5 Février 2016

Kenya: Profil de l'avocat Éric Gitari

Au Kenya, la violence et la discrimination contre les personnes LGBTI (Lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et intersexuelle) sont monnaie courante. Pourtant, des signes de tolérance croissante et la récente levée de l'interdiction qui frappait des organisations soutenant les droits des LGBTI peuvent être attribués aux actions de lobbying et à la sensibilisation menées sans relâche par des activistes tels que l'avocat Éric Gitari.

« Nous sommes tous membres égaux de la famille humaine, malgré nos différences, qui devraient être célébrées et non utilisées pour nous exclure ».

Au Kenya, la violence et la discrimination contre les personnes LGBTI sont monnaie courante. Pourtant, des signes de tolérance croissante et la récente levée de l'interdiction qui frappait des organisations soutenant les droits des LGBTI peuvent être attribués aux actions de lobbying et la sensibilisation menées sans relâche par des activistes tels que l'avocat Éric Gitari. En 2015, après une bataille de trois ans, son organisation, la Commission nationale des droits humains pour les gays et les lesbiennes (NGLHRC) a finalement reçu l'enregistrement officiel pour lequel elle avait combattu, lui permettant ainsi de mener à bien son travail de promotion de l'égalité des droits pour la communauté LGBTI.

Les personnes LGBTI au Kenya vivent sous la menace constante de violence, de persécution, de diabolisation dans les médias et de discrimination. Un rapport de 2015 de Human Rights Watch décrit des lynchages souvent provoqués par des chefs religieux extrémistes et le discours des politiciens incitant à la haine. Cette homophobie est renforcée par le code pénal qui criminalise toute « connaissance charnelle contre l'ordre des choses fixé par la nature ».

Une conséquence de cette loi est que les organisations travaillant sur les questions LGBTI ont été privées de l'autorisation de s'enregistrer officiellement au motif qu'elles favorisent des comportements illégaux. Sans enregistrement, elles sont incapables de faire leur travail. Parmi ces organisations il y a la NGLHRC, fondée en 2012 par cinq avocats, dont Gitari, en vue de fournir une aide juridique pour ce qu'il décrit comme une « communauté qui était criminalisée, marginalisées et exclues des différentes sphères de la société ». Sa première demande d'enregistrement au Conseil de coordination des organisations non gouvernementales a été refusée. Le Conseil a alors déclaré que le nom proposé de l'organisation était « inacceptable » vu que le code pénal du Kenya « pénalise des liaisons gays et lesbiennes ». Le NGLHRC est retourné à la Commission à six reprises pour contester, sans succès, la décision. Finalement, en octobre 2014, l'affaire a été portée devant la Cour constitutionnelle. En mai de cette même année, une résolution historique a été adoptée par la Commission africaine des droits humains et des peuples condamnant la violence contre les personnes LGBTI et exigeants que les Etats membres fournissent un « environnement favorable » pour les défenseurs des droits des LGBTI. Ceci a précipité un changement d'attitude au Kenya. Peu de temps après, en juillet 2014, l'organisation Education et le Plaidoyer pour Transgenres (TEA) a obtenu l'agrément qui lui avait été refusé auparavant. Puis, en avril 2015, la NGLHRC a elle aussi reçu son agrément. Cette fois-ci, la Commission a conclu que refuser l'agrément serait une violation du droit constitutionnel à la liberté d'association, ajoutant que les considérations d'ordre moral ne peuvent pas être une justification pour refuser ce droit. Dans un communiqué de presse, Gitari qualifié cette décision de « coup d'éclat » et une indication que le Kenya est un « pays qui souhaite devenir beaucoup [plus] ouvert et démocratique, malgré les défis ».

Le succès de la NGLHRC provient d'une stratégie à plusieurs volets qui vise non seulement le système juridique mais aussi la conquête de l'opinion publique. Elle met en scène ouvertement des événements homosexuels sur la place publique, en encourageant les artistes jadis hésitants et des figures bien connues de se présenter comme LGBTI, contrant ainsi ce que Gitari décrit comme « la stigmatisation et la honte associées au stéréotype qui a été créé par les médias disant que les gais sont des chômeurs malades de perversions sexuelles qui se vendent eux-mêmes ». Il parle aussi de la création d'alliés dans les médias et les principales organisations qui travaillent pour la justice sociale, y compris avec la Commission kenyane des droits humains pour laquelle il a co-écrit un rapport sur l'expérience des personnes LGBTI au Kenya intitulé: The Outlawed Amongst Us (Le proscrit parmi nous).

Gitari est optimiste quant à l'avenir, considérant que les récents développements positifs signifient « Il y a plus de confiance dans des personnes homosexuelles au Kenya où ils sont inclus dans la république, [et] que la constitution fonctionne effectivement ». Le Kenya reste une société conservatrice et la législation continue à discriminer les personnes LGBTI. Gitari souligne que même s'il y a peu, le cas échéant, de condamnations en vertu de la loi interdisant l'homosexualité, son but semble être de ne pas poursuivre, mais d'exposer et d'humilier. Les victimes de ce processus peuvent se retrouver rejetées par leurs familles et leurs voisinages, et plus susceptibles d'être victimes de violence. Comme le dit Gitari: « Le changement social ne vient pas en un jour, mais ce qui est encourageant, c'est qu'il progresse lentement mais sûrement ».

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