22 Février 2016

Ile Maurice: La qualité de l'eau - Apparemment propre et limpide

L'alimentation, c'est tout ce qui permet à un organisme vivant de fonctionner. Et cela englobe l'eau.

Dans le cadre de notre dossier sur ce que nous donnons à manger à nos enfants, nous avons tenté de savoir si l'eau dite potable fournie aux abonnés mauriciens et l'eau de table embouteillée étaient dépourvues de pesticides dépassant les limites maximales de résidus. Après un tour de la place, elle serait apparemment propre et limpide.

Le plus grand fournisseur d'eau potable est la Central Water Authority qui dessert environ 360 000 abonnés. Après plusieurs appels (voir encadré), voici ce que le Senior Scientific Officer nous a fait parvenir par mél : «Les résultats des analyses effectuées entre 2013 et 2015 sur les étendues d'eau de surface ont révélé que le niveau de résidus de pesticides testés n'ont pas été détectés dans la plupart des échantillons d'eau brute, excepté pour quelques endroits où le niveau obtenu était en-dessous des limites autorisées pour les normes d'eau potable comme prescrit par l'United States Environmental Protection Agency et les Canadian Guidelines for Drinking Water Quality.»

Il nous a été précisé que le ministère de la Santé, qui est le «enforcing agency» pour l'eau potable à Maurice, effectue le monitorage de la qualité de l'eau dans le système de distribution sur une base régulière. «Jusqu'à récemment, il n'y a eu aucune plainte concernant la présence de pesticides dans le système de distribution d'eau.»

Zone protégée

Cela n'a pas été facile d'obtenir des réponses du directeur d'Eau Val Ltée (voir encadré). Cyril Palan, le directeur de Logos Publicité, qui représente cette entreprise, a par la suite mis à notre disposition les informations qui lui ont été communiquées. Eau Val Ltée, qui commercialise la marque Valspring, est une compagnie du groupe SARL Chan Ou Teung de la Réunion. Son eau est puisée «dans une zone protégée des risques de pollution, dans le sud-est de l'île, précisément à Le Val, qui compte le plus grand nombre de parcs, au total plus 3 000 arpents d'espaces protégés, plus un parc marin».

A la question de savoir comment cette eau est traitée, nous avons eu comme réponse «par filtration». Nous n'en saurons pas plus. Par rapport aux tests effectués sur cette eau, le directeur de Logos Publicité a souligné que des «tests physiques et chimiques sont effectués à travers la CWA sur de l'eau brute sur une base mensuelle. Des tests microbiologiques sont effectués à travers des échantillons de tous les lots produits et également à différents points de contrôle selon le Critical Control Point System en place à l'interne. Des échantillons d'eau embouteillée sont également envoyés sur une base mensuelle au laboratoire du gouvernement à Candos pour une analyse microbiologique officielle. Des échantillons d'eau embouteillée sont pris au hasard et soumis aux fonctionnaires de la Santé qui font des visites mensuelles. Une analyse microbiologique, physique, chimique complète est faite aussi bien sur l'eau brute qu'embouteillée une fois l'an par un laboratoire certifié. Toutes les normes demandées par les autorités sont strictement suivies». Le laboratoire en question est le Laboratoire International de Bio Analyse Ltée, accrédité par le Mauritius Accreditation Service (Mauritas).

Franc jeu

Les deux embouteilleurs à avoir essayé de jouer franc jeu ont été Quality Beverages Ltd (QBL) et Phoenix Bev. Leena Sauhye, Quality Assurance Manager à Quality Beverages s'est présentée avec un épais dossier. L'entreprise pompe l'eau de deux nappes phréatiques qui prennent leur source du plateau central. Cette eau est traitée à l'ozone puis filtrée à travers des filtres à sable et à charbon. QBL dispose de son propre laboratoire certifié HACCP et ISO 22000 où des analyses quotidiennes de cette eau traitée sont effectuées en vue d'y déceler d'éventuelles traces de salmonelle, bactéries coliformes, germes et autres spores pour ne citer que ceux-là. Cette eau est aussi soumise à des tests physico-chimiques pour vérifier la couleur, l'odeur, l'oxygène, le pH, la turpitude et d'autres propriétés. «Chaque lot est ainsi analysé.»

En sus de cela, deux fois l'an, Pepsi International effectue des prélèvements de boissons gazeuses et d'eau au hasard pour des analyses complètes dans son laboratoire de Cork, en Irlande, afin d'y détecter d'éventuels paramètres toxiques et indésirables dont des métaux lourds et des pesticides divers.

De son côté, la direction de QBL envoie des prélèvements deux fois l'an à Eurofins en France, un des leaders mondiaux de tests alimentaires pour des analyses identiques. Les derniers tests effectués en 2015 étaient limpides. Leena Sauhye ajoute que le ministère de la Santé effectue aussi des tests surprise sur l'eau.

