17 Août 2016

Afrique: Menace terroriste - Plaidoyer pour une égale solidarité

Cette semaine dans l'actualité reliée au développement : la France sous le choc d'une nouvelle attaque terroriste, pour un appel à la solidarité internationale dans le contexte des violences policières aux Etats-Unis et de la stratégie expansionniste de l'OTAN ; de nouveaux principes directeurs pour les politiques d'investissement des pays du G20 ; les performances économiques du Sénégal ; le dialogue national togolais ; et l'initiative « Water for Africa ».

La France est sous le choc quelques heures après l'attaque qui a frappé la ville de Nice dans la nuit du jeudi 14 juillet 2016, jour de fête nationale. Un homme au volant d'un camion a foncé dans la foule rassemblée sur la très populaire promenade des Anglais pour les traditionnelles festivités, et a renversé les personnes se trouvant sur son chemin. Selon le dernier bilan, 84 personnes sont mortes, dont plusieurs enfants, et 18 blessés se trouvent toujours en « urgence absolue ». Si l'attaque n'a pas encore été revendiquée, l'hypothèse terroriste est privilégiée. Les attentats se multiplient donc ces dernières semaines et bien que le traitement médiatique et la dénonciation de ce fléau global se fassent toujours à deux vitesses, le Moyen-Orient et l'Afrique demeurent les premières victimes.

L'attaque a frappé la ville de Nice dans la nuit vers 23h. Le Président François Hollande s'adressant à la France a annoncé la prolongation de l'Etat d'urgence qui devait s'achever le 26 juillet pour trois mois supplémentaires et déclaré que « cette attaque, dont le caractère terroriste ne peut être nié, est encore une fois d'une violence absolue ». Le Premier Ministre, Manuel Valls, a quant à lui répété : « Nous faisons face à une guerre que le terrorisme nous livre ».

Les réactions ont d'ailleurs été extrêmement rapides dans tout le pays et de par le monde. Le Conseil français du culte musulman et l'Union des Mosquées de France ont condamné l'attaque. Plusieurs chefs d'État africains ont déjà exprimé leurs condoléances, les quotidiens sénégalais en ont même fait leur une ce vendredi 15 juillet.

Ces événements viennent en effet s'ajouter à ceux d'Orlando et à l'assassinat du couple de policiers français, témoignant une nouvelle fois de la menace terroriste à laquelle fait face le monde occidental. Pour autant, ils s'analysent avant tout de façon plus globale comme un énième témoin de la résurgence du phénomène terroriste à travers le monde, en première ligne duquel se situent les pays du Moyen-Orient et d'Afrique : pour preuve, les récents attentats en Turquie, en Irak et au Bangladesh, qui ont provoqué la mort de centaines de personnes, mais aussi, l'attentat-suicide du 30 juin dernier mené par Boko Haram au Cameroun.

Le rapport publié en avril dernier par l'ONG britannique « Action on Armed Violence » révèle à ce titre une augmentation de 190% du nombre de personnes blessés ou tuées en 2015 dans des attaques attribuées à Boko Haram. Il révèle également que parmi les quinze pays les plus affectés dans le monde par les attaques ou incidents du type en 2015, tous ou presque se situent au Moyen-Orient et en Afrique : en première place, la Syrie, suivie par le Yémen, l'Irak, et le Nigéria.

L'humanité toute entière est concernée par le fléau terroriste qui appelle à la même solidarité, partout dans le monde, et à l'heure du mouvement « Black Lives Matter », à la même considération pour les victimes, sans égard pour leurs origines ou leurs croyances.

Lutte contre les discriminations Etats-Unis / Afrique / Monde

Aux Etats-Unis depuis plus d'une semaine, des vagues de protestation contre les violences policières sont réapparues des suites de la mort de deux afro-américains, Alton Sterling en Louisiane, et Philando Castile dans le Minnesota, tous les deux tués par des policiers.  Né trois ans auparavant d'un hashtag viral sur les réseaux sociaux, le mouvement « Black lives matter » s'est amplifié au fil des tragédies, pèse désormais sur l'échiquier politique américain, et résonne à travers le monde jusque sur le continent africain.

Les tensions sociales sont encore montées d'un cran aux Etats-Unis après le meurtre de cinq policiers par un tireur embusqué, à Dallas le 7 juillet dernier, en marge d'une manifestation pacifique, et en représailles aux brutalités policières à l'origine de la mort de deux  afro-américains.

