4 Octobre 2016

Afrique de l'Ouest: Sahel - Le terrorisme structurel

De nombreux experts sont unanimes : les risques terroristes demeurent réels et certains à travers le Sahel. Des risques profondément enracinés et qui s'épanchent vers le golfe du Benin. Les exporter vers l'Europe reste un projet.

En réalité la menace terroriste n'est pas exagérée, elle est sous-estimée.

Des menaces nourries par une gouvernance indigente

Le Sahel est une zone de conflits récurrents. Plus qu'ailleurs, le terrorisme n'y a pas d'identité spécifique ni de nationalité. Il est divers et transfrontalier. Depuis ces dernières années, le système politique clientéliste de bon nombre d'états décrédibilise les projets d'intégration nationale et favorise le terrorisme.

Ces risques et menaces ne sont pas fortuits. Leurs causes sont multiples: systèmes politiques bloqués; gouvernance indigente et souvent malsaine ; urbanisation rapide et incontrôlée; économies déstructurées et gangrenées par une corruption arrogante.

L'ancrage du terrorisme et de la violence armée à travers plusieurs pays du Sahel est une réalité. Délaissées par les pouvoirs centraux, des populations sont prêtes à une cohabitation avec les terroristes ou indifférence vis-à-vis d'une lutte entre des parties dont elles attendent peu. . La restauration de l'autorité morale de l'état est un préalable disent certains. D'autres, plus nombreux, pensent plutôt à restaurer son utilité.

Cet affaiblissement moral des pouvoirs centraux, pour ne pas dire leur nuisance, est un puissant ingrédient d'instabilité. Il engendre une régression dans le processus de la consolidation de l'état national avec comme corollaire le retour des citoyens aux repères communautaires.

A travers toute la bande sahélienne, de larges tribus (Peuhls, Kanouris, Toubous, etc) se sentent marginalisées dans leurs espaces géographiques. Conséquences de gouvernances douteuses la retribalisation et la fissuration des pays, le long des lignes ethniques, religieuses et d'origine géographique, encouragent les vocations terroristes parmi les plus jeunes.

En plus de la recherche d'un travail, ces jeunes espèrent recevoir une reconnaissance sociale en particulier de la part des autorités gouvernementales. Comme ne cesse de le manifester une vaste majorité d'entre eux, ils cherchent à travailler dans le présent c'est-à-dire aujourd'hui. Rien ne les révolte autant que de s'entendre dire et répéter "qu'ils sont en réserve pour le futur et que celui-ci leur appartient". Alors qu'ils ont besoin d'occupations et de reconnaissance, ils se sentent exclus du présent !

Au Sahel, deux catégories de violence se superposent. D'abord celle des états contre une partie de leurs citoyens. L'autre violence, celle des terroristes, menace ces mêmes états qui, souvent, ont contribué à la créer.

La menace doit être combattue à la base parmi les cibles des recruteurs des futurs djihadistes. Cet objectif d'un combat à la base n'est cependant pas aisé car pour certains, la base ce sont surtout les gouvernements. De fait combattre à la base c'est d'abord encourager les gouvernements à améliorer leur gestion nationale des affaires publiques aussi bien que celle des fonds alloués par la coopération internationale.

Le grand défi pour les autorités publiques, tant au niveau national qu'international, est comment éviter l'instauration d'un climat de peur et de haine qui engendre la suspicion des citoyens les uns envers les autres.

Adopter des stratégies gagnantes.

Pour combattre avec succès le terrorisme, il faut d'abord comprendre et connaitre le risque qu'il implique. Une des curiosités de ce combat est que les politiques de déradicalisation peuvent très facilement devenir une source de revenus pour des officiels et non pour les sujets concernés. A travers les divers "plans nationaux et internationaux" qui lui sont consacrés, la déradicalisation peut devenir une source de financement aux effets des plus pervers.

La lutte contre le terrorisme au Sahel est conduite selon d'anciennes stratégies naguère efficaces mais guère plus adaptées aux opérations stratégiques et tactiques suivies aujourd'hui par les djihadistes. A présent, la menace ne vient plus d'une organisation mais de dizaines d'individus motivés par une idéologie ou par d'autres considérations de survie.