Et quid de la période fenêtre entre ces analyses à l'international ? A cette question, Daniel Lopez, ingénieur en industrie alimentaire à QBL déclare que la nappe phréatique a une profondeur de 80 mètres et estime la couche volcanique largement suffisante pour filtrer les impuretés. Il ajoute que «là où nous puisons, c'est plutôt en forme de réservoir. Si cette eau était polluée ou contaminée par les pesticides, nous l'aurions su car les molécules des pesticides sont lourdes contrairement à celles du calcium, par exemple, qui sont légères et qui seraient parties. S'il y avait des molécules de pesticides, elles auraient stagné dans la nappe phréatique et n'auraient pas échappé à nos analyses».

Même scénario à Phoenix Bev (PB) qui pratique une politique de livre ouvert. Yanessa Hurree et Rajiv Ramburn, respectivement Quality Assurance Manager et Process Coordinator, expliquent que PB puise son eau de l'aquifère de Curepipe : Curepipe-Vacoas-Flic-en-Flac. L'eau entrant dans la composition des boissons gazeuses est traitée différemment de l'eau de table plate et gazeuse. Celle destinée aux boissons gazeuses est chlorée d'abord puis nano-filtrée en continu. L'eau qui sera embouteillée comme eau de table plate et gazeuse est aussi chlorée et nano-filtrée mais de plus, elle est traitée en osmose inversée. Des processus qui la purifient des éventuelles impuretés, microorganismes, résidus de pesticides et autres toxiques.

Ces différentes étapes sont testées chaque demi-heure par le propre laboratoire d'analyse de PB, qui est en cours de demande en vue d'obtenir la norme ISO 17025 et être ainsi accrédité pour effectuer diverses analyses sur l'eau. L'unité de production est certifiée selon la norme Food Safety System Certification 22000 depuis 2011, qui est auditée annuellement par la Société Générale de Surveillance (Mauritius) Ltd et qui est renouvelé tous les trois ans.

L'usine se conforme aussi au Food Act de 1998 et au Food Regulations de 1999. De son côté, The CocoCola Company sous-traite annuellement avec l'Africa Technical Centre, laboratoire sud-africain accrédité, pour qu'il effectue des analyses complètes microbiologiques, physico-chimiques et toxiques sur ses prélèvements d'eau. Les derniers tests ont été effectués en mars 2015 et aucun résidu de pesticide n'y a été trouvé.

L'usine de Phoenix est aussi auditée annuellement par la Global Audit Organisation d'Afrique du Sud et le dernier audit effectué en octobre 2015 était sans tâche. En sus de ces différentes analyses, le ministère de la Santé effectue des analyses au hasard sur les produits finis de PB.

Il n'est pas étonnant que tous nos interlocuteurs aient fait l'impasse sur les Drinking Water Standards de l'Environment Protection Act de 1999 car n'y figurent que les normes pour six pesticides dont le fameux DDT, interdit à l'échelle mondiale sous la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants dont Maurice est signataire...

Entre frilosité et coopération

La parution de ce volet de notre dossier était prévue pour il y a une dizaine de jours. Ce qui aurait dû être un exercice de collecte d'information facile s'est avéré une galère. Nous avons littéralement navigué... entre frilosité et coopération.

A la Central Water Authority, nous avions convenu avec la responsable de communication que, dans un souci de transparence, nous puissions rencontrer le Senior Scientific Officer. Changement de programme en cours de route : nous avons eu par la suite comme consigne d'envoyer un courriel expliquant le but de notre démarche. Au final, nous avons appris qu'il n'y aurait pas de rencontre et que des réponses nous seraient renvoyées par rapport à l'objet de notre demande d'interview, qui était somme toute très succinct. Trois petits paragraphes nous ont été envoyés. Une rencontre en face à face aurait sans doute inspiré d'autres questions !

Cette frilosité a été également apparente à Le Val Ltée, où le directeur était manifestement agacé lorsque nous lui avons fait remarquer que notre premier appel n'a pas été retourné. Et lorsque nous avons avancé que nous informerions nos lecteurs du manque de coopération de certains interlocuteurs dans le cadre de ce dossier, le directeur a estimé que nous lui faisions du chantage, que c'est le propre des journalistes d'agir ainsi, que nous étions libre d'écrire ce que bon nous semble car nous vivons dans une démocratie. Il a fini par nous référer à son agence de communication, Logos Publicité, avant de nous avertir qu'il nous raccrocherait au nez et c'est exactement ce qu'il a fait.

Pour finir, Phoenix Bev a mis 15 jours avant de nous rencontrer. Il paraît que c'était une question de préparation. Nous les croyons sur parole.

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