17 Août 2016

Afrique: Sommet de Kigali - L'Union Africaine sur la voie de l'intégration et de l'indépendance

Cette semaine dans l’actualité reliée au développement : les conclusions du 27ème Sommet de l’Union Africaine à Kigali ; les enjeux géopolitiques et géostratégiques régionaux de la tentative de coup d’État en Turquie ; les avancées dans la lutte contre le virus du sida ; l’intégrité territoriale de la Libye ; les répercutions humanitaires du terrorisme en Afrique de l’Ouest ; et l’initiative « Africa50 ».

Le 27ème Sommet de l’Union Africaine s’est achevé lundi 18 juillet à Kigali, au Rwanda, sur l’annonce inédite d’un retour futur du Royaume du Maroc au sein de l’Organisation panafricaine, ainsi que sur la décision, adoptée à l’unanimité, de doter l’UA de ses propres moyens financiers : des déclarations qui constituent autant d’avancées positives en faveur de l’intégration et du développement du continent.

La lettre adressée par le Roi du Maroc Mohammed VI aux chefs d’État de l’Organisation, plaidant pour un retour du Royaume «à sa place naturelle» après trente-deux années d’absence, relance le processus d’intégration du continent et confirme la place prépondérante que le Maroc a choisi d’endosser pour son développement. En trois ans, il est en effet devenu le pilier incontournable de la coopération Sud-Sud sur le continent : offensive diplomatique, économique, et stratégique, le Royaume est aujourd’hui indispensable à de nombreux pays et sa réintégration dans l’Organisation viendrait probablement accélérer les efforts de développement et la mise en œuvre de l’Agenda 2063.

Au Sommet de Kigali, les États membres ont également pris une décision sans précédent, approuvée à l’unanimité : le plein financement de l’Organisation par les États eux-mêmes alors qu’elle dépend encore aujourd’hui pour les trois quarts des bailleurs de fonds internationaux. Ils ont tous adopté le plan pour une nouvelle taxe de 0,2% sur les importations qui devrait être mise en place à l’échelle nationale dès 2017. S’ils remplissent l’objectif de l’inscrire dans les prochains budgets nationaux, l’Organisation pourra finalement revendiquer son indépendance, une latitude pleine et entière dans l’adoption de ses décisions.

En s’assurant que ces annonces et engagements seront suivis d’effet, l’Organisation endossera un nouveau leadership politique à la hauteur duquel devra être le prochain Président de la Commission : le retour du Maroc et le financement personnel plein et entier devraient lui offrir de nouveaux moyens de parvenir à la mise en œuvre de l’Agenda pour le développement à l’horizon 2063.

Droits de l’Homme : Afrique / Monde

A Kigali lundi 18 juillet, le Sommet a également clôturé une semaine de rencontres autour du thème : « 2016 : année africaine des droits de l’homme avec une attention particulière pour les droits des femmes ». Alors que les États Membres ont fait des progrès sensibles pour l’égalité de genre, en faveur des filles et des femmes, les dossiers burundais, soudanais, et la question du retrait éventuel de la Cour Pénale Internationale mettent en péril le respect des droits humains sur le continent et comptent parmi les défis que l’Organisation doit relever en 2016 pour installer la paix sur le continent.

« Le respect des droits de l’homme reste une condition essentielle à l’instauration de la paix sur le continent ». Or, en 2016, tous les Etats Membres de l’Organisation ont atteint au moins un des objectifs de genre de l’Agenda 2063 de développement tel que la promotion de la santé, de l’éducation, ou de l’emploi pour les jeunes filles et les femmes de leurs pays : des perspectives encourageantes pour celles qui sont encore les plus vulnérables.

Pour autant, l’Organisation doit composer avec un certain nombre de dossiers, autant de défis pour le respect des droits humains qui paraissent de plus en plus nombreux.

Au Burundi, la crise s’est embourbée depuis plusieurs mois et le gouvernement refuse toujours de participer aux négociations inter-burundaises d’Arusha. Malgré l’invitation, le pays s’est d’ailleurs retiré de ce 27ème Sommet « en réaction à certaines de ses requêtes restées sans réponse » positive de la part de l’Union Africaine. Sur la question d’un retrait éventuel de la Cour Pénale Internationale impulsé par le Président kenyan Uhuru Kenyatta en janvier dernier lors du 26ème Sommet de l’Organisation, les États africains signataires du Statut de Rome ne sont parvenus à aucun consensus. D’ailleurs, le Président soudanais poursuivi pour crimes contre l’humanité et génocide a une nouvelle fois défié la Cour en se rendant au Sommet.

