8 Mars 2016

Cote d'Ivoire: Sam l'Africain - « Je ne suis pas un témoin acheté »

Pour son deuxième jour de témoignage, Sam l'Africain a pointé du doigt la position de la communauté internationale lors de la crise post-électorale en Côte d'Ivoire, qu'il considère comme ayant été une atteinte à la souveraineté de la Côte d'Ivoire. Éric Macdonald lui a en outre demandé des détails sur l'organisation de la Galaxie patriotique. Compte rendu.

Huis-clos total et huis-clos partiel étaient les maîtres mots de la matinée. L'avocat du témoin Sam l'Africain a demandé, dès l'ouverture de l'audience, à passer à huis-clos. Les rideaux fermés, les membres du public étaient invités à revenir une heure plus tard. Mais, au retour c'est le substitut de la procureure, Éric Macdonald, qui demande un huis-clos, cette fois-ci partiel. Tout juste verra-t-on que les partis s'expriment à tour de rôle et que le témoin s'adressera au juge-président, Cuno Tarfusser. On apprendra cependant que c'était à propos d'une « affaire sérieuse » concernant le témoin lui-même.

« On a mis le feu dans notre pays »

Finalement, à 11h30, l'audience devient publique. Sam l'Africain, les yeux très marqués par la fatigue, revient, à la demande du procureur, sur l'ambiance de l'élection de 2010. « La tension était en train de monter », explique Sam l'Africain qui était à Korhogo pour chacun des deux tours de l'élection. Il raconte qu'au second tour, des informations faisaient état de possibles attaques contre des membres de l'équipe de campagne de Laurent Gbagbo, dont il faisait partie. « Il fallait partir », résume-t-il.

Macdonald l'interroge alors sur l'annonce des résultats. Une vidéo de l'annonce des résultats provisoires au siège de la Commission électorale indépendante (CEI) est présentée à la Cour. Elle montre Bamba Yacouba et Damana Pickass, respectivement porte-parole de la Commission électorale indépendante (CEI) et représentant de La majorité présidentielle se disputant les fiches des résultats. Pour Sam l'Africain, l'impact de ces images, retransmises aussi bien sur la RTI (télévision nationale) que sur les chaînes d'informations internationales, a été « grave pour le pays » et a détruit la confiance de chaque camp dans les structures qu'étaient le Conseil constitutionnel et la CEI.

Il raconte ensuite sa joie à l'annonce de la victoire de son candidat et sa visite au palais présidentiel pour assister à la prestation de serment de Gbagbo. Au même moment, il apprend qu'Alassane Ouattara était en train d'avoir lui aussi sa cérémonie de prestation de serment. C'est là, dit-il, qu'il s'est rendu compte qu'« on a mis le feu dans notre pays ». Sam l'Africain en profite alors pour faire un mini-discours plus personnel. Un discours prônant la paix et visant aussi à faire « taire certaines rumeurs » : « Il y a pas de morts pro-Alassane ou pro-Gbagbo (... ) La Côte d'Ivoire appartient à tous les Ivoiriens, c'est notre patrie (... .) Je veux aussi dire que je ne suis pas un témoin acheté (... ) On m'a toujours demandé de dire la vérité ».

Révolté pour la souveraineté

Après un visionnage de la prestation de serment de Laurent Gbagbo, où l'on entend l'accusé parler des valeurs de la démocratie mais aussi de l'importance de la souveraineté de la Côte d'Ivoire, Macdonald demande au témoin ce que veut dire Gbagbo par « ingérence étrangère ». Sam l'Africain lui explique alors qu'il pense que l'ONU, la CEDEAO, la France et l'Union africaine ont voulu saper la souveraineté de son pays. « L'homme que je connais (Laurent gbagbo, ndlr) a toujours lutter pour la souveraineté totale de la Côte d'Ivoire (... ) et je pense c'est pour ça aujourd'hui il se retrouve ici », affirme le témoin face aux juges. Il précise que la communauté internationale, la France en tête, avait poussé Gbagbo à tenir des élections malgré le contexte difficile. « C'était un piège tendu au président Laurent Gbagbo et il est tombé dedans », résume-t-il.

Eric Macdonald en vient finalement à la Galaxie patriotique et semble vouloir montrer que cette dernière était hostile à la communauté internationale. Sam l'Africain confirme alors qu'en effet, « c'était révoltant, on ne pouvait pas accepter (ce que disait la communauté internationale, ndlr) ». Il précise que la souveraineté résidait dans la parole du Conseil constitutionnel et que la remettre en cause allait dans le sens de « la France de Sarkozy qui ne voulait pas du régime de Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire ».

La galaxie patriotique, un rassemblement « très bien organisé »

Si Sam l'Africain était d'accord avec la galaxie patriotique qu'il y avait un problème de souveraineté, il explique qu'en revanche il a rapidement compris, au vu des soutiens puissants favorables à Ouattara, qu'« on ne pouvait pas aller en guerre ». « Les jeunes ivoiriens patriotes, ils ont pas accepté ça », résume le témoin.

À la demande de Macdonald, le témoin explique ensuite que la Galaxie patriotique était « très bien organisée », avec des « chargés de communication » et que « chacun avait des rôles bien déterminés ». Il ajoute notamment que pour les réunions des leaders, la communication se faisait par téléphone via des SMS signés « COJEP ».

Finalement, le substitut de la procureure demande au témoin ce qu'il savait de la situation à l'hôtel du Golf, où se trouvait Ouattara. Sam l'Africain explique que les gens appelait l'hôtel « la plus petite république du monde », notamment parce qu'elle était comme sous embargo car bloquée par les forces FDS positionnées aux alentours. À l'intérieur de l'hôtel du Golf, se trouvaient des « rebelles », « assez nombreux ». Le témoin croit savoir qu'ils sont arrivés là-bas « transportés par les chars de l'ONU ».

Les articles écrits à l'occasion du procès relatent les faits tels que décrits par l'accusation, la défense, la représentante des victimes ou les témoins. Ils ne traduisent pas la pensée d'Ivoire Justice et doivent être compris comme des récits d'audiences.

Ivoire Justice est une plateforme créée par le programme « Justice internationale » de l'ONG RNW Media, basée aux Pays-Bas. Nous nous efforçons d'expliquer et donner des informations sur les affaires ivoiriennes à la CPI mais nous n'en sommes en aucun cas rattachés.

Cote d'Ivoire

Lynda Aphing-Kouassi annonce la 4ème Conférence BTP & Infrastructure le 14 & 15 Décembre à Dakar

En prélude à la quatrième conférence organisée par le Cabinet International KAIZENE… Plus »

Copyright © 2016 Ivoire Justice. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.