11 Avril 2016

Rwanda: Cpt Guillaume Ancel - « nous avons reçu l'ordre de préparer un raid sur Kigali »

Un ancien officier de l'armée française, chevalier de la Légion d'honneur décoré à titre militaire en opérations, contredit la version officielle de l'« Opération Turquoise », dont il faisait partie au Rwanda lors du Génocide contre les Tutsis.

« L'ordre initial que j'ai reçu autour du 24 juin, était très clair : préparer un raid sur la capitale rwandaise, Kigali, alors passée en quasi-totalité sous le contrôle du FPR », a révélé Guillaume Ancel, âgé de 48 ans à l'époque en 1994, capitaine au 68e régiment de l'artillerie d'Afrique.

Dans son entretien avec le journal « Jeune Afrique », le Cpt Guillaume Ancel montre clairement l'agenda caché de l'Opération Turquoise. Son objectif « humanitaire » officiellement affiché par Paris se confond avec un autre, beaucoup moins avouable, « celui de freiner ou de stopper l'avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR), tout en ménageant les forces gouvernementales génocidaires ».

Lancée le 22 juin 1994, cette opération française aurait eu pour objectif initial de faire le coup de feu contre le FPR, qui était au point de faire tomber le régime de Habyarimana et ses forces armées rwandaises (FAR). Ces derniers avaient planifié et exécuté le Génocide contre les Tutsis.

« La spécialité de mon unité était le guidage des frappes aériennes [Tactical Air Control Party - TACP, NDLR]. Infiltrés à proximité de la cible pour guider les avions de chasse, notre rôle était de dégager un couloir pour permettre aux troupes de s'emparer de leur objectif avant que quiconque ait eu le temps de réagir. Pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que lorsqu'on cherche à reprendre la capitale d'un pays en guerre passée aux mains d'une rébellion, c'est pour remettre en place les autorités officielles », a précisé Ancel.

Cette attaque des Français contre l'avancée du FPR n'a pas eu lieu, pourquoi ?

Selon le Cpt Ancel, « la confirmation de l'ordre de mission n'est jamais arrivée. Peut-être était-ce lié aux problèmes logistiques que nous rencontrions, nos équipements ayant été acheminés avec retard jusqu'à Goma [en RDC, NDLR]. D'autre part je sentais un certain flottement au niveau de la hiérarchie ».

Entre le 29 juin et le 1er juillet, poursuit-il, « nous avons reçu un ordre qui s'est substitué au premier. Nous devions stopper par la force l'avancée du FPR à l'est de la forêt de Nyungwe, dans le sud-ouest du Rwanda. Le lendemain matin à l'aube, nous avons décollé dans des hélicoptères Super-Puma afin d'aller déclencher les frappes aériennes sur les colonnes du FPR. L'essentiel de l'unité était déjà partie la veille par la route. Mais au moment où les hélicoptères décollaient de l'aéroport Bukavu, nous avons reçu un contrordre ».

« L'officier en charge des opérations nous a expliqué qu'un accord avait été passé avec le FPR. Désormais nous devions protéger une « zone humanitaire sûre » (ZHS) dont le FPR avait accepté qu'elle échappe provisoirement à son contrôle », a-t-il déclaré.

Si leur mission a changé pour devenir humanitaire, pourquoi cette même armée a contribué dans l'extermination des milliers de Tutsis des collines de Bisesero? A Murambi de Gikongoro, les forces françaises plongées dans le génocide ont dissimulé les fosses communes en y ménageant des terrains de volley-ball.

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