Après une nouvelle flambée de violences au début du mois, le Conseil de Paix et Sécurité propose désormais l’envoi d’une « force régionale de protection » au Soudan du Sud qui disposerait d’un mandat plus robuste que celui de la Mission des Nations Unies sur place. L’Éthiopie, le Kenya, et le Rwanda se sont déjà dit prêts à fournir des troupes pour rendre la force opérationnelle. Pour autant, les États devront parvenir à convaincre le Président Salva Kiir toujours opposé à une telle intervention dans son pays.

Toutes ces situations menacent le respect des droits de l’homme sur le continent africain et attendent un leadership politique de l’UA pour l’adoption de décisions coercitives. A cet égard, et à l’heure où a récemment sonné le trentième anniversaire de l’entrée en vigueur de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, la prochaine étape devra être de rapprocher les Institutions panafricaines des citoyens pour leur offrir des moyens vulgarisés et efficaces de recours pour la reconnaissance et la protection de leurs droits.

Tentative de coup d’État en Turquie et prise de distance avec l’UE

Dans la nuit du 15 juillet 2016, le gouvernement turc du Président Recep Tayipp Erdogan a jugulé une tentative de coup d’État menée par une fraction militaire de l’armée opposée à la politique islamo-conservatrice du parti au pouvoir. Depuis, les purges se poursuivent dans l’armée, la police, et l’administration, qui font craindre à certains une dérive autoritaire du Président turc et font se demander à l’Union Européenne la place qu’elle doit octroyer à ce partenaire indispensable. De son côté, la Turquie pourrait décider de se détacher du vieux continent pour privilégier encore davantage les partenariats Sud-Sud.

Depuis la tentative de coup d’État en Turquie, des scènes d’arbitraire et de vengeance perpétrées à l’encontre de ceux soupçonnés d’avoir participé au putsch ont été dénoncées. Plus de 7500 personnes ont déjà été mises en garde à vue, 3000 mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre de juges et de procureurs, 9000 fonctionnaires ont été limogés. Les mutins ont été qualifiés de « terroristes » et dimanche 17 juillet, le Président turc a même évoqué la réintroduction en Turquie de la peine de mort.

En début de semaine, l’Union Européenne a alors mis en garde le pays contre la tentation d’une répression généralisée, appelé à la protection de l’État de Droit, et déclaré qu’elle rejetait catégoriquement la peine de mort dont la réintroduction signifierait la fin des négociations d’adhésion à l’Union. Aujourd’hui, l’UE se demande quelle place elle doit accorder à la Turquie qui joue un rôle tampon majeur dans la crise des réfugiés venus de Syrie, qui est indispensable dans la lutte contre l’État Islamique mais dont l’attitude a pu être mise en cause, et qui bafoue désormais l’État de Droit à ses frontières.

La Turquie, elle, sait qu’elle est essentielle à l’Europe et de son côté, ne semble pas prête à transiger avec le vieux continent. D’ailleurs, membre de l’Organisation de la Coopération Islamique, elle s’est redéployée ces dernières années vers de nouveaux partenariats avec les pays africains, bien plus éloignés. Elle aime même désormais se présenter auprès d’eux comme leur porte-voix dans les institutions internationales. Ces événements récents, et la stigmatisation de l’Union Européenne, devraient donc la convaincre de se diriger encore davantage vers les pays du continent africain, une stratégie dont ces derniers devraient tirer partie à condition de s’assurer que leur nouvel allié prône tout autant qu’eux un Islam de paix et de tolérance.

Lutte contre le sida en Afrique : investir dans l’obtention d’un vaccin

La 21ème Conférence internationale sur le sida s’est achevée vendredi 22 juillet à Durban, en Afrique du Sud. Les enjeux et les tendances de l’épidémie ont été débattus en présence de près de 18000 scientifiques, praticiens, militants, juristes, décideurs politiques et bailleurs de fonds : l’occasion de souligner l’accès inégal des pays du Sud aux médicaments, mais aussi d’exposer les résultats positifs des études portant sur de nouveaux outils de prévention. Un enjeu de santé publique pour tout le continent africain.

Selon Unicef, le Sida demeure la première cause de mortalité chez les jeunes âgés de 10 à 19 ans en Afrique. Parmi eux, les jeunes filles sont les plus vulnérables : trois adolescents sur quatre nouvellement infectés par le virus en 2015 étaient des filles. Au total, l’Afrique Subsaharienne abrite environ 70% des personnes vivant avec le sida dans le monde. Par ailleurs, si l’on constate une forte baisse des chiffres de la mortalité et du nombre de personnes vivant avec la maladie ces dernières années, le nombre de nouvelles contaminations ne suit pas la même tendance : Michel Sidibé, Directeur exécutif de l’agence onusienne ONUSIDA craint qu’à défaut d’agir rapidement, l’on « risque une résurgence de l’épidémie ».

