2 Juillet 2016

Afrique de l'Ouest: Conference sur la prevention de l'extremisme violent au Sahel

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Investir dans la paix et la prévention de la violence en Afrique de l'Ouest et dans le Sahel : « Une conversation autour du plan d'action du Secrétaire Général de l'ONU pour la prévention de l'extrémisme violent »

Allocution d'ouverture de l'Ambassadeur Ahmedou Ould-Abdallah, Président du Centre Stratégique 4S et ancien Représentant Spécial des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest,

Dakar, 27-28 juin 2016

Remerciements :

Le Gouvernement du Sénégal

S.E. M. Mohamed Ibn Chambas, le Représentant Special du Secrétaire général des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel,

SE. Mme Dagmar Schmidt, Ambassadrice de la Confédération Suisse au Sénégal,

SE. Ambassadeur Youssef Mahmoud, de l'Institut International pour la Paix,

Mesdames, Messieurs les Représentants des organisations régionales et internationales,

Mesdames, Messieurs les Représentants du corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs,

Depuis des décennies, la violence armée est récurrente à travers le monde y compris, présentement, le Sahel Sahara. La question lancinante est la suivante: peut-on, par des politiques appropriées, prévenir cette violence en Afrique de l'ouest et au Sahel?

Dans une rencontre comme celle d'aujourd'hui il n'est pas sans intérêt de chercher, non pas à définir violence armée et terrorisme, ce serait une vaste entreprise, mais de débattre de la prévention de l'extrémisme violent. Celui qui tue des innocents, déplace et exile des populations entières et qui, par-dessus tout, demeure contagieux. Cette violence armée fragilise les institutions, pousse à la dictature au nom de la recherche de la paix et détruit les infrastructures physiques y compris celles financées par la coopération internationale. Enfin elle détourne vers les efforts sécuritaires des recettes déjà allouées au développement.

Est-il possible d'établir des repères qui permettent, à l'avance, d'identifier la ou les menaces à l'origine de ces violences ? Avec les récents attentats au Mali, Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et dans les pays du pourtour du lac Tchad la violence au Sahel n'a plus besoin d'être identifiée. La question est comment arrêter l'engrenage dans son intensité et dans son expansion géographique.

Les attentes des populations, en matière de sécurité, ne peuvent plus se suffire de nouvelles séries d'études même des plus pointues. Elles ne peuvent non plus se contenter de guerres longues et coûteuses et qui aboutissent à rarement des résultats définitifs.

Pour de nombreuses populations du Sahel la violence est récurrente quand bien même elle a changé de nature. Durant la guerre froide, elle venait essentiellement des services répressifs officiels. Ainsi, à ce jour, héritage de ce passé pas si lointain, la vue de ce que les Sahéliens appellent "les corps habillés", en d'autres termes policiers, gendarmes et soldats, fait encore fuir les populations.

Ma première observation est qu'aujourd'hui la priorité doit être de s'assurer que dans la région, la peur et la violence cessent d'être la norme. Les populations du Sahel Sahara, comme sans doute celles d'autres régions à travers le monde, sont contre la violence et le terrorisme.

Cependant, leurs relations avec les autorités demeurent ambiguës. Sans avoir de sympathies pour les groupes radicaux, elles ne soutiennent pas pour autant leurs gouvernements dans le combat contre les terroristes. Elles restent indifférentes à une guerre qu'elles pensent ne point les concerner. Certes, elles tiennent à leur sécurité et à la protection de leurs biens mais semblent peu convaincues de l'engagement irréversible des autorités. De surcroit elles craignent les représailles de l'un ou l'autre camp, car enfin de compte, elles sont les seules qui restent sur le terrain !

Cela a déjà été dit et écrit. Mais il faut encore le répéter. L'exclusion et les injustices ressenties par un ou des segments de la société, même si elles ne résultent que de l'incompétence ou de simples maladresses des autorités, renforcent la recherche des identités particulières : ethniques, religieuses ou autres. Ces frustrations sont les efficaces des sergents recruteurs de l'extrémisme violent.

Cependant, et à leur décharge, la tâche des gouvernements est ces temps-ci une des plus ingrate à travers tout le Sahel.

Tout d'abord la conjoncture économique pour 2016 est déjà particulièrement difficile. La baisse des prix des matières premières minérales va affaiblir les recettes des états et donc leurs capacités de répondre aux demandes sociales. Les revenus tirés du tourisme vont également s'évaporer. La défiance des populations n'en sera que plus forte et, avec elle, les connivences entre mécontentements et rebellions. Enfin de compte, les risques sécuritaires vont se multiplier parce que les pays sont déjà fragilisés.

