6 Septembre 2016

Zimbabwe: Sacré Mugabe

Photo: Tafadzwa Ufumeli/Facebook
Une femme battue par des policiers à Harare.

Le président zimbabwéen, Robert Mugabe, 92 ans, tient droit dans ses bottes. N'en déplaise à ses opposants et détracteurs. Alors que les rumeurs le donnaient pour mort, la semaine dernière, à la suite d'un voyage de quelques jours à Dubaï, le plus vieux chef d'Etat au monde s'est montré à nouveau inébranlable.

De retour au pays, il a fait dans la raillerie à l'aéroport, affirmant être « mort et ressuscité » comme à chaque fois. « Oui, j'étais mort. Il est vrai que j'étais mort. Comme d'habitude, je ressuscite une fois de retour au pays.

Je redeviens réel », a-t-il clamé. L'homme fort de Harare a encore mis fin aux bruits qui courent régulièrement sur son état de santé. S'il affirme avoir effectué le déplacement de Dubaï pour des raisons familiales, Robert Mugabe est apparu tout de même affaibli.

C'est à croire qu'il était allé pour des soins et revenait vivre une période de convalescence. Le cancer de la prostate dont il souffre, selon certaines indiscrétions, l'aurait-il contraint à rendre visite aux médecins ?

Ce n'est pas ce que le « vieux loup » a laissé entrevoir à la face de ses compatriotes, en regagnant le bercail. Robert Mugabe semble plutôt dire qu'il tient le coup malgré son âge et ne compte pas prendre de sitôt une retraite.

Et ce n'est plus un secret qu'il envisage même se « taper » un nième mandat à la présidentielle de 2018. Mais c'est sans compter avec la détermination de la société civile et de l'opposition qui entendent résister, à tout prix, à la répression de son régime dictatorial. Les temps ont comme changé.

Ces dernières semaines, le Zimbabwe enregistre des mouvements de contestation anti-Mugabe d'une rare ampleur. La rue, très agitée, réclame des réformes électorales et dénonce la grave crise économique qui secoue le pays.

Pour elle, les principaux responsables des malheurs du Zimbabwe seraient le président zimbabwéen et sa horde de lieutenants. Des accusations qui n'émeuvent guère les intéressés. Le camp présidentiel vogue dans une autre planète.

Pour Mugabe et ses proches, les manifestations de ces jours-ci ne sont que des manœuvres déstabilisatrices de l'Occident. En connaissance de cause, le pouvoir se dit « inflexible » face aux ennemis déclarés ou tapis dans l'ombre.

Le 26 août 2016, une manifestation de l'opposition, pourtant autorisée par la justice, a été violemment réprimée par les forces de l'ordre. Le régime n'a pas digéré cette « largesse » des juges, allant jusqu'à interdire les mouvements de protestation jusqu'au 16 septembre prochain.

Cette mesure fait, du reste, jaser dans les rangs de l'opposition et de la société civile, qui soupçonnent le régime Mugabe d'instaurer un état d'urgence « déguisé ». Peu importe les moyens, l'ancien chef de guérilla n'est pas prêt à renoncer aux privilèges du pouvoir, qu'il détient depuis 1980.

Mugabe est à l'image de certains chefs d'Etat africains, qui feraient et donneraient tout pour ne pas lâcher le gouvernail.

Ils ont beau être mourants ou croulants, ne leur parler pas de retraite. Tous ceux qui veulent ébranler ou mettre fin à leur règne sans partage, s'attirent des foudres. Comme si le pouvoir était un bien personnel ou familial.

Ce sont là les travers de la démocratie à l'africaine, qui crée plus de problèmes qu'elle n'en résout. Le fauteuil présidentiel n'est pas un bien dont il faut s'accaparer, comme si personne d'autre ne pouvait et ne devrait l'occuper.

Nul n'est indispensable. Que ce soit par les urnes ou par la force, les chefs d'Etat récalcitrants ont toujours payé le prix de leur entêtement. Pourquoi s'accrocher coûte que coûte à un pouvoir qui n'est pas éternel ?

Seule la boulimie du pouvoir peut expliquer pareille attitude. Mais l'horizon n'est pas si bouché qu'on le croit, à voir l'évolution des mentalités des peuples africains, de plus en plus exigeants. Vivement que l'Afrique se débarrasse de tous ces dictateurs qui n'honorent pas son image.

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