Cependant, l’accès aux traitements reste marqué par d’immenses disparités sociales et l’administration d’un traitement à vie à des millions de malades sur le continent un défi économique, opérationnel, et logistique quasi impossible. L’objectif affiché par l’ONU d’endiguer la progression de la maladie d’ici 2030 ne semble envisageable qu’avec l’obtention d’un vaccin capable de contrer définitivement l’épidémie : aujourd’hui, les scientifiques estiment pouvoir en obtenir un efficace à 50% si les prochains tests cliniques le confirment. Mise à disposition des pays africains, une telle innovation bénéficierait d’abord aux populations les plus vulnérables. En attendant, les scientifiques africains devraient pouvoir être associés à ces recherches et les décideurs politiques, eux, investir sur les jeunes femmes, les traitements préventifs, les préservatifs, la protection sociale et l’action communautaire.

Le reste de l’actualité du développement

Intégrité territoriale : Libye / Afrique / UE

Mercredi 20 juillet, la France a annoncé la mort de trois de ses militaires dans un accident d’hélicoptère en Libye où ils effectuaient « des opérations périlleuses de renseignement », confirmant pour la première fois la présence de soldats français dans ce pays. Pour la France, il s’agit de s’engager à stabiliser la région dont « dépend sa propre sécurité ». Pour les libyens, farouchement opposés à toute opération militaire occidentale sur leur sol – y compris le gouvernement d’union nationale –, il s’agit d’une « violation de territoire » commise par la France.

Dans un contexte où le Gouvernement d’union ne parvient toujours pas à s’imposer sur l’ensemble du territoire libyen, qu’il ne dispose toujours pas de sa propre armée, et que la situation sur le terrain est de plus en plus complexe, la Libye est une véritable bombe à retardement, à la fois pour l’Europe, mais aussi pour l’Afrique, que le détournement des règles de droit international et de maintien de la paix ne peut désamorcer.

Sécurité & lutte contre le terrorisme : Mali / Nigéria / Afrique de l’Ouest

 

Mardi 19 juillet, un camp militaire du centre du Mali à Nampala a été la cible d’une « attaque terroriste coordonnée » qui a fait 17 militaires maliens morts et 35 blessés. L’attaque, revendiquée par deux groupes armés – un mouvement peul créé en juin dernier, et l’organisation djihadiste malienne Ansar Dine – a soulevé des critiques sur le manque d’anticipation et de coordination des forces nationales et étrangères engagées dans la lutte contre le terrorisme sur place.

Dans le pays, l’Etat d’urgence qui avait expiré a été réinstauré pour six mois, et bien que ces événements n’aient pas été particulièrement relayés par la presse étrangère, la menace extrémiste semble définitivement s’être propagée dans le centre du pays et place les populations sur place dans une situation sécuritaire et humanitaire extrême, à l’image du Nord-est du Nigéria. Présente sur place, l’ONG Médecins Sans Frontières appelait cette semaine à la mobilisation massive des acteurs pour faire « face à un désastre », « une situation d’urgence rarement rencontrée » alors que deux millions de personnes sont aujourd’hui menacées par des pénuries et coupées de toute assistance.

Focus Développement

Africa50 : de nouveaux outils financiers au service du développement continental

Lancé en septembre 2013 par la Banque Africaine de Développement et la Fondation Made In Africa, le Fonds Africa50, une société financière à statut spécial dédié au financement de projets d’infrastructures, tenait ce jeudi 21 juillet 2016 sa deuxième Assemblée Générale à Casablanca (Maroc). Le Président de la Banque Africaine de Développement, Président par ailleurs du Conseil d’Administration du Fonds, Akinwumi Adesina, a participé à l’ordre du jour duquel figurait notamment une nouvelle augmentation de capital à laquelle de nouveaux actionnaires pourront souscrire.

Au départ, Africa50 c’est un capital initial de 830 millions de dollars apportés par ses premiers actionnaires : 22 pays africains et la Banque Africaine de Développement. Mais en 2016, la société financière entend financer une dizaine de projets pour un montant d’environ 200 millions de dollars. Elle compte également lever un milliard supplémentaire auprès des institutions financières, afin de se doter des fonds suffisants pour une contribution au financement du développement des infrastructures du continent, dans le secteur des énergies principalement.

Institution publique-privée commercialement gérée, véhicule nouveau de financement des infrastructures, banque d’investissement, Africa50 constitue un exemple atypique de recours à un outil financier spécifique et innovant propre à financer le développement, et en l’occurrence, à accroître les investissements dans les infrastructures du continent africain. . A ce titre, il mériterait d’être coordonné avec le New Partnership for Africa’s Development (NEPAD, cadre structurel des politiques de développement) de l’Union Africaine.

Par Laura Petiot

 

Afrique

L'immigration clandestine au cœur d'un colloque à Abidjan

A Abidjan, le sommet Union africaine-Union européenne doit se tenir à la fin du mois de novembre avec… Plus »

Copyright © 2016 Institut International pour la Promotion du Développement. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.