Dans ce contexte, et pendant que les réponses gouvernementales et internationales se préparent, de nouvelles générations de terroristes apparaissent sur le marché de la violence. Comme tous les marchés celui-ci n'est pas statique. Ces générations sont souvent le fruit de nouvelles dynamiques à l'intérieur des mouvements djihadistes. Le véritable défi est que très souvent ceux-ci ont une ou plusieurs longueurs d'avance sur les forces qui les combattent.

Aux anciens groupes plutôt structurés mais toujours susceptibles d'éclater en vraies ou fausses unités rivales (Shebabs en Somalie, AQMI au Sahel, Boko Haram autour du bassin du lac Tchad), s'ajoutent de nouveaux mouvements et démembrements plus fluctuants: Mujao, Mourabitounes, Ansar Eddine, Front de libération du Macina, Etat Islamiste, etc. Parfois, il s'agit aussi des camouflages pour se protéger ou pour exagérer leur importance.

Aujourd'hui, les menaces sont presque partout identifiées mais la capacité d'anticiper demeure le plus grand défi. C'est le défi de la prévention.

J'entends par politique préventive " une action cohérente et soutenue, engageant plusieurs intervenants sous l'autorité d'un acteur principal accepté par tous. Le but de cette action est de réduire les tensions et d'encourager l'émergence d'un environnement constructif et propice à la coopération dans un pays qui est, soit menacé par la violence ou qui est déjà victime d'un conflit violent."

Il importe de faire la différence entre prévenir l'irruption d'un nouveau conflit (prévention proactive) et prévenir l'aggravation d'un conflit qui est déjà en cours (prévention réactive). Cependant, du fait de la nature des crises dans le Sahel, la mise en œuvre simultanée de ces deux approches préventives - proactive et réactive - est nécessaire.

La prévention doit comporter une dimension financière, économique, politique et naturellement un effort militaire soutenu. Ce dernier, bien que nécessaire, n'est pas suffisant et doit sans cesse être revigoré et complété par des appuis politiques et financiers.

La prévention comme réponse doit aussi viser la construction graduelle d'un véritable état dans lequel les citoyens peuvent se reconnaitre. Cela veut dire des états bien gérés et respectueux des citoyens et des institutions.

Qui des institutions internationales et régionales ou des états sera cet acteur principal accepté par tous au Sahel ? Les multiples stratégies adoptées pour la région invitent à une cohérence pour leur mise en œuvre.

A court terme, la prévention de la violence peut être perçue comme une manifestation de solidarité et d'assistance à des populations et des pays vulnérables. Au-delà de ces aspects purement nationaux, la prévention peut aussi être vue comme une assurance visant à protéger des investissements réalisés en temps de paix par la coopération internationale. Cela ne doit pas échapper aux partenaires extérieurs du Sahel.

Parmi les politiques préventives qui aident à consolider la paix, la lutte contre la corruption a une place spéciale. La corruption est un cancer qui discrédite les autorités publiques et, par les injustices flagrantes qu'elle engendre (générations spontanées de millionnaires), pousse les populations, en particulier les plus jeunes, à la révolte. Comme chacun le sait, "personne n'est née terroriste". Ce sont les politiques des états qui discréditent les autorités et poussent souvent au terrorisme.

Enfin la réponse doit inclure le soutien au secteur privé. En apportant souplesse et flexibilité le secteur privé peut adapter la réaction des pays concernés aux demandes qui poussent les jeunes Sahéliens à rejoindre les mouvements extrémistes.

En conclusion, je voudrais exprimer un vœu que je sais difficile à exécuter.

Face à des menaces sérieuses et crédibles, la communauté internationale doit redoubler d'efforts pour éviter la cacophonie dans son action. Pour le Sahel Sahara il existe plus d'une dizaine de stratégies pour gérer l'extrémisme violent. Les principaux acteurs internationaux y sont impliqués : Nations Unies, Banque mondiale, Union européenne, Union Africaine, etc. Des pays tels la France, les Etats Unis, l'Union Européenne y ont investi en sang et en argent. Mais la violence au Sahel n'est sans doute pas encore à l'âge adulte.

Où est la solution ? Le second secrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld aimait dire " le but des Nations Unies n'est pas de mener le mode au paradis mais de l'empêcher d'aller en enfer".

Pour aider à éviter cet enfer, les états du Sahel doivent à leurs propres niveaux entreprendre des efforts supplémentaires. Ils peuvent par exemple constituer des fronts nationaux pour occuper l'ensemble de l'espace politique du pays. A cet effet, des gouvernements d'union nationale pour la durée de la crise devraient pouvoir se mettre en place.

Tout cela dans un but : celui de s'assurer que leurs pays - ceux du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest - ne soient plus l'objet de préoccupations pour la communauté internationale mais les acteurs de leur propre destin.

Je vous remercie de votre attention.

Mise à jour le Samedi, 02 Juillet 2016 03:30

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