7 Mars 2016

Cote d'Ivoire: Fanta Doumbia, présidente de l'OFACI - « La réconciliation est l'affaire des femmes en particulier »

interview

La présidente de l'organisation des femmes actives de Côte d'Ivoire était à La Haye, le 28 janvier dernier, jour d'ouverture du procès Gbagbo-Blé Goudé. Dans l'entretien qu'elle a accordé à Ivoire Justice, Fanta Doumbia nous parle de l'OFACI pour la restauration des droits des femmes victimes de violences lors des crises ivoiriennes et du rôle de la femme dans le processus de réconciliation.

 Pouvez-vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis madame Doumbia Fanta, présidente de l'Organisation des femmes actives de Côte d'Ivoire (OFACI). Notre travail consiste à informer les femmes sur leurs droits, à les aider à mieux comprendre leurs droits au niveau national.

Que faites-vous à La Haye ?

Je suis à La Haye dans le cadre de l'interface organisé par la FIDH pour rencontrer le bureau du procureur par exemple, et puis aussi le fonds au profit des victimes parce que nous travaillons avec ces victimes et essayer de voir aussi la section de sensibilisation.

Nous avons parlé un peu de leur mandat d'assistance au profit des victimes. C'est vrai qu'il y'a un fonds au profit des victimes mais, il faut dire que ce fonds n'est pas encore arrivé en Côte d'Ivoire et le mandat d'assistance non plus, n'est pas encore mis en exécution en Côte d'Ivoire.

 Pourquoi n'est-il pas encore en exécution ?

Selon eux, tout est fonction de leur budgétisation et du programme mis en place et ce fonds ne peut être disponible qu'à partir de 2017. Pour le moment, c'est les évaluations qu'ils pourront émettre dans les pays en situation et l'octroi du fonds ne sera effectif qu'à partir de 2017.

Est-ce que la femme ivoirienne participe -t-elle au processus de réconciliation ?

Il faut dire que dans le processus de réconciliation en Côte d'Ivoire, la femme ivoirienne participe pleinement parce que nous-mêmes, en tant qu'organisation de droits de l'homme, de droit des femmes, nous avons entrepris des démarches auprès des organisations féminines, tant à Abidjan qu'à l'intérieur.

Il faut rencontrer ces associations, leur parler de l'importance de la réconciliation parce que nous avons eu la crise. Et, pendant cette crise-là, ce sont les femmes qui ont payé le lourd tribut.

Il est de notre devoir de rencontrer ces femmes, de leur parler de l'importance de la paix et leur dire que c'est par les femmes que la paix va s'imposer en Côte d'Ivoire. La réconciliation, c'est vrai c'est l'affaire de tous, mais des femmes en particulier. Et, c'est ce travail que nous faisons avec les femmes pour les emmener à parler à leurs enfants, à parler à leurs époux parce que les premiers qui sont victimes, ce sont les jeunes, ce sont leurs maris, ce sont leurs enfants.

 Quels types de cas de violences sur les femmes avez-vous identifiés ?

Tout juste après la crise, l'OFACI a eu à sortir un rapport. Dans ce rapport, nous nous sommes intéressés à l'intégralité de la Côte d'Ivoire et nous avons pu identifier 766 cas de violences exercées sur les femmes. Sur les 766 cas, nous avons enregistré 129 cas de décès, 71 cas de viols, 215 cas de cessation d'activités et plus de 245 cas de violences physiques exercées sur les femmes.

Donc pour vous dire que c'est sur ces femmes que nous pouvons mener nos travaux parce que c'est une couche vulnérable. Et, cette réconciliation ne peut pas se faire sans elle. C'est une partie de la population, elle a son mot à dire. Voilà pourquoi nous disons que la réconciliation, ce sont les femmes, parce que généralement les femmes ne prennent pas les armes pour tuer les enfants. Ce sont les hommes qui combattent très souvent. Donc la réconciliation en Côte d'Ivoire, la recherche de la paix en Côte d'Ivoire doit être une affaire des femmes.

 À quelles difficultés font face les femmes victimes de violences sexuelles en Côte d'ivoire ?

Dans un premier temps, en Côte d'Ivoire, c'est déjà le certificat médical. Parce que lorsque la crise survenait en Côte d'Ivoire, une femme qui a été victime de violence, on lui dit de se rendre à la police. Et quand vous partez, pour que vous obteniez réparation, on vous demande un certificat médical. Un certificat médical coûte en Côte d'Ivoire 50.000 Francs CFA. Et ça, c'est le médecin qui fixe le prix.