Le mouvement « Black lives matter » est né en 2013 d'un hashtag lancé par trois jeunes activistes afro-américaines des suites de l'incompréhension liée à l'acquittement de George Zimmerman, accusé du meurtre de Trayvon Martin. Une plate-forme en ligne est créée que quiconque peut rejoindre, et le mouvement s'émancipe lorsque Michel Brown, 18 ans, est abattu par un policier blanc à Ferguson en 2014.

A quelques mois de la fin du second mandat de Barack Obama, ces événements récents rappellent que la question raciale constitue toujours un problème structurel de la société américaine, et qu'elle est même exacerbée. A son arrivée à Varsovie pour le sommet de l'OTAN, le Président américain s'est prononcé sur les disparités raciales qui persistent dans le système judiciaire pénal, dénoncé la discrimination envers les communautés afro-américaine et hispanique, chiffres à l'appui, et reconnu les critiques légitimes à adresser au système contre lesquelles « les citoyens devraient continuer de protester ».

Mais, depuis une semaine, avec des manifestations en Irlande, en Allemagne, en Hollande, en France, et même au Cap, en Afrique du Sud, le mouvement s'internationalise : les événements américains sont désormais perçus comme une attaque directe contre les afro-descendants du monde entier. Le mouvement Black Lives Matter, citoyen, spontané, et circulant sur les réseaux sociaux, lui, constitue un exemple populaire de ce que l'on verra de plus en plus émerger en Afrique, à l'image du Balai citoyen burkinabè.

Géopolitique & Sécurité Europe / Monde / Afrique

A l'occasion du dernier sommet de l'OTAN, les 8 et 9 juillet derniers à Varsovie, en Pologne, le Secrétaire Général de l'Alliance, Jens Stoltenberg, a révélé le projet de créer un nouveau « centre de fusionnement du renseignement » en Tunisie. A l'origine d'une énorme controverse politique et médiatique dans le pays, cette annonce s'inscrit en fait plus largement dans une volonté commune, désormais affichée par les dirigeants concernés, de « projeter la stabilité au-delà des frontières de l'Alliance » : une visée expansionniste qui pourrait concerner à la fois les pays du Maghreb et d'Afrique subsaharienne.

Le Sommet de l'OTAN à Varsovie a débouché sur un certain nombre de positions communes, fermes, et significatives de la part des Alliés, révélant leur stratégie militaire et sécuritaire globale. Ainsi, la Russie a été prise à partie et accusée de remettre en cause les principes fondamentaux de l'architecture sécuritaire, tant euro-atlantique, que mondiale. Concernant la Syrie, l'OTAN réaffirme que la stabilité et la sécurité ne sauraient être rétablie sans une transition politique, vers un nouveau pouvoir « qui soit représentatif, sur la base d'un processus inclusif dirigé par les syriens ».

Mais désormais, l'OTAN s'intéresse aussi à  l' « arc d'insécurité et d'instabilité qui s'observe à sa périphérie et au-delà », une menace considérée pour sa propre sécurité. La création d'un nouveau centre de renseignement en Tunisie témoigne ainsi de l'engagement de l'OTAN à s'attaquer au terrorisme au-delà de ses frontières, en « [aidant] ses partenaires à assurer leur sécurité, à se défendre (...) et à développer leur résilience face aux attaques ».

Et, si la démarche ne concerne pour l'instant que l'Afrique du nord, l'Alliance qui a déjà donné son accord de principe à un éventuel rôle de l'OTAN en Méditerranée centrale pour soutenir l'opération européenne Sophia, considérant par ailleurs que le terrorisme et toutes les formes de trafic dans la région du Sahel et du Sahara « menacent sa propre sécurité », pourrait chercher à étendre ses positions en Afrique subsaharienne. Une telle stratégie la ferait s'éloigner de son mandat de base, défensif, et devrait bientôt être intégrée par les États africains comme nouvelle composante de leurs plans de lutte contre le terrorisme.

G20 : intégrer le développement durable dans les politiques d’investissement

Les ministres du commerce et délégations des vingt principales puissances économiques mondiales se sont réunis les 9 et 10 juillet derniers à Shanghai en vue de préparer le Sommet du G20 des 4 et 5 septembre prochains à Hangzhou. Préoccupée par le Brexit et l’essoufflement persistant du commerce et de la croissance, la réunion a cependant débouché sur l’adoption de principes directeurs pour l’élaboration des politiques d’investissement qui devraient intéresser le monde émergent.

