22 Février 2016

Cote d'Ivoire: Le procès de Gbagbo et Blé Goudé vu par des étudiants africains à Lyon

La comparution du duo de l'ex-majorité présidentielle ivoirienne ne laisse personne indifférent sur plusieurs parties du globe terrestre. Les étudiants africains, inscrits dans les universités et grandes écoles de Lyon, en France, font partie de ceux qui suivent de près le déroulement de ce procès.

Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon. Ce matin du jeudi 4 février, le soleil peine a montré ses dards face à la férocité du climat qui lui est très hostile. Encagoulés dans des ténues appropriées en cette période de l'année, des étudiants, toutes nationalités confondues et provenant de toutes les universités publiques ou privées de la cité des Gones, font le rang devant le restaurant de la cité universitaire de Debourg, dans le 7e arrondissement de Lyon. Dans la file indienne qui s'allonge au fil des minutes, les étudiants africains devisent tranquillement en attendant leur tour.

Mais la causerie qu'ils entament avant de passer à table a pour sujet dominant le procès de l'ex-président ivoirien et de son jeune compatriote, Charles Blé Goudé, contre lesquels, pèsent des chefs d'accusation de crimes contre l'humanité.

Les avis sont partagés, les commentaires enflammés ; la passion et le verbe sont au rendez-vous, mais dans la courtoisie et le respect mutuel.

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Juger Gbagbo et Blé Goudé, c'est juger toute la classe politique ivoirienne

Pour Jean Millimouno, inscrit à l'université catholique de la capitale des Gones « ce qui se passe actuellement aux Pays-Bas doit interpeller tous les Africains, à commencer par les étudiants qui sont appelés demain à prendre la relève de l'élite actuelle », dit-il d'entrée de jeu, avant d'enchainer « On ne devait pas en arriver là. En jugeant Gbagbo et Blé Goudé, c'est toute la classe politique ivoirienne que l'on juge, parce qu'elle n'a pas été capable de résoudre ses antagonistes qui ont débouché sur une guerre. Suivie d'une crise politique qui a donné ce que l'on peut appeler la "nouvelle mort d'Houphouët Boigny", l'apôtre infatigable de la paix ».

Pour ce jeune Guinéen de 39 ans, « comment comprendre que le pays qui hier réglait tous les conflits africains sur son sol n'a pas été capable de résoudre le sien ? Je me pose la question si c'était la meilleure solution d'envoyer Gbagbo et Blé Goudé devant la CPI ». Jean termine ses propos en demandant aux jeunes africains de ne pas suivre l'exemple des ainés qui, au nom de leurs intérêts égoïstes, ont brisé la cohésion sociale.

« ... que ceux qui ont versé du sang innocent payent pour leurs crimes »

Père Albert Dieudonné est prêtre de Jésus-Christ à la paroisse de Koupéla au Burkina-Faso. Inscrit au centre de développement local (CIEDEL) de l'université catholique de Lyon, il s'informe entre deux cours via les réseaux sociaux et les sites web sur le déroulement du procès de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. « Mon père », comme l'appellent les autres étudiants, estime pour sa part que justice doit être faite aux nombreuses victimes de la crise postélectorale. « Personne ne doit échapper à la justice quel que soit son rang et son statut social. Il faut que ceux qui ont versé du sang innocent payent pour leurs crimes. Gbagbo et Blé Goudé sont accusés d'avoir fait du tort à des personnes, ils doivent donc rendre compte ».

Gérard Lotombé est étudiant à l'université de Lille 1. Venu rendre visite à ses anciens camarades étudiants du CIEDEL où il a obtenu son diplôme d'ingénieur en développement local, il prend part au débat. Ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC), Lotombé ne croit pas en l'impartialité de la juridiction internationale. « C'est un procès biaisé dès le départ dans la mesure où c'est un seul camp qui est incriminé alors que selon les conclusions des enquêtes de la procureure, tous les protagonistes de la crise ivoirienne se sont rendus coupables d'exactions sur les populations », lâche-t-il avec un fort accent Kinois.

Tenir un procès juste et redorer l'image de la CPI

Diouldé Sylla est diplômé de sciences politiques de l'université Lumière Lyon 2. Ce jeune Peuhl Guinéen ne partage pas l'avis de son ami Congolais, même s'il salue la justesse de la tenue du procès qui à l'entendre « permettra de faire toute la lumière sur ce qui s'est réellement passé en Côte d'Ivoire et situer une bonne fois pour toutes les responsabilités des uns et des autres ».

Cependant, Diouldé croit que la CPI joue sa crédibilité sur ce procès et même « son existence », car dit-il « la cour pénale internationale ne doit pas être perçue par les Africains comme un instrument aux mains des impérialistes pour ramollir tous ceux qui voudraient s'attaquer à ce système ».

Pour lui, la solution que devrait apporter la de la juridiction internationale à cette bronca continentale, c'est de « tenir un procès équitable, juste et transparent, et surtout en faisant comparaitre les pro-Ouattara ».

Mais avec la récente sortie du numéro 1 ivoirien sur sa volonté de ne plus envoyer d'ivoirien à La Haye, on verra bien comment la CPI va apprécier cette nouvelle donne pour ne pas qu'elle soit vue comme une cour aux ordres des grands et puissants de ce monde. À Abidjan, on dit tout simplement « On les regarde ».

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[Photo : quelques étudiants de l'Ecole normale supérieure de Lyon dans leur salle de classe. Crédit : Frédéric Goré Bi]

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