9 Mars 2016

Cote d'Ivoire: Gbagbo « n'est pas un criminel », soutient Sam l'Africain devant les juges de la CPI

La 3ème journée d'audience en présence de Sam l'Africain a été marquée par un discours empreint d'émotion où le leader de la NACIP a prôné la réconciliation et le dialogue, soulignant au passage son attachement à Laurent Gbagbo ainsi que sa gratitude pour certaines personnes du gouvernement Ouattara.

C'est après une question d'Éric Macdonald, le substitut du procureur, qui demandait en fin de journée les raisons pour lesquelles Sam l'Africain avait vu Laurent Gbagbo deux fois pendant la crise, que le témoin a entamé un discours très personnel.

« Vous allez m'excusez M. le procureur, a-t-il commencé, mais le président Gbagbo c'est comme mon père  et aller vers ton père est-ce qu'il doit y avoir un objectif à ça ? ».

Il continue, ému : « Ce monsieur m'a toujours fait du bien . Je vais juste donner un petit exemple . J'avais une mère qui était malade .

J'étais en voyage avec le président . Il y avait son conseiller et ses ministres  et j'ai eu un coup de téléphone de mon frère disant que ma mère venant d'avoir une crise un arrêt cardiaque ».

La voix frêle, Sam l'Africain poursuit : « Le président a senti que j'allais pas bien (... ) il m'a demandé pourquoi et j'ai expliqué et il s'est levé. » Face aux juges, Sam l'Africain se lève aussi. Au bord des larmes, il raconte : « Il a donné l'ordre à un médecin d'appeler mon frère pour qu'on s'occupe de ma mère .

C'est lui qui s'est occupé d'elle ! » Il pointe alors du doigt l'accusé Laurent Gbagbo et assure qu'il ne laissera jamais tomber cet homme car sa mère lui a demandé. Pour lui, « ce n'est pas un criminel ». « C'est vrai il y a eu des morts mais ce n'était pas planifié » assure-t-il.

« Le président Alassane n'a pas planifié ça »

Il poursuit son exposé et défend aussi Alassane Ouattara : « À l'Ouest (... ) il y a eu 1000 morts mais le président Alassane n'a pas planifié ça, c'est dans le désordre que cela est arrivé. »

Pour Sam l'Africain, le président Gbagbo n'a peut-être, en revanche, pas pris « une décision le moment opportun » alors qu'« on a tous vu le danger venir même Blé (Charles Blé Goudé, ndlr) à la fin (... ) peut-être il (Gbagbo, ndlr) a pas pris la bonne décision, mais il le sait lui-même. »

Le témoin finit son discours en appelant à un débat centré « sur le vrai problème de la crise », pointant du doigt notamment la France de Nicolas Sarkozy et le rôle de la communauté internationale. Il remercie aussi ceux qui ont capturé Gbagbo car « ils pouvaient le tuer » mais « ils ne l'ont pas fait, ils l'ont protégé ». Il conclut avec un vœu pieux pour la réconciliation, appuyé par des remerciements notamment au président du Front populaire ivoirien (FPI) et au ministre de l'intérieur de la Côte d'Ivoire : « Mon parti a accepté avec le président Affi (N'Guessan, ndlr) d'aller au dialogue avec le pouvoir (...) c'est ce dialogue que nous faisons derrière lui (... ) Aujourd'hui je rends un hommage au ministre d'Etat Bakayoko (Hamed Bakayoko, ndlr) (... ) Aujourd'hui, la sécurité est en train de se mettre en ordre (... ) La seule chose qui nous reste, c'est la réconciliation (... ) Si on a pas fait la réconciliation avant le départ d'Alassane, qu'est qui va encore arriver à la Côte d'Ivoire ? »

Les supporters d'ADO ? Frappés, tués ou chassés

Le reste de l'audience fut plus calme. Bien que des discussions animées portant sur la procédure aient eu lieu, l'audience n'était pas autant chargée en émotion que le discours de conclusion de Sam l'Africain.

Les réponses données par le témoin ont porté sur plusieurs points qui figurent sur le document contenant les charges et qui avaient fait l'objet de vives critiques et discussions lorsqu'ils avaient été soulevés par l'accusation lors des premiers jours du procès.

Concernant par exemple les grigris, Sam l'Africain explique en effet qu'« on associait les fétiches aux rebelles » et qu'à Abidjan « si on te voit (et que tu portes un grigri, ndlr) on te frappe, on te brûle ».

Il assure que du coup, beaucoup de gens du Nord « partaient, prenaient les cars pour quitter la ville ». Il dit avoir lui-même dû intervenir une fois, pendant deux heures, auprès de jeunes pro-Gbagbo pour laisser partir des gens du Nord d'Abidjan qui étaient menacés.

On comprend que la position de Sam l'Africain, qui était un des leaders de la Galaxie patriotique mais aussi un homme du Nord, lui donnait à la fois l'envie de protéger les gens du Nord perçus comme pro-Ouattara et la capacité de le faire grâce à son autorité auprès des patriotes.

« On (des pro-Gbagbo) a brûlé des gens, explique-t-il avant de préciser, mais ce n'est pas planifié. » Il ajoute aussi que parmi les personnes visées, il y avait « beaucoup de ressortissants de nos pays frères (... ) presque tous ceux de la CEDEAO ». En résumé, il affirme que les supporters d'Alassane Ouattara étaient soit frappés, soit tués, soit chassés.

La marche de la RTI devait être empêchée

Concernant la journée de la marche vers la RTI, le témoin répétera qu'« il fallait empêcher la marche vers la RTI » et qu'il y avait des barrages tout autour de l'hôtel du Golf (il fera d'ailleurs un croquis avec les barrages en question). Quand Macdonald lui demande si « les FRCI étaient bloqués ? » à l'hôtel du Golf à cause de ces barrages, le témoin répond qu'en effet « ils n'ont pas pu sortir ».

Sur la Galaxie patriotique, le témoin affirme que des primes étaient versées à de nombreux leaders du mouvement, et ce, directement au palais présidentiel. Mais, il affirme que, par exemple lorsque Blé Goudé recevait des primes, c'était « normal » car il fallait préparer les meetings.

On apprendra aussi que, pour le témoin, les barrages et meurtres se faisaient seuls : « on était à un stade où on avait plus besoin de lancer de mots d'ordre ».

Les articles écrits à l'occasion du procès relatent les faits tels que décrits par l'accusation, la défense, la représentante des victimes ou les témoins. Ils ne traduisent pas la pensée d'Ivoire Justice et doivent être compris comme des récits d'audiences.

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