28 Septembre 2016

Nigeria: La répression visant les journalistes et les manifestants réduit l'espace civique

communiqué de presse

La recrudescence des arrestations et des détentions de journalistes et de blogueurs et les interventions violentes des forces de sécurité pendant des manifestations pacifiques montrent que l'État nigérian semble déterminé à éliminer toute opposition et à étouffer la liberté d'expression, a déclaré Amnesty International mercredi 28 septembre.

L'organisation appelle les autorités à veiller à ce que les citoyens puissent exercer leurs droits aux libertés d'expression et de réunion pacifique, qui sont garantis par le droit international relatif aux droits humains et la Constitution nigériane.

« Depuis quelques mois, les manœuvres d'intimidation visant des journalistes et des blogueurs connaissent une escalade qui ne semble être rien d'autre qu'une tentative éhontée de l'État nigérian de museler les voix dissidentes dans le pays, a déclaré Makmid Kamara, directeur par intérim d'Amnesty International Nigeria.

« Outre les violences commises par les forces de sécurité contre des manifestations pacifiques, ces mesures de répression menacent de plus en plus les droits humains inscrits dans le droit international et la Constitution nigériane. »

Répression violente des manifestations

Le 22 septembre, la police a attaqué des membres du Mouvement islamique du Nigeria (IMN) qui manifestaient pacifiquement à Abuja, la capitale.

L'objectif de ce rassemblement était de faire libérer Sheikh Ibrahim Al Zakzaky, le dirigeant de l'IMN, qui est détenu sans jugement depuis décembre 2015. La police a dispersé la manifestation au moyen de gaz lacrymogène, faisant plusieurs blessés légers.

Environ deux semaines auparavant, le 6 septembre, la police avait empêché des membres du mouvement Bring Back Our Girls de défiler jusqu'à la résidence présidentielle d'Aso Rock, où ils allaient demander à l'État de prendre davantage de mesures pour obtenir la libération des lycéennes de Chibok enlevées par Boko Haram il y a plus de deux ans.

Pourtant, la police avait été dûment informée du rassemblement. Depuis l'enlèvement des jeunes filles de Chibok, en avril 2014, les membres du mouvement Bring Back Our Girls se réunissent pacifiquement à la fontaine de l'Unité.

Ces derniers temps, la police est constamment présente sur les lieux afin, semble-t-il, de prévenir tout rassemblement citoyen.

Des dizaines de partisans de l'indépendance du Biafra sont en détention - généralement depuis fin janvier - pour avoir tenté d'organiser des réunions pacifiques ou y avoir participé.

À plusieurs reprises, les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive contre des militants pro-Biafra qui défilaient dans tout le sud-est du pays ou tentaient de le faire.

Amnesty International a recueilli des informations sur plusieurs cas d'arrestation et de disparition forcée, souvent suivie de meurtre, de sympathisants et de membres de divers groupes pro-Biafra dans la région.

Intimidation et arrestations de journalistes et de blogueurs

Depuis quelques mois, on assiste également à une vague d'arrestations de journalistes, qui sont ensuite détenus sans jugement.

La première semaine de septembre, l'éditeur Emenike Iroegbu a été arrêté pour diffamation sous les yeux de ses proches.

En août, Abubakar Usman, un blogueur de premier plan, a été traîné hors de son domicile par des agents de la Commission des infractions économiques et financières (EFCC).

Cet organisme de lutte contre la corruption a soutenu que le blogueur avait été placé en détention pour des activités interdites par la Loi relative à la cybercriminalité, sans toutefois être en mesure d'indiquer quelles dispositions du texte n'avaient pas été respectées.

Dans tout le pays, des personnes, en particulier des journalistes et des blogueurs, sont arrêtées pour le simple fait d'avoir exprimé des opinions critiques dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Récemment, par exemple, Jamil Mabai a été accusé d'avoir publié, sur Facebook et Twitter, des commentaires critiques à l'égard des autorités de l'État de Katsina et a été placé en détention.

Le 5 septembre, l'armée a lancé un avis de recherche concernant Ahmed Salkida, un journaliste nigérian installé aux Émirats arabes unis, qui a ensuite été interpellé par les services de la Sûreté de l'État à son arrivée au Nigeria.

Comme lui, deux autres personnes ont été arrêtées et détenues brièvement en raison de liens présumés avec Boko Haram et parce qu'elles auraient facilité la diffusion d'une vidéo de Boko Haram sur les jeunes filles enlevées à Chibok.

« Considérés dans leur ensemble, ces éléments inquiétants indiquent que les droits des Nigérians de se réunir pacifiquement et d'exprimer leurs opinions sans craindre d'être détenus ni harcelés sont de plus en plus souvent bafoués, a déclaré Makmid Kamara.

« C'est pourquoi Amnesty International Nigeria appelle l'État à respecter les obligations qui lui incombent aux termes du droit international relatif aux droits humains et les dispositions fondamentales concernant les droits des citoyens qui figurent dans la Constitution nigériane et garantissent les libertés d'expression et de réunion pacifique. Tout le monde doit pouvoir exprimer son opinion, y compris en manifestant de manière pacifique. »

Amnesty International Nigeria exhorte également l'État à prendre, de toute urgence, des mesures visant à mettre fin aux pratiques qui consistent à détenir sans jugement, à tenter d'intimider et à harceler des journalistes et des blogueurs, ainsi qu'à empêcher les forces de sécurité d'avoir recours à une force excessive pour disperser des manifestations pacifiques.

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