10 Novembre 2016

Sénégal: Fesman / Les retombées du cinquantenaire - Deux films regagnent le « pays natal »

Photo: Le soleil
Festival mondial des Arts nègres

Les organisateurs du colloque international peuvent tirer fierté d'avoir participé à la reconstruction des archives sur le Festival mondial des arts nègres de 1966. Les deux films soviétique et américain réalisés à cet effet ont été mis à la disposition du Sénégal grâce à la détermination et à la bienveillance respectivement de Bouna Sémou Ndiaye et de l'ancien ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal.

Le corps est un espace d'expression où se déploie une esthétique et s'élaborent des idées pour se défaire de la banalité du mouvement. La danse, sous les cieux « noirs », est un langage des âmes des peuples qui se retrouvent après des aventures périlleuses. Ici aussi, le chant est mystique. Il redonne de la joie à ceux qui n'en espéraient plus et crée le dialogue entre des humanités qui ont encore le sens de la cadence ; celle-là universelle indifférente au temps, à l'espace et à la couleur pour commander les passions. L'universel ici ne tait pas les identités, il les révèle.

Le film soviétique sur le premier Festival mondial des arts nègres montre toute cette splendeur divine après que des intellectuels se sont échinés à le dire et à le défendre de manière acharnée mais quelquefois hermétique. La mise à disposition de cette production a été possible grâce à la « bataille solitaire » de Bouna Sémou Ndiaye, pour ainsi reprendre le président de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture ». Après 18 mois de combat empreint de patriotisme, il est parvenu à « arracher » le support dans lequel était consigné un pan de mémoire. Le peuple noir est en fête, en communion avec lui-même. Le « blanc » ne le regarde pas avec condescendance et impassibilité. Il se joint à la fête pour chanter une ode à la vie. On joue à la régate le jour. Joséphine Baker berce les âmes le soir. Le film met en lumière la rencontre de cultures fraternelles.

Rythmes d'Afrique

Le film documentaire de l'Africain-Américain, William Greaves, sur le Festival mondial des arts nègres de 1966 offre à voir une autre démarche mettant toutefois en évidence les mêmes « curiosités ». Il est, selon le professeur David Murphy (University of Stirling, Ecosse), « la représentation la plus connue de cet événement célèbre mais toujours mal connu ». Il souligne que le festival a attiré plusieurs documentalistes venus d'horizons très divers. Il a dénombré quatre productions : « Rythmes d'Afrique » tourné par une équipe soviétique, « Il Festival di Dakar », pour la télévision italienne, « Rythmes et images : impressions du premier festival mondial des Arts nègres », tourné par des réalisateurs roumains pour l'Unesco et « Le Sénégal au festival mondial des arts nègres », réalisé par Paulin Soumanou Vieyra, pour les Actualités sénégalaises. Chacune de ces productions « met en scène le festival ». Celle-là américaine, sortie en 1968, a été financée par le département d'Etat des Etats Unis. « On ne parle pas de la traite négrière dans le film. Et le spectacle sur l'Ile de Gorée n'y figure pas. On voit le spectacle féerique dans les autres films du Festival. Celui de William Greaves, lui, est centré sur la délégation afro-américaine », ajoute-t-il non sans établir une comparaison avec le film soviétique qui, à l'image de celui-là italien, montre la couleur de la vie à Dakar avec beaucoup de scènes de la rue. On y retrouve un échantillon beaucoup plus large de performances, toute la variété du monde qui s'y est réunie.

Le film de Greaves intervient dans un contexte de guerre froide. Il était important de promouvoir les intérêts américains. Cette production est montrée dans beaucoup de pays africains pour persuader les nations nouvellement indépendantes de l'Afrique que les Etats-Unis ont conjuré les démons du racisme. Mais, indique-t-on, le film est aussi un pied de nez à cette représentation lissée des Etats-Unis. La commande était pour un court métrage. Greaves s'empare du projet et produit un long-métrage dont le but, expliquera-t-il à posteriori, était de « faire enfin un film qui exprime une perspective noire sur la réalité ». Greaves, pionnier du cinéma afro-américain, a produit, au cours de sa longue carrière, plus de deux cents films documentaires.

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