9 Novembre 2016

Sénégal: Colloque international - Le banquet des expressions artistiques célébré

Photo: Le soleil
Festival mondial des Arts nègres

L'hôtel King Fahd Palace a abrité, hier, la cérémonie d'ouverture du colloque international sur le cinquantenaire du 1er Festival mondial des arts nègres (Fesman) prévu les 8, 9 et 10 novembre 2016 à Dakar.

Cet événement, présidé par le chef de l'Etat, Macky Sall, est une initiative d'intellectuels regroupés au sein de la section sénégalaise de la communauté africaine de culture (Cacsen). Le thème de ce colloque, « 1er Festival mondial des arts nègres : mémoire et actualité (1966-2016) », témoigne de la portée de cette fête qui a célébré l'homme et délivré un message universel.

« En 1966, un mot, comme par magie, faisait son irruption dans le lexique sénégalais et s'y installait durablement. Lancé à partir des ondes de Radio-Sénégal, par un homme exceptionnel, le poète-président Léopold Sédar Senghor, il eut l'heur de plaire, se propagea partout, envahit le cœur du peuple sénégalais et en rythma la vie quotidienne. Il fut aisément adopté. Ainsi, il y eut des robes et des chemises « festival », des coiffures « festival », des chansons et des danses « festival ». Tout ceci fut merveilleux et se déroula dans une adhésion populaire que notre pays n'a jamais retrouvée depuis lors ». Cette envolée du professeur Saliou Mbaye, président du Comité scientifique de ce colloque, inspirée par l'ivresse populaire d'un autre temps, traduit la dimension culturelle du premier Festival mondial des arts nègres de 1966. Au-delà de ce voyage dans l'univers du génie créateur du monde noir que ce festival a donné à voir, il a été une mise à l'épreuve des capacités de mobilisation active de ces peuples accablés de préjugés, des pères de la négritude, de leur idéologie et de ceux-là qui s'en enivraient.

C'est justement « pour rappeler le festival et non le rééditer que la Cacsen a décidé de commémorer le cinquantenaire de cet événement qui fut un lieu privilégié d'expression de la culture noire, voire universelle », souligne Saliou Mbaye, non sans rappeler la participation décisive des « Père » de la négritude et d'Alioune Diop. Cet événement unique par « sa dimension et son éclat » ayant marqué l'imaginaire collectif a eu cet écho mondial, selon lui, grâce à la personnalité de Senghor, « homme d'organisation et de méthode » qui s'est entouré d'illustres figures engagées pour la réussite de cet heureux rendez-vous : Iba Ndiaye, Papa Ibra Tall, Ibou Diouf, Souleymane Sidibé, Seydina Oumar Sy... méritent le respect de la Nation qu'ils ont servie avec détermination.

L'œuvre est immense. Elle est accomplie par un pays qui venait d'accéder à la souveraineté internationale. Il a été le réceptacle des diverses cultures et expressions artistiques célébrant la fécondité de l'imagination d'un monde dont l'humanité a été pendant longtemps remise en doute. C'est d'autant plus méritoire que « c'était quelque part, en 1966, sur un bout de terre, perdu quelque part, au bord de cet immense trait d'union qu'est l'océan atlantique. Un petit, un très petit pays, tant par rapport à sa superficie, à sa démographie qu'à son poids économique. Ce pays, le Sénégal, pour ne point le nommer, allait réussir la prouesse d'organiser, dans les règles de l'art, un banquet », s'est enthousiasmé Alpha Amadou Sy, président de la Cacsen à l'ouverture du colloque international. Et il ajoute, pour s'en réjouir davantage : « ce festival a été d'une épaisseur culturelle et d'une originalité telles que le professeur Hamady Bocoum a pu dire qu'en tant que couronnement de toute une dynamique historique, sa réédition est quasi impossible ».

