4 Mars 2016

Cote d'Ivoire: Processus d'indemnisation - Les victimes ivoiriennes dans le désarroi

Elles étaient convaincues que le processus d'indemnisation, lancé par le chef de l'Etat le 4 août dernier, marquerait la fin de la traversée du désert. Six mois plus tard, la situation des victimes des crises ivoiriennes n'a pas évolué d'un iota.

Brou Arsène N'Guessan a reçu des éclats d'obus sur tout le corps le 17 mars 2011. Malgré de multiples interventions chirurgicales, les restes de plomb sont encore perceptibles sous sa peau au toucher.

Le mardi 4 août 2015, en bénéficiant du bon de prise en charge médicale, psychologique et de la somme de 150 000 francs CFA (frais de transport pour se rendre dans les structures sanitaires), il pensait guérir de ses blessures physiques et mentales.

Hélas, à ce jour, Arsène, désormais apprenti-enseignant, est toujours en attente d'une énième intervention chirurgicale.

L'homme de 36 ans ne cache pas son amertume. « Pour moi, l'acte posé par le président de la République était plus un acte de communication, pour faire plaisir à la communauté internationale », déplore-t-il.

Handicapé du bras gauche, Brou Arsène N'Guessan a du mal à profiter des joies de la paternité. « Je ne peux même pas prendre mon enfant de 8 mois dans les bras, tellement j'ai mal ».

L'aide octroyée par Alassane Ouattara pour la réparation ne parvient à couvrir les besoins médicaux du futur professeur.

Selon lui, le bon de prise en charge qui leur a été remis ne sert que lors des consultations. Quand il s'agit d'examens et d'analyses spécialisées, la victime doit mettre la main à la poche.

« Pour moi, il serait mieux que l'état de Côte d'Ivoire crée un hôpital spécial pour les blessés et victimes de la crise », propose-t-il. « Au moins, nous ne serions pas confrontés à certaines situations inconfortables ».

Indemnisation hypothétique

Arsène N'Guessan ne compte plus trop sur cette indemnisation, devenue hypothétique à ses yeux. Car aujourd'hui proche de devenir fonctionnaire de l'Etat, il estime pouvoir se prendre en charge lui-même.

« Si moi, je ne reçois pas quelque chose ce n'est pas grave. Mais, et les autres qui n'ont pas eu la même chance que moi », interroge-t-il.

Ali Samaké est au nombre de ces « moins chanceux », vendeur de sable de mer avant la crise post-électorale.

Le sexagénaire, aujourd'hui sans domicile fixe, a perdu l'usage de sa jambe droite après avoir croisé le chemin d'un char de combat à Abobo. Aujourd'hui livré à lui-même, il est dans l'incapacité d'exercer sa profession.

Ali Samaké est réduit à mendier pour survive. Cette situation, il la vit comme une humiliation. « Avec ça, j'apprends que certains reçoivent des millions, pendant que moi je suis obligé de faire la manche pour vivre », fulmine-t-il.

« Je me suis fait enregistré au près des ONG de victimes et même auprès de la CONARIV (Commission nationale de recensement et d'indemnisation des victimes, ndlr). Mais, jusqu'à maintenant, je n'ai toujours rien reçu ».

CONARIV - PNCS, à qui la faute ?

Au centre des récriminations des victimes, la CONARIV se défend de faire obstruction au processus d'indemnisation. À en croire son porte-parole, Séry Bailly, les choses semblent trainer parce que l'institution s'attelle à produire une liste unique et consolidée de victimes.

« La CONARIV est consciente de la détresse des 84 322 victimes qui attendent d'être soulagées depuis de nombreuses années. Pouvions-nous abandonner ces milliers de victimes au motif de nous sommes pressés ?

C'est la raison pour laquelle nos équipes travaillent nuit et jour afin d'accélérer la confection de la liste », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au mois de novembre dernier.

En outre, il a tenu à rappeler à toutes les victimes que personne ne sera laissé pour compte. « Les Ivoiriens ont souffert ensemble. C'est ensemble qu'ils doivent sortir de la souffrance », a-t-il confié.

Du côté du PNCS (Programme nationale de cohésion sociale), on affirme également ne pas être l'obstacle au processus d'indemnisation des victimes.

Bien au contraire, la structure dirigée par Mariétou Koné se satisfait du travail qu'elle a effectué. « Le processus de réparation des préjudices se déroule bien.

Les victimes qui ne sont pas sur cette liste devront attendre la finalisation de la liste consolidée qui est en cours d'élaboration par la CONARIV pour leur prise en charge », déclare Xavier Effoué, chargé de communication de la présidente du PNCS.

Cette assurance des deux structures est loin d'être partagée par les victimes sur le terrain. Celles-ci ne savent pas vers qui se tourner entre le PNCS et la CONARIV.

Les différentes attributions de ces deux organisations sont quasiment similaires et plongent les victimes et ayant-droits de victimes, déjà bien éprouvés par la crise, dans un flou qui ne dit pas son nom.

Les propos des victimes ont été récueillis en décembre 2015. À la date de la mise en ligne de cet article, aucune avancée n'a été notée dans leur situation.

Cote d'Ivoire

Guillaume Soro rentré au pays

C'est hier soir que Guillaume Soro, président de l'Assemblée ivoirienne, est rentré au pays. Son… Plus »

Copyright © 2016 Ivoire Justice. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.