15 Février 2016

Bénin: Maternités publiques - Un accueil à améliorer

Dans certaines maternités publiques du Bénin, les femmes enceintes et celles qui vont accoucher subissent un traitement peu enviable. Dans un système sanitaire public où l'Etat remplit, comme il le peut, son devoir d'offrir la santé à tous, les sages-femmes et autres fonctionnaires des maternités rabrouent les femmes sur le point d'accoucher et utilisent même un langage abusif à leur égard. Ce qui n'encourage point la fréquentation de ces maternités publiques.

L'enquête démographique de santé du Bénin, réalisée en 2012, précise que 84 % des naissances vivantes ont été assisté par des prestataires qualifiés.

Mais ces statistiques ne précisent pas la qualité de l'accueil et du traitement dans les maternités publiques dans ce pays de l'Afrique occidentale.

«J'ai accouché de mon premier enfant dans un centre hospitalier public, mais je ne vais jamais le recommander à un proche,» confie Emeline, consultante sur un projet de VIH/SIDA du Fond Mondial.

Les propos de cette habitante de Cotonou à l'endroit d'un collègue devant choisir un hôpital pour les soins à son épouse ne laissent aucun doute sur ce qu'est l'accueil ou le traitement dispensé dans les maternités publiques.

«Le jour de mon accouchement,» raconte-t-elle, «j'étais couchée aux côtés de six autres femmes dans une atmosphère où on rabroue celles qui ne délivrent pas le bébé rapidement.

Là, j'ai entendu des propos aberrants. 'Si tu ne pousses pas bien, on t'envoie au bloc opératoire', n'arrêtait pas de menacer une des infirmières à une femme sur le point d'accoucher», dit-elle. D'autres infirmières vont plus loin dans l'abus de langage.

«Quand tu jouissais avec ton mari, tu n'as pas pensé que cela pouvait faire mal sur la table d'accouchement ?».

D'autres femmes qui sont passées par ces centres hospitaliers publics confirment ce traitement abusif. Une attitude en parfaite contradiction avec ce qui aurait dû être, selon Alphonse, spécialiste en santé publique.

Pour lui, ce comportement est bien un déficit de professionnalisme. «Il faut rassurer les femmes dans cet état, communiquer avec elles, les calmer car une femme, qui est en instance de donner la vie, est fragile. Il ne faut pas lui crier dessus et encore moins utiliser un langage abusif envers elle», spécifie-t-il.

Certains estiment que si ces fonctionnaires agissent ainsi, c'est en raison du fait que de nombreux infirmiers de ces centres hospitaliers publics se font débaucher par les cliniques privées.

En effet, la libéralisation du marché des soins de santé suscite de plus en plus l'engouement d'une partie du personnel soignant, qui est plus intéressé par la pratique libérale de leur profession, qui paie mieux que le secteur public.

De l'autre côté, l'Etat poursuit son gel des recrutements dans la Fonction publique et en particulier dans ses centres de santé.

Ce départ des infirmiers qualifiés du public vers le privé prend énormément d'ampleur et met un surplus de travail et de la pression sur les épaules de ceux qui restent.

Mais cet exode, qui soulève de nouvelles problématiques pour la santé publique, ne devrait pas affecter le traitement dispensé dans les maternités publiques, ni la qualité de soins. Le rang social ou l'argent ne devrait pas déterminer la qualité du service offert dans une maternité.

Yannick Jaffré, chercheur en santé publique, fait des observations empiriques sur les systèmes sanitaires en Afrique : «Au cœur de l'acte thérapeutique, d'indispensables actes médicaux ne sont pas réalisés comme ils le devraient. Les normes et les conduites prescrites ne sont qu'inégalement mises en œuvre.

Le plus souvent, il ne s'agit pas, ou tout au moins pas uniquement, d'incompétences techniques. Mais plutôt d'une dissociation de l'acte technique de la 'volonté sociale', qui devrait en guider l'accomplissement.

L'acte thérapeutique est disjoint de sa raison altruiste et morale et la déontologie n'oriente pas l'acte de soin. Autrement dit, on ne fait pas ce que l'on sait devoir faire pour le bien du patient».

Ces faits se vérifient à plus d'un titre dans le contexte béninois où on reconnaît ces agissements comme faisant partie des failles du système public, qui n'arrive plus à bien assurer son service.

Le manque de personnel et la surcharge de travail subséquente expliquerait ce déficit de sourire, d'empathie et les accès de mauvaise humeur qui entraîneraient un langage parfois abusif envers les patients et en particulier les femmes enceintes qui se rendent à la maternité publique.

Le manque de formation serait aussi un problème. Dans l'anonymat, un professeur titulaire de gynécologie dans un centre hospitalier de référence de Cotonou, affirme que «l'aide-soignant peut être comparé à un technicien de surface.

Il n'a pas reçu de formation théorique approfondie. C'est pourquoi, lorsqu'il occupe, comme c'est souvent le cas dans les zones périphériques, de notre pyramide sanitaire, des responsabilités médicales et paramédicales, il est un agent de santé formé sur le tas à qui on demande de tout faire : service d'accouchement en l'absence de sage-femme, activité d'infirmerie et une fonction de généraliste en médecine pour compenser l'absence de médecin.

En réalité, ce qui fait défaut, c'est les moyens financiers pour assurer la formation des personnes recrutées comme aide-soignant».

Cette situation fait que les plus fortunés peuvent se permettre les services onéreux d'un spécialiste et obtenir un traitement professionnel, qui demeure toutefois inaccessible à un important pourcentage de la population.

Les moins nantis eux continuent à affluer vers les hôpitaux publics du pays où les coûts d'accès sont faibles et où les urgences obstétriques sont gratuites.

Et ce sont les femmes enceintes, qui vont aux consultations ou qui vont accoucher dans ces centres hospitaliers publics, qui continuent à trinquer. C'est ni plus, ni moins de la discrimination de classe sociale et du genre.

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