22 Mars 2016

Afrique: POTENTIEL DE CROISSANCE

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Un programme de réformes ambitieux pourrait doper la croissance au Moyen-Orient et en Asie centrale

Par Pritha Mitra

Département Moyen-Orient et en Asie centrale du FMI

22 mars 2016

L'économie des pays du Moyen-Orient et d'Asie centrale est affectée par la chute des cours pétroliers et par les conflits

Les perspectives à long terme de la région sont à la traîne du reste du monde

Il est essentiel de rehausser la productivité et de développer le capital physique pour dynamiser la croissance

D'après une étude récente du FMI, il est crucial de promouvoir un climat des affaires plus compétitif, d'encourager la qualification professionnelle et d'améliorer l'accès au crédit pour rehausser les perspectives économiques à long terme dans la région Moyen-Orient et Asie centrale.

Les taux de croissance à long terme pourraient être multipliés par deux dans la plupart des pays de la région s'ils parviennent à combler l'écart par rapport à leurs pairs. L'Étude montre que, dans les pays exportateurs de pétrole du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et du Caucase et Asie centrale (CAC), le rebond de l'activité ne serait pas aussi marqué, mais suffirait à compenser le récent déclin des taux de croissance à long terme, qui menace la progression future du niveau de vie.

Il est possible de remédier au marasme économique au moyen de mesures appropriées, expliquent les auteurs.

Des défis sans précédent

Les pays du Moyen-Orient et d'Asie centrale sont confrontés des problèmes sans précédent qui sont dus à la stagnation persistante des cours du pétrole, qui ampute les recettes pétrolières, à l'aggravation des conflits et à la montée des tensions géopolitiques et sécuritaires (graphique 1).

«Les turbulences qui troublent les perspectives de croissance à long terme des pays du Moyen-Orient et d'Asie centrale ne sont pas près de se dissiper. Il y a urgence à redynamiser l'activité économique de la région», a déclaré M. Mitsuhiro Furusawa, Directeur général adjoint du FMI lors de la présentation du rapport à l'École des Hautes Études Internationales Paul H. Nitze à Washington.

Le rapport détaille les réformes structurelles les plus cruciales pour rehausser la croissance à long terme dans la région. Partant d'une analyse empirique de différents types de réformes mis en œuvre de par le monde, il évalue l'efficacité des mesures appliquées pour fortifier les éléments moteurs de la croissance économique qui agissent en profondeur sur l'offre, à savoir le capital, la main-d'œuvre et la productivité.

Il est indispensable de définir les réformes cruciales à mettre en œuvre pour rehausser la croissance de la productivité et, dans certains pays, de développer le capital physique - de secteurs tels que les machines-outils, le BTP et les équipements informatiques - afin de débloquer le potentiel de croissance de la région (graphique 2). Le regain de productivité et le développement du capital physique peuvent non seulement doper directement la croissance économique à long terme, mais aussi dynamiser l'activité, ce qui faciliterait l'absorption de la main-d'œuvre en rapide expansion. Les réformes qui améliorent la productivité sont aussi à même de favoriser la création de capital physique.

Parmi les nombreuses pistes de réformes, le rapport souligne qu'il est crucial de promouvoir un climat des affaires plus compétitif et d'encourager la qualification professionnelle pour doper la productivité de la région, et que le développement des marchés financiers est vital pour l'accumulation de capital physique.

Des chocs multiples

Pourquoi est-il important de rehausser la croissance à long terme de la région?

Les perspectives économiques à long terme de la région Moyen-Orient et Asie centrale se dégradent, à un rythme plus rapide que dans le reste du monde (graphique 3).

