11 Mars 2016

Cote d'Ivoire: Selon Sam l'Africain, Simone Gbagbo aurait empêché son époux de démissionner en mars 2011

Photo: L'Observateur Paalga
Simone Gbagbo

Pour Sam l'Africain, Simone Gbagbo a eu, lors de la crise, une influence grandissante au sein de la présidence. À tel point qu'elle aurait empêché Laurent Gbagbo de prononcer un discours à la nation en mars 2011. Récit de l'audience de ce 10 mars.

Il n'y avait plus d'issue. Voilà en substance l'analyse que Sam l'Africain faisait de la situation lors de la crise postélectorale. « Dans l'intérêt même de la nation (... ) ma solution c'était que l'on se retire, c'était mon souhait à moi », explique-t-il à la Cour.

À la question d'Éric Macdonald, le substitut de la procureure de savoir si Laurent Gbagbo a souhaité démissionner en mars 2011, le témoin affirme que le 11 mars de cette année-là, Gbagbo devait s'adresser à la nation. « Un communiqué de la présidence disait que Gbagbo devait parler à 17h le soir » dit-il. Le jour même, il dit avoir croisé un conseiller du président dans un couloir qui lui a confirmé que « le président va prendre une décision ».

Simone Gbagbo, influente comme jamais

Mais l'annonce attendue n'a pas eu lieu. Et pour Sam l'Africain, c'est Simone Gbagbo, l'épouse du président, qui est responsable de cette obstruction. C'était par elle, soutient-il, que « tout devait passer ». Il ajoute : « C'est elle qui donne son OK (... ) C'est comme si c'était un coup d'Etat contre le président (... ) Jusqu'à aujourd'hui, la nation voudrait savoir quel était le discours du président ».

Lors de l'audience, Macdonald interroge aussi Sam l'Africain sur le Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD) et les différents rendez-vous des membres de la galaxie patriotique à la résidence du chef de l'Etat. Concernant le CNRD, Sam l'Africain affirme que là aussi, Simone Gbagbo était influente. Il recevait d'ailleurs les convocations « au nom de la première dame, madame Ehivet Gbagbo ».

Lors d'une réunion avec le CNRD, Sam l'Africain dit qu'il avait fait entendre sa voix, différente de Simone Gbagbo, qui était à la tête du CNRD. Il considérait que l'interdiction faite à Gbagbo par les Nations unies concernant le survol du territoire empêchait, de facto, son camp de gagner : « la licorne, l'ONU pouvaient s'envoler (... ) Ils pouvaient contrôler la position des FDS (... ) Ça voulait dire qu'on a perdu ».

« Le temps des grigris est passé »

Le substitut de la procureure présente ensuite à la Cour plusieurs éléments de preuve : d'une part, le registre des entrées et sorties de la résidence du président, et d'autre part, l'agenda personnel de Simone Gbagbo. Un agenda provenant directement de la chambre de la première dame. Parmi ces éléments figure, entre autres, le meeting du 15 janvier 2011 au palais de la culture à Treichville.

Une vidéo de ce meeting, montrant Simone Gbagbo faire un discours, est visionnée par la Cour. « Le temps des grigris est passé », s'exclame la première dame de l'époque face à une foule de supporters pro-Gbagbo. « Chaque fois qu'on les frappe, c'est les grigris on trouve », ajoute-elle avant d'indiquer qu'il ne faut plus que les supporters de Gbagbo s'allient aux grigris et aux fétiches. Son discours semble également donner des instructions sur comment « récupérer la totalité du territoire ivoirien » : « Nettoyez les forêts, nettoyez les champs, récupérez nos champs de cacao (... ) qui sont pillés ».

Boucliers humains

D'autres vidéos sont présentées par l'accusation. Elles retracent les derniers moments du régime Gbagbo, notamment à travers des extraits de journaux télévisés de la RTI (télévision nationale). À l'écran vont apparaître, entre autres, Charles Blé Goudé (à plusieurs reprises), Geneviève Bro Grébé, Zéguen Touré, Serges Kassy ou encore Alain Pickass. Tous s'expriment à la télévision ou y apparaissent simplement.

Les vidéos présentent des appels au combat ou à la résistance. Charles Blé Goudé appelle à l'enrôlement au sein des FDS. Pickass affirme, quant à lui, qu'il s'agit d'un combat entre David contre Goliath, mais que « la victoire de David n'est pas loin ». Après visionnage des vidéos, Sam l'Africain explique pourquoi tous appelaient à se rassembler à la résidence de Gbagbo. Pour lui, il fallait qu'il y ait des « boucliers humains » à la résidence, en plus des hommes en armes. « On était en guerre », répète-il.

La chasse aux pro-Gbagbo

Après l'arrestation de Gbagbo (le 11 avril 2011, ndlr), Sam l'Africain raconte qu'il a fui parce qu'« il y avait la chasse à l'homme contre tous ceux qui étaient pro-Gbagbo ». Il est alors rentré chez lui et s'est caché pendant une semaine avant de devoir se réfugier chez des voisins. Il a finalement appelé une connaissance du camp Ouattara puis, de coups de téléphone en coups de téléphone, des hommes, envoyés par Issiaka Ouattara dit Wattao, sont finalement venus pour lui assurer une protection. Il conclut alors son récit : « C'est comme ça que moi j'ai eu la vie sauve, monsieur le procureur ».

Les articles écrits à l'occasion du procès relatent les faits tels que décrits par l'accusation, la défense, la représentante des victimes ou les témoins. Ils ne traduisent pas la pensée d'Ivoire Justice et doivent être compris comme des récits d'audiences.

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