5 Juillet 2016

Kenya: L'ONU condamne des cas d'exécutions sommaires par les forces de police

Photo: HRW
Une femme kenyane, Zeinab Bulley Hussein, montre la carte d'identité de son fils Abdi Bare Mohamed, dont le corps a été retrouvé à 18 kilomètres de Mandera (nord-est du Kenya), trois semaines après son arrestation par des policiers devant le domicile familial en août 2015.

Alors que la police kenyane fait l'objet d'un nombre croissant d'allégations d'exécutions sommaires, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a condamné mardi les meurtres de l'avocat des droits humains kenyan Willie Kimani, de son client Josphat Mwenda et de leur chauffeur de taxi Joseph Muiruri, le 23 juin dernier.

« Il est impératif de faire toute la lumière sur ce qui s'est passé et d'établir toutes les responsabilités liées à ces meurtres atroces », a déclaré le porte-parole du HCDH, Rupert Colville, lors d'un point de presse à Genève.

Selon l'agence de l'ONU, les trois hommes ont disparu après que M. Kimani et M. Mwenda ont assisté à une audience à Mavoko, à environ 30 km à l'est de la capitale kényane Nairobi, dans le cadre d'une affaire impliquant M. Mwenda et un agent de police. « Le avril 2015, M. Mwenda s'était fait tirer dessus et avait été blessé par cet officier de police, avant d'être inculpé pour des crimes fictifs », a précisé M. Colville. M. Kimani, qui travaillait avec l'ONG International Justice Mission, avait ensuite accepté de représenter M. Mwenda dans cette affaire.

M. Colville a précisé que les corps de M. Kimani, M. Mwenda et M. Muiruri avaient été retrouvés le 30 juin dernier dans une rivière au nord-est de Nairobi et qu'ils présentaient des signes de torture.

« M. Mwenda aurait reçu des intimidations et des menaces avant l'audience », a déclaré le porte-parole, avant d'ajouter que les trois hommes auraient été brièvement détenus à l'intérieur d'un container dans un camp de la police, avant d'être exécutés.

Suite à la découverte des corps, le Procureur général du Kenya a déclaré « qu'aucun effort ne serait épargné pour identifier les responsables de ces meurtres » et l'inspecteur général de la police a annoncé qu'une enquête approfondie serait menée. « A ce jour, trois policiers ont été arrêtés », a précisé le porte-parole.

M. Colville a ajouté que l'une des conséquences positives de ce « terrible crime » est la promesse faite dimanche par le Procureur général qu'un projet de loi contre la torture serait présenté au parlement kenyan dans les 28 jours.

M. Colville a par ailleurs appelé les autorités kenyanes à prendre des mesures urgentes pour empêcher les exécutions sommaires, brutalités policières et autres violations graves.

Il a ajouté que ces mesures sont essentielles pour rétablir la confiance avant que les élections aient lieu l'année prochaine au Kenya. « Nous appelons également les autorités à assurer un environnement sûr et favorable dans lequel la société civile peut fonctionner librement et sans crainte », a-t-il dit.

Selon plusieurs ONG en contact avec le HCDH, au moins 53 personnes pourraient avoir été exécutées sommairement par les forces de police entre janvier et avril 2016. La Commission nationale des droits humains du Kenya a quant à elle documenté 25 cas d'exécutions sommaires et 81 cas de disparitions forcées commis par la police et d'autres agences de sécurité dans le cadre des opérations de lutte contre le terrorisme entre 2013 et 2015.

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