Célébration de l'homme

Le contexte de l'époque confère à cette grande fête une importance capitale qui va au-delà de ce besoin d'affirmation d'une identité. Elle intervient dans un contexte de « stabilité précaire » de la planète, pour ainsi reprendre Alpha Amadou Sy. L'une des questions qu'elle s'employait à résoudre était d'une portée universelle : par quel vecteur bâtir l'unité d'intellectuels et d'hommes de culture d'horizons différents pour créer les conditions optimales de l'émancipation politique des peuples sous domination ? Car poser le problème de cette entité revient à s'interroger sur l'avenir d'une humanité fiévreuse qui a besoin d'une unité d'actions dans sa quête d'harmonie. Le Festival de 1966 s'adressait à l'homme, dans sa faculté de regarder l'autre comme semblable, avec un cheminement différent et des expressions qui ne se confinent point dans une standardisation inhibitrice.

C'est pourquoi, 50 ans après, la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture a pensé que ce serait un « délit de mémoire que de passer sous silence cet événement majeur qui a tant contribué à donner à notre pays une image des plus flatteuses ». Le festival a posé des questions qui transcendent son époque d'où la pertinence d'interroger la mémoire et de mesurer son influence sur le présent. Ne parle-t-on pas ici de « mémoire et actualité » ?

Les organisateurs mettent en lumière les acquis...

Dans son discours de bienvenue, le président de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture, Alpha Amadou Sy, est revenu sur certains acquis engrangés grâce à la commémoration de la cinquantenaire du 1er Festival mondial des arts nègres.

En dépit de la modicité des ressources financières et matérielles, les organisateurs se sont employés à faire de cette célébration un moyen d'enclencher des actions significatives. Le Sénégalais, Bouna Sémou Ndiaye, est parvenu à mettre à la disposition de la Cacsen une copie du film soviétique sur le Festival de 1966. Il restitue ainsi « un pan de notre mémoire après avoir mené une bataille solitaire », a loué Alpha Amadou Sy.

Le film américain sur le festival de William Greaves a également été mis à la disposition des organisateurs grâce à la bienveillance de l'ancien ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal, Walter Carrington, qui a tenu, « malgré le poids de l'âge et le contexte électoral de son pays, à parcourir des milliers de kilomètres pour témoigner et partager avec les nouvelles générations son vécu ». Un documentaire ayant trait au Festival et basé sur des témoignages a également été produit grâce au concours de la bibliothèque centrale de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis.

Cela pose, selon le professeur Saliou Mbaye, président du comité scientifique, la question des archives ou de ce qu'il appelle la « Grande collecte » du patrimoine sénégalais conservé à l'étranger. « Il s'agira de collecter et de traiter, pour les rendre accessibles, sur le sol sénégalais, l'ensemble des sources de l'histoire de notre pays conservées à l'étranger pour ainsi donner un matériau neuf aux historiens ». La réception d'une copie des archives françaises relatives à Thiaroye 1944 par les autorités sénégalaises augure, dans ce sens, des lendemains moins embrumés. Une des grandes prouesses des organisateurs a certainement été de faire revivre, dans les mémoires collectives, de grandes figures qui ont contribué à la réussite du Festival de 1966. La célébration en décembre prochain du cinquantenaire des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès, un des produits-emblèmes du Festival, participe, à en croire le président Sy, au renforcement de cet esprit qui relève du devoir de mémoire.

... Et se félicitent de l'apport décisif du chef de l'Etat

« Au moment de poser le dernier maillon de cette chaîne de manifestations commémoratives, l'une des plus grandes satisfactions de la Cacsen aura été la forte attention dont nous avons été l'objet de la part du président de la République. Vous avez bien voulu prendre en charge, au nom de la République et en votre qualité de protecteur des arts, toute la dernière partie du budget de notre manifestation », ainsi s'est exprimé Alpha Amadou Sy. Le président Sall a, en outre, accordé une audience ouverte à tous les membres du comité d'organisation et a accédé à la demande de la Cacsen de manifester la reconnaissance de la République à l'égard des figures marquantes du 1er Festival mondial des arts nègres comme Alioune Diop qui était le président du Comité national sénégalais et les artistes Ibou Diouf, Khady Diouf, Ablaye Ndiaye Thiossane, Younousse Sèye, Serigne Ndiaye Gonzalès.

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