Pour opérer, les radicaux se contentent désormais d'une logistique très sommaire et bon marché mais efficace: des motos et des téléphones mobiles. Ces derniers sont utilisés pour le renseignement et pour diffuser leur propagande via les réseaux électroniques.

Le terrorisme s'appuie aussi sur les divers trafics en particulier de drogue. Celui-ci s'impose comme une menace réelle, sérieuse et bien ancrée. Ces trafics, liés au crime organisé, affectent toute la région et sont encouragés par la corruption politique, qu'en retour, ils alimentent.

Certes, la bataille pour la sécurité dans le Sahel n'est pas encore totalement perdue. On peut cependant se demander si, pour la réussir, les gouvernements ne sont déjà pas, suffisamment affaiblis par la persistance des attaques terroristes et leurs couts financiers et humains.

Les armées et la police ne peuvent surveiller l'ensemble du territoire national et encore moins suivre les actions préparées depuis l'étranger. Une surveillance qui exige des moyens humains et financiers hors de leur portée alors que les radicaux bénéficient de dons quasi officiels.

Le renseignement souffre de deux handicaps. La faiblesse du renseignement extérieur est connue et n'est que faiblement compensée par la coopération bilatérale. Quant au renseignement intérieur, son parti pris structurel demeure le plus lourd de ses handicaps..

Le terrorisme s'est transformé et continue de muer. Il le fait en recrutant des jeunes d'une nouvelle génération. Certaines recrues sont de véritables activistes convaincus, d'autres se disent exclus des systèmes socio politiques. Mais tous veulent, par la violence, faire mieux que leurs ainés. Une particularité à noter : le terrorisme du Sahel ne recrute pas encore de jeunes filles pour les combats.

Face à des armées nationales autrement coûteuses, ce terrorisme décentralisé a de beaux jours devant lui.

La lutte globale contre le terrorisme a largement ouvert les portes de grands pays (France, Europe, Etats Unis) aux états du Sahel qui se proclament mobilisés contre un adversaire commun. En s'intégrant dans des alliances internationales contre le terrorisme, des régimes, auparavant marginalisés ou boudés par les grandes démocraties, bénéficient désormais de leur compréhension et appui.

Ils réussirent à trouver un rôle dans la dynamique sécuritaire internationale. L'élite sécuritaire, en particulier militaire en a bénéficié politiquement et également pour s'équiper.

Collectivement et individuellement, les états du Sahel doivent mieux connaitre et établir leurs priorités. Le point de convergence doit se situer autour de plus de liberté et de démocratie en appui aux économies. Naturellement, l'action de police et des forces armées demeure essentielle. Cependant, pour réussir durablement, une stratégie doit être fondée sur de multiples éléments dont une gouvernance respectueuse des citoyens et des lois est un pilier essentiel. Elle doit aussi inclure la nécessité d'alliances fortes et crédibles entre pays sahéliens et maghrébins.

Finalement, la perversité du terrorisme réside aussi dans son inévitable médiatisation. La question est comment les gouvernements peuvent-ils briser la liaison terreur, media et politique qui accorde la priorité immédiate aux actions terroristes. Cette complexité handicape toute réflexion à moyen et long terme sur la lutte contre ce fléau.

Basé à Nouakchott, le Centre 4S a une vocation régionale puisqu'il couvre une bande allant de la Mauritanie en passant par la Guinée, au sud, et jusqu'au Tchad et au Soudan, à l'est, après avoir longé l'Atlantique et traversé la savane. Ses centres d'études sont la défense et la sécurité de la bande sahélo saharienne, la violence armée et le terrorisme, les rivalités pour le pétrole, le gaz et l'uranium, les migrations irrégulières dans et hors de l'Afrique, la contrebande de cigarettes, la drogue et les trafics humains, etc., l'environnement et les énergies renouvelables. Sa vocation est d'aider la région et ses partenaires internationaux - publics et privés, aussi bien que ceux de la société civile, les universités, les Forums et autres groupes - à davantage collaborer pour assurer la sécurité et la prospérité de la bande sahélo sahélienne

Président du Centre4s

Afrique de l'Ouest

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