27 Juillet 2016

Mauritanie: Nouvelle vague de représailles contre les militants antiesclavagistes de l'IRA

Photo: Alex Potemkin/Getty images
En Mauritanie, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme appelle à la libération immédiate et sans condition de 13 membres de l'ONG anti-esclavage IRA
communiqué de presse

Entre le 30 juin et le 9 juillet 2016, les membres de l'ONG mauritanienne «Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste» (IRA), ont fait l'objet d'une nouvelle vague de représailles avec l'arrestation de 13 activistes de l'IRA, Amadou Tidjane Diop, Balla Touré, Hamady Lehbouss, Ahmed Amarvall, Khattry M'Bareck, Mohamed Daty, Jemal Beylil, Ousmane Anne, Ousmane Lô, Abdallahi Matallah Seck, Moussa Biram, Abdallahi Abou Diop et Mohamed Jaroullah. Alkarama a adressé, le 21 juillet 2016, un appel urgent au Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'homme (SR HRD) Michel Forst afin qu'il intervienne auprès des autorités mauritaniennes pour demander leur libération immédiate et l'abandon des poursuites à leur encontre.

Ces arrestations font suite aux évènements du 29 juin 2016, lors desquels des heurts avaient éclaté entre les forces de sécurité et des personnes venues soutenir des familles haratines expulsées, d'un bidonville de Nouakchott - la « gazra Bouamoutou » -. Dès le lendemain, des activistes de l'IRA, pourtant absents du rassemblement, ont été arrêtés pour avoir, selon les autorités, « planifié et participé à ces violences ». Suite à l'arrestation de leurs proches, les familles des activistes se sont heurtées au refus systématique des autorités de leur fournir des informations sur le sort de leurs proches. Ces derniers ont été détenus au secret pendant une dizaine de jours et transférés à plusieurs reprises, les yeux bandés, d'un lieu de détention vers un autre sans être informés du lieu où ils se trouvaient.

Les 13 activistes ne sont réapparus que lors de leur présentation au Procureur de Nouakchott la nuit du 11 au 12 juillet 2016. Leurs avocats ont alors pu constater que certains des activistes portaient des traces visibles de violence sur leurs corps, tandis que d'autres ont rapporté avoir subi des actes de torture physique et des humiliations de la part des policiers alors qu'ils se trouvaient détenus au secret. Ces actes de torture avaient pour but de les forcer à admettre leur participation aux manifestations du 29 juin 2016. En dépit des demandes formulées par les avocats, le parquet n'a pas ordonné d'expertise médicale ou l'ouverture d'une enquête concernant les actes de torture. De même, des membres du Mécanisme national de prévention de la torture (MNP) ont voulu procéder à des visites des lieux de détention dans lesquels se trouvent les activistes; mais le Parquet n'a pas non plus donné suite à leurs requêtes.

« Malgré la promulgation en 2007 d'une loi criminalisant l'esclavage, celui-ci continue d'être pratiqué en Mauritanie, et les militants antiesclavagistes sont régulièrement victimes de représailles de la part des autorités », déclare Radidja Nemar, Responsable juridique pour l'Afrique du nord à Alkarama. « Nous sommes extrêmement préoccupés par le refus systématique de faire droit aux demandes légitimes des avocats : les autorités compétentes doivent ordonner des expertises médicales sur les victimes au plus tôt et ouvrir une enquête sur les actes de torture subis, et ce, en vertu de la Convention contre la torture (CCT) à laquelle la Mauritanie est partie depuis 2004. »

Les activistes se trouvent actuellement détenus arbitrairement et dans des conditions inhumaines à la maison d'arrêt de Dar Naïm, dans l'attente de leur procès, qui devrait se tenir le 3 août 2016. Ils seront jugés des chefs d' « attroupement armé », de « violences à l'égard d'agents de la force publique », de « rébellion » et d' « appartenance à une organisation non enregistrée ». En effet, pour rappel, l'IRA-Mauritanie s'est systématiquement vue refuser son accréditation en tant qu'association par les autorités mauritaniennes, sans justification valable.

Alkarama appelle donc les autorités mauritaniennes à libérer immédiatement ces activistes, à abandonner les poursuites à leur encontre, à cesser tout acte de persécution envers des militants qui appellent au respect des libertés civiles et politiques et à veiller à ce que de telles violations ne se reproduisent plus.

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