21 Juin 2016

Nigeria: Dépréciation du naira - Une dévaluation n'est pas une fatalité

Photo: Kristin Palitza/IPS
photo d'illustration (Pièces de monnaie)
analyse

La première puissance économique du continent africain s'apprête à faire face à une dévaluation de sa monnaie. En effet, le Nigeria devra composer avec un Naira rendu plus faible sur les marchés du change. Bien entendu, cela est vécu par les populations comme une mauvaise nouvelle.

Même des dirigeants nigérians n'applaudissent pas non plus cette nouvelle donne. Jusqu'à une date récente, le président nigérian par exemple, estimait qu'une dévaluation serait fatale au Naira. Cependant, il a fallu, pour le pays de Muhammadu Buhari, s'y résoudre. Il faut dire que la chute vertigineuse du cours du pétrole, principal produit d'exportation du Nigeria, n'aura pas arrangé les choses. Au plan économique, il y avait péril en la demeure et il était vital pour le Nigeria de trouver, dans les meilleurs délais, des réponses à ses ennuis économiques.

La dévaluation permet au Naira de revenir à une juste valeur

Cette dévaluation est l'une de ces solutions. Mais cela ne va pas sans soulever des inquiétudes. Ainsi, on s'interroge sur les conséquences de ce grand événement. Cette dévaluation peut-elle sauver le Nigeria durement éprouvé au plan économique ? On se demande également quelles incidences elle pourrait avoir sur l'économie de la sous-région ouest-africaine et sur la perspective de la mise en place d'une monnaie unique de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Comme on le sait, le sort du Nigeria ne laisse personne indifférent en Afrique de l'Ouest notamment.

Le pays est un géant à tel point que s'il éternue, ses voisins pourraient s'enrhumer. La dévaluation d'une monnaie est ressentie a priori comme un coup dur. Les populations notamment la reçoivent de plein fouet ; elles qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts. Mais, à l'échelle de l'Etat, une dévaluation n'est pas une fatalité, encore moins une tragédie. D'ailleurs, la Chine qui donne des sueurs froides en matière d'échanges commerciaux aux pays occidentaux, a un Yen pourtant faible. Plus près de nous, on peut noter que le Ghana a pendant longtemps eu une monnaie à ras de terre, faible, mais cela ne l'a pas empêché d'avancer.

Des Etats comme le Burkina Faso avaient, au plan macroéconomique, su tirer profit de la dévaluation du Franc CFA en 1994. Il importe de savoir accepter ce genre de nouvelle, de serrer les dents en pareilles circonstances et de travailler pour en sortir gagnant. Pour ce qui est du Naira, il faut dire qu'il était un peu trop fort. Ce qui n'est pas de nature à stimuler les exportations du pays. Cette dévaluation lui permet quelque peu, de revenir à une juste valeur. Ce qui est de nature à donner du tonus à l'économie nigériane. C'est dire que si elle est bien gérée et qu'elle intègre certains aspects, la dévaluation peut être source de relance économique pour un pays.

En effet, pour que le Nigeria tire un profit réel de cette dévaluation, il est nécessaire que le volume de ses exportations soit colossal. La faiblesse de sa monnaie incitera, attirera les investisseurs. Encore faut-il qu'il ait de la matière, des produits qui répondent aux besoins de ses partenaires en termes de qualité et de quantité. En d'autres termes, le Nigeria va devoir se montrer capable d'avoir de quoi exporter. La faiblesse du Naira contribuera à doper ces exportations. Si ces conditions sont remplies, le pays saura tirer profit de cette dépréciation de sa monnaie. Elle pourra dès lors rééquilibrer sa balance commerciale, voire la rendre excédentaire.

A cela, on peut ajouter le fait que les investisseurs étrangers seraient plus enclins à venir travailler sur son territoire où les coûts de production sont moins chers. Il est de notoriété publique que les grandes firmes transnationales sont en quête de main-d'œuvre abondante et bon marché. La faiblesse du cours du Naira induisant ce faible coût de la main-d'œuvre au pays de Buhari, aura certainement l'effet d'attirer de nombreux investisseurs étrangers. Une telle chose ne peut qu'apporter une embellie à l'économie nigériane. Ainsi, le Nigeria peut se servir de la faiblesse du Naira pour défendre son titre de numéro un africain au plan économique.

Le pays de Buhari pourrait désormais être une destination plus attrayante

La faiblesse du franc nigérian peut aussi pousser bien de ses voisins à faire leurs emplettes sur ce marché. Les commerçants ouest-africains pourraient avoir pour destinations privilégiées Abuja et Lagos, pour peu que ce qu'ils veulent s'y trouve. En effet, pourquoi iraient-ils loin, payer cher ce qu'ils peuvent trouver si près à moindre coût ? C'est dire que le volume total des échanges entre pays ouest-africains peut se trouver intensifié.

Pour les produits sur lesquels le Nigeria est en concurrence avec d'autres pays ouest-africains pour trouver des importateurs étrangers, le pays de Buhari pourrait désormais être une destination plus attrayante en raison de la baisse des coûts. De façon globale, il faut espérer que ces difficultés que traverse le Nigeria et qui sont, pour beaucoup, dues au fait que son économie est assise essentiellement sur le pétrole, servent de leçon aux autres Etats africains.

Que cela fasse prendre suffisamment conscience aux pays, de la nécessité de diversifier au maximum leurs sources de revenus. Gageons que ces difficultés accélèrent, également l'avènement d'une zone économique plus diversifiée et plus forte grâce à une monnaie unique en Afrique de l'Ouest, en attendant, sait-on jamais, une monnaie à l'échelle du continent africain.

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