Le constat a été tiré par Roberto Azevêdo, Directeur Général de l’OMC : en 2016 et pour la cinquième année consécutive, la croissance devrait rester sous les 3%. Si on excepte l’effondrement qui avait suivi la crise financière, c’est donc le plus bas niveau depuis trois décennies et les turbulences provoquées par le Brexit sur les marchés assombrissent d’autant plus les perspectives.

Dans ce contexte, les ministres du commerce continuent de promouvoir l’abolition du protectionnisme. Mais, pour booster la croissance et l’emploi, ils recommandent désormais l’adoption de certains principes dans l’élaboration des politiques d’investissement par les Etats membres du G20. En effet, aux recommandations habituelles en faveur de conditions transparentes et non-discriminatoires pour l’investissement et d’une protection importante accordée aux investisseurs, les ministres du commerce reconnaissent désormais que les politiques d’investissement devraient promouvoir et faciliter le respect, par les investisseurs, des instruments applicables en matière de responsabilité des entreprises pour prendre en compte, plus largement, les objectifs de développement durable (ODD).

Avec l’engament de parvenir avant la fin de l’année à la conclusion des négociations en cours à l’OMC pour l’Accord sur les biens environnementaux qui permettrait de réduire les droits de douane des biens qui contribuent à protéger l’environnement, les conclusions de cette réunion s’éloignent ainsi des appels habituels à l’ultra-libéralisation, pour une prise en compte des intérêts du monde émergent récipiendaire des investissements des grandes puissances économiques. Elles devraient constituer un argument de plus pour l’appel du continent africain à la mise en œuvre contraignante des principes directeurs de l’OCDE et des Nations Unies relatifs à la responsabilité des entreprises.

Le reste de l’actualité du développement

Développement : Sénégal / Afrique de l’Ouest / Afrique

Reprenant des statistiques sur les perspectives économiques mondiales du Fonds Monétaire International, le World Economic Forum a indiqué, dans un document publié ce lundi 11 juillet, que deux des trois pays qui enregistreront les meilleurs taux de croissance économique en 2016 se situent en Afrique de l’Ouest. A la première place, le PIB de la Côte d’Ivoire devrait croître de 8,5% cette année. Le Sénégal, avec une prévision de croissance de 6,6%, se hisse à la troisième place du classement : des résultats qui apparaissent comme étant le fruit des politiques mises en œuvre dans le cadre du Plan Sénégal Émergent, et notamment, celles pour le développement des infrastructures du pays, l’atténuation des disparités, et l’émergence d’une classe moyenne. Un tel cadre de politiques publiques sonne désormais comme un exemple pour ceux des pays africains pétroliers qui doivent s’engager sur la voie de la diversification économique.

Bonne Gouvernance - Togo

Depuis le 11 juillet dernier, le Haut Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) a entendu rassembler toutes les couches socio-politiques pour mener une large réflexion sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles à mener dans le pays. Une centaine de personnes venues des milieux universitaires, politiques, et de la société civile, réfléchissent ainsi ensemble aux voies nécessaires qui permettront d’amorcer des réformes qui divisent jusqu’à présent le pouvoir et l’opposition.

Constatant que la plupart des violences sont survenues dans le pays des suites de périodes électorales ou de questions d’ordre politique, il s’agit en effet pour le Togo de faire en sorte que la Constitution nationale ne puisse plus générer de conflit. Bien que le principal parti de l’opposition n’ait pas souhaité participer aux échanges, cette démarche inclusive s’inscrit comme témoin des efforts entrepris par certains pays du continent pour le dialogue national et l’apaisement des tensions politiques et sociales, à l’image du Sénégal récemment.

Focus sur le Développement Durable

« Water for Africa » : l’appel à considérer l’eau comme principal défi du continent africain.

En marge de la Conférence internationale sur l’eau et le climat (CIEC) qui s’est tenue ce mardi 12 juillet à Rabat, les 18 ministres africains chargés de l’eau qui y participaient ont lancé l’initiative « Water for Africa » et appelé la communauté internationale à considérer l’eau comme une priorité pour l’adaptation et la résilience de leurs pays aux effets du changement climatique. A la veille de la COP22 qui se tiendra à Marrakech en novembre prochain[1], cet appel sonne comme un indice de plus que cette prochaine échéance pour le climat « sera africaine ou ne sera pas ».

Lire la suite dans l’édition spéciale consacrée :

http://bit.ly/29Wsz00

Par Laura Petiot

 

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