvier 2016

Ouganda: Ongwen devant la CPI, son chef Kony toujours en fuite

Photo: ICC-CPI
Dominic Ongwen lors de sa première audience de comparution à la Cour pénale internationale à La Haye

Début ce jeudi de l'audience de confirmation des charges pour Dominic Ongwen. Il est l'un des chefs de la rébellion ougandaise LRA poursuivi devant la CPI. Mais Joseph Kony, à la tête du mouvement, est introuvable.

"C'est la première fois qu'un criminel de guerre comparaît alors qu'il a été lui-même victime" (K. Titeca)

Dix ans déjà que dure la traque contre le chef rebelle le plus brutal d'Afrique et jusqu'ici, aucune trace de l'Ougandais Joseph Kony, à la tête de l'Armée de résistance du Seigneur. En revanche, son principal représentant, Dominic Ongwen est entre les mains de la Cour pénale internationale de la Haye. À partir de ce jeudi, la procureure Fatou Bensouda tentera de convaincre la CPI, lors de l'audience de confirmation des charges, que Dominic Ongwen doit être jugé pour des crimes commis en Ouganda entre 2002 et 2005.

Massacres et enlèvements

Dominic Ongwen est le premier haut responsable de l'Armée de résistance du seigneur dirigée par Joseph Kony à comparaître devant la CPI. Créée dans la deuxième partie des années 80, la LRA a acquis une triste réputation notamment dans le nord de l'Ouganda. Elle aurait notamment enlevé jusqu'à 70.000 enfants pour les transformer en soldats ou en esclaves. Elle est responsable de mutilations, d'exécutions et de massacres de civils. Et même si au milieu des années 2000, l'armée ougandaise est finalement parvenue à chasser les rebelles du pays, ces derniers continuent à semer la terreur, en Centrafrique par exemple.

Accusé de sept crimes contre l'humanité et crimes de guerre, Dominic Ongwen est lui-même un ancien enfant soldat. Enlevé à l'âge de 10 ans, il a rapidement gravi les échelons au sein de la hiérarchie rebelle : il a tué, volé, violé au nom de Joseph Kony. Mais en janvier 2015, il se constitue prisonnier et est transféré à la Haye. Selon Kristof Titeca, expert de la LRA à l'Université d'Antwerpen aux Pays-Bas, son cas est inédit :

"C'est la première fois qu'un criminel de guerre comparaît alors qu'il a été lui même victime. La Cour va donc devoir se demander à quel point il est une victime. A quel point il est un meurtrier. Je pense que ce sera cela la question principale."

Une région difficile d'accès

La CPI espère aussi en apprendre davantage sur les structures de la LRA et sur son chef sous le coup d'un mandat d'arrêt international depuis 2005 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Selon Kristof Titeca, Joseph Kony se trouve très probablement quelque part entre la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Soudan et le Soudan du Sud :

"Cette région est extrêmement isolée, la forêt y est très dense - une cachette parfaite pour la LRA. Autrement dit, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Il faudrait des moyens militaires importants pour le trouver."

Même si Joseph Kony est toujours en cavale, la LRA n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui. Depuis 2010, les enlèvements ont diminué significativement. Plus d'une centaine de femmes et d'enfants ont réussi à s'enfuir. Plusieurs responsables du mouvement ont été tués. L'audience de confirmation des charges dans le dossier Ongwen permettra de déterminer si la CPI dispose de suffisamment de preuves pour ouvrir un procès.

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