24 Novembre 2016

Afrique: Boycott du sommet de Malabo par le Royaume Chérifien - Le Maroc s'est-il tiré une balle dans le pied ?

Photo: ALGERIE PRESSE SERVICE
Sommet Sommet Afro-arabe
analyse

Le Maroc a boycotté le sommet Afrique - Monde arabe de Malabo, initialement prévu pour se tenir les 23 et 24 novembre 2016. En effet, la veille de l'ouverture du sommet, le royaume chérifien a annoncé sa décision de ne pas y prendre part. Raison invoquée : la présence d'une délégation de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) proclamée en 1976 par le Front Polisario. En signe de solidarité avec le Maroc, huit (08) autres pays dont l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ont décidé de snober ce sommet.

Ces défections ont sans doute contribué à écourter la durée du sommet qui, au finish, n'aura tenu que sur un seul jour. Même si ce n'est pas un échec, ce n'est pas non plus le succès escompté par la Guinée équatoriale en organisant ce sommet. Certes, on peut penser que c'est le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, aussi qui l'a cherché en prenant le risque d'associer la RASD à ce sommet. Ce, d'autant plus que depuis 2013, il a été convenu que ce sommet réunit les pays siégeant aux Nations unies.

Le Maroc a vécu la présence du Front Polisario comme une provocation

L'énervement du Maroc est compréhensible. En effet, il est notoire que le Royaume chérifien n'a jamais admis l'idée d'une indépendance de la RASD. C'est, du reste, pour protester contre la reconnaissance de cette entité par la communauté des Etats africains en 1982 que le Maroc a claqué la porte de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA), devenue Union africaine (UA). C'est dire combien la question est sensible pour le Maroc.

Probablement que le pays de Mohamed VI a vécu cette présence du Front Polisario au sommet de Malabo, comme une provocation, pire, un coup de poignard dans son dos. Un coup qui fait mal, surtout en ce moment où le pays fait des pieds et des mains pour retrouver sa place au sein de l'UA. Même si le Maroc semblait avoir renoncé à faire de l'éjection de la RASD un préalable à son retour au sein de la maison commune africaine, il ne le souhaitait pas moins. Mais on peut se demander quelles sont les autres conséquences de ce boycott. Fera-t-il avancer la cause défendue par le Maroc ? Le Maroc s'est-il au contraire tiré une balle dans le pied ? On pencherait plus pour cette hypothèse.

Certes, de nombreux pays africains bavent de recevoir les pétrodollars des soutiens du Maroc que sont l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Bien de ces pays espèrent accueillir des financements du Royaume chérifien. De ce fait, ces pays n'ont pas intérêt à ce que cette brouille s'installe. Seulement, les intérêts sont réciproques. Autant ces pays ont besoin de fonds du Maroc et de ses soutiens, autant le Maroc et ses amis ont besoin d'investir dans ces pays. Ce n'est donc pas une question d'aumône. Ce serait donc une perte, peut-être à des degrés divers, mais pour toutes les parties.

Là où le bât blesse pour le Maroc, c'est que, par cette attitude, il maintient ouverte la guerre avec des pays non moins puissants que sont l'Algérie, l'Egypte et la République sud-africaine. Autant dire que le royaume chérifien cogne sa tête contre du béton, étant donné ce que ces pays aussi représentent en termes de poids économique, diplomatique et militaire sur le continent et même dans le monde. De plus, il ne fait l'objet d'aucun doute que les « boycotteurs » de ce sommet, avec en tête le Maroc, se sont fait un nouvel adversaire, voire un ennemi en la personne du président Teodoro Obiang Nguema.

On sait, en effet, que l'hôte de ce sommet n'avait ménagé aucun effort pour qu'il soit un succès. Il s'est même déplacé dans certains pays pour s'assurer de leur présence à ce sommet. En pareille circonstance, refuser l'invitation ou la décliner, est aussi une façon de désavouer l'hôte. Et quand on sait que cet hôte n'est pas un indigent, on peut bien se douter qu'il fera tout pour rendre la politesse aux « frondeurs » d'une manière ou d'une autre.

En tout cas, sauf mea culpa du Maroc qui l'a « boycotté », Obiang Nguema ne fera rien pour lui faciliter une quelconque atteinte de ses objectifs en termes de mise à l'écart du Front Polisario. A cette allure et si chacun des protagonistes ne met pas de l'eau dans son thé, l'Arabie saoudite devrait s'attendre à ce que des pays, partisans de la RASD, se fassent le plaisir de boycotter, à leur tour, le prochain sommet Afrique - monde arabe qu'elle prévoit d'accueillir. Ce, en signe non seulement de vengeance, mais aussi de réaffirmation de leur position sur la question du Sahara occidental.

La posture du Maroc peut lui valoir d'autres adversités

Au regard de tout cela et des efforts que le Maroc avait faits au plan diplomatique pour réintégrer l'UA, on peut penser que le boycott du sommet n'était pas la meilleure chose à faire pour le Royaume chérifien. Ce qui s'est passé témoigne certainement du chemin qui reste au Maroc pour mettre tout le monde d'accord dans son refus de la RASD. Certains des pays qui ont de la sympathie pour sa cause, ont certainement été mis mal à l'aise par ce coup de sang. Il fallait que le Maroc reste sur la table. Du reste, la question sahraouie semble avoir atteint un seuil où on se demande comment le Maroc peut la juguler.

L'une des difficultés majeures pour lui, tient surtout au fait qu'il a échoué à empêcher la reconnaissance de la RASD par l'OUA d'alors. L'Organisation des Nations unies a également reconnu le Front Polisario comme représentant légitime du peuple sahraoui. Du reste, Ban-Ki-Moon s'est rendu récemment dans cette RASD. Au regard de tout cela, la cause du Maroc semble perdue. Son adversaire, voire son ennemi, le Front Polisario, a des soutiens de taille. Et de toute évidence, ce n'est pas par la politique de la chaise vide que le problème se réglera.

Loin s'en faut. Cette posture, au contraire, peut lui valoir d'autres adversités comme on peut le craindre avec ce boycott, en ce qui concerne le président Obiang Nguema. De toutes façons, l'histoire le démontre à souhait. Le retrait du Maroc de l'OUA depuis 1984, en signe de protestation, ne lui a pas permis de régler ce problème. Cette stratégie du « s'il y est, je reste dehors » n'a pas réussi à faire bouger les lignes en faveur du Maroc. Plus de trois décennies plus tard, le problème reste entier. Il est peut-être temps pour le Maroc, de changer résolument son fusil d'épaule. En tout cas, l'adversité qu'il a dans ce dossier est déjà tellement forte qu'il n'a pas besoin de travailler à l'alimenter davantage par de tels coups de sang.

En savoir plus

L'autoproclamée RASD juge le Maroc «isolé»

La République arabe sahraouie démocratique (RASD) juge le Maroc isolé dans son action de se retirer… Plus »

Copyright © 2016 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.