Notre combat a été de faire beaucoup de plaidoyer auprès des décideurs pour qu'on puisse arriver à la gratuité du certificat médical pour les femmes victimes de violences sexuelles et même l'annuler. Et, Dieu merci, aujourd'hui depuis le mois d'octobre/novembre, il y a une circulaire qui est sortie pour que le certificat médical ne soit plus une pièce exigée pour que les femmes puissent obtenir réparation. Et ça déjà, c'est déjà quelque chose parce qu'imaginez-vous, une femme qui vient d'être violée et qui n'a même pas 5 francs CFA pour boire de l'eau, on lui demande 50.000 francs CFA.

Donc, elle préfère rester à la maison et subir tout ce qu'il y a comme conséquence. Ça, c'est un premier élément. Le deuxième élément est qu'il est un peu difficile pour les femmes d'aller à l'hôpital ou au commissariat pour parler du viol, parce qu'elles sont stigmatisées. Ce sont des personnes qui sont rejetées souvent même par leurs proches, à commencer par leurs maris si elles sont mariées, et la société ou même leur famille. Donc, les femmes sont beaucoup exposées.

Il faut savoir aller vers elles. Elles préfèrent garder le silence pour ne pas que les gens sachent qu'elle a été victime de viol. Ça c'est un problème. Voilà pourquoi généralement, le nombre de femmes victimes de viol est très peu parce qu'elles n'osent pas en parler. Et nous, à travers nos sensibilisations, nous essayons d'encourager les femmes à briser le silence et parler de ce qui leur est arrivé.

Que peut faire une femme qui a été victime de violences sexuelles pour réclamer ses droits ?

Si elle doit faire cela, il faut par exemple aller à l'OFACI. Et puisque nous travaillons avec d'autres organisations telles que la LIDHO, le MIDH et l'association des femmes juristes, nous essayons de voir comment cette femme peut rentrer dans ces droits et comment est-ce qu'on pourra la conduire, pour qu'elle soit prise en compte par les juridictions nationales. En passant dans nos bureaux, nous leur donnons des conseils et nous les orientons.

 Où sont vos locaux, pour celles qui souhaitent s'y rendre ?

Nous sommes représentées dans près de 43 départements de la Côte d'Ivoire. Vous allez toujours trouver un point focal de l'OFACI dans ces localités : Abidjan, Duékoué, Man, Danané, Guiglo, etc.

Parlons de l'affaire Simone Gbagbo. À votre avis, serait-ce plus convenable pour les victimes qu'elle soit jugée à La Haye, ou bien qu'il y ait juste des poursuites pénales à son encontre en Côte d'ivoire ?

Que Simone Gbagbo soit jugée en Côte d'Ivoire ou à La Haye, nous recherchons la justice. Si la Côte d'Ivoire, en ratifiant le statut de Rome, essaie d'harmoniser ses mécanismes et qu'ils soient vraiment adaptés à ceux de la cour, je ne vois pas d'inconvénient que Simone Gbagbo soit jugée en Côte d'Ivoire. Dans le cas contraire, si ces mécanismes ne sont pas renforcés et pour avoir une justice équitable, on aurait voulu vraiment qu'elle soit jugée à La Haye qui a toutes les compétences pour faire ce travail.

 Que demandez-vous pour que cela arrive ?

Ce que nous demandons, c'est la coopération avec la Cour pénale internationale (CPI). La coopération, mais aussi son assistance envers les juridictions nationales pour renforcer leur capacité à pouvoir juger tous les acteurs qui se sont rendus coupables de cette situation.

Et à niveau de la sensibilisation ?

L'unité de sensibilisation, vous savez qu'ils ont un représentant, un bureau à Abidjan et nous avons demandé à ce que ce bureau soit renforcé parce qu'aujourd'hui, nous avons ce procès et on aurait voulu qu'il y ait plusieurs activités à l'endroit des populations pour savoir comment ce procès allait se dérouler et pour savoir ce qui se passe concrètement à La Haye.

Mais malheureusement, le personnel est en nombre insuffisant et si on doit entreprendre « Côte d'Ivoire 2 », qui est une autre partie de la situation en Côte d'Ivoire, il va nécessiter qu'il y ait quand même du personnel pour faire la sensibilisation et informer le grand public.

Que demandez-vous au gouvernement ivoirien pour qu'il y ait une véritable justice transitionnelle ?

Pour qu'il y ait une véritable justice transitionnelle, nous demandons au gouvernement de vraiment renforcer les capacités des institutions judiciaires qui ont été créées telles que la cellule spéciale d'enquête. Lui donner les moyens nécessaires pour qu'elles puissent faire son travail comme il se doit.

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