L'aggravation des conflits en Irak, en Syrie et au Yémen pèse sur les perspectives de croissance à long terme, car elle cause des pertes de vies humaines dévastatrices et d'énormes dégâts économiques, auxquelles s'ajoute l'exode des populations forcées à l'exil. Les retombées des conflits affectent l'ensemble de la région, minant la confiance et aggravant les tensions sécuritaires dans les pays voisins. Dans ces pays comme dans d'autres parties de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, en Afghanistan et au Pakistan (MOANAP), les populations sont depuis longtemps frustrées par la pénurie d'emplois et le manque d'opportunités économiques et de prospérité partagée - qui ont été au cœur des mouvements du Printemps arabe de 2011. Il est essentiel de rehausser la croissance pour apaiser ce mécontentement général, qui alimente aussi les conflits dans la région.

Plus récemment, la dégringolade des cours du pétrole a commencé à mettre en danger le niveau de vie des riches pays pétroliers de la région MOANAP. Leur modèle de croissance fondé sur l'exploitation du pétrole sous le contrôle de l'État n'est plus viable dans l'état actuel du marché pétrolier. Les recettes pétrolières ne suffisent plus à financer les dépenses publiques massives qui ont alimenté le développement du secteur non pétrolier et permis à l'État de devenir le principal employeur. Bien que les pays importateurs de pétrole de la région MOANAP bénéficient de la baisse du prix du pétrole, ils subissent en contrepartie les retombées de l'évolution économique de leurs voisins riches en pétrole, du fait de la diminution des flux commerciaux, des envois de fonds des travailleurs, des investissements et des concours financiers.

La chute des cours pétroliers a des effets similaires dans la zone CAC, qui subissent en outre les conséquences de la récession en Russie, pays exportateur de pétrole, mais aussi partenaire commercial et source importante d'envois de fonds des travailleurs. En raison du double choc qui affecte les termes de l'échange et la demande extérieure, les pays du Caucase et d'Asie centrale sont exposés aux pires difficultés économiques depuis qu'ils ont gagné leur indépendance il y a 25 ans.

Comme il est peu probable que cette situation difficile se résorbe rapidement, il est désormais indispensable d'œuvrer d'urgence à rehausser les perspectives économiques des pays du Moyen-Orient et d'Asie centrale.

Recommandations

Les pays du CCG, soucieux de réduire leur dépendance à l'égard du pétrole, ont à tâche de diversifier leur économie et de promouvoir l'épanouissement du secteur privé. D'après le rapport, il est particulièrement important d'améliorer l'accès aux services financiers et les droits juridiques pour développer des secteurs financiers capables d'assurer une intermédiation efficace pour les projets les plus viables du secteur privé. Il est crucial de mieux adapter l'éducation et la formation professionnelle aux besoins du secteur privé pour rehausser la productivité nationale de la main-d'œuvre et améliorer les perspectives professionnelles dans ce secteur.

En dehors du Golfe, il est particulièrement nécessaire de développer et de moderniser les infrastructures - avec l'appui d'investissements publics efficaces, de services financiers améliorés et de droits juridiques renforcés -, tant dans les pays exportateurs de pétrole que dans les pays importateurs de pétrole de la région MOANAP. L'affirmation de la primauté du droit, la lutte contre la corruption, la diminution de la dominance économique des grandes entreprises publiques, la simplification des réglementations commerciales et fiscales et la réduction de la bureaucratie seraient autant d'éléments qui contribueraient à abaisser le coût de création/gestion des entreprises. Il y a moyen de rehausser la qualification professionnelle non seulement en faisant mieux correspondre l'éducation et la formation aux besoins du secteur privé, mais aussi en tirant parti des connaissances et compétences des vastes diasporas florissantes à l'étranger.

Dans les pays de la zone CAC, une plus grande intégration dans les circuits du commerce mondial aiderait à promouvoir le développement du capital physique et à rehausser la productivité sois l'impulsion du secteur privé. À cette fin, la montée en gamme des exportations vers des produits à plus forte valeur ajoutée aiderait à attirer des investissements multinationaux et à permettre aux pays du Caucase et d'Asie centrale de trouver leur place dans les chaînes d'approvisionnement internationales.

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