10 Décembre 2016

Sénégal: Mutilations génitales Féminines - Seybatou a repris ses lames et ses couteaux

interview

Dakar — La dame aura bientôt 60 ans d'après son estimation ; elle n'est pas très bavarde ni très loquace ce qui se comprend aisément. Avoir cet entretien a été difficile mais Seybatou* a accepté de me parler. Habitant un quartier populeux de Dakar, elle vit entre la capitale et son fouladou natal et lui arrachait ses quelques lignes a été laborieux mais très révélateur.

Tout d'abord merci de m'accorder cet entretien. Pouvez-vous me dire qui vous êtes et un peu de votre histoire ?

Je suis originaire d'un village du nom de Sare Bidji (à quelques kilomètres de Kolda), je suis commerçante et je fais des va-et-vient entre le village et Dakar où vivent une partie de mes enfants. Je suis exciseuse aussi et j'ai pris cela de ma mère qui l'a pris de sa propre mère et ainsi de suite. Cette tradition est familiale et même si beaucoup de gens disent que c'est mauvais je crois que c'est une bonne chose.

Donc vous êtes exciseuse de génération en génération, et vous avez excisée combien de filles et quel âge avaient-elles à peu près ?

Je ne saurais le dire mais nous avons des « leuls » comme chez les garçons la circoncision est sacrée et constitue le passage à un autre statut. Avant cela se faisait lorsque les filles étaient âgées entre 08 et 12 ans ; à cet âge elles sont capables de comprendre les enseignements prodigués car ces « leuls » sont l'occasion de leur apprendre comment devenir une femme et comment se comporter comme telle dans notre société. De nos jours avec les lois et les ONG, c'est devenu très difficile de perpétuer cette tradition, nous le faisons en cachette au risque de nous faire arrêter.

Est-ce que vous savez les méfaits de l'excision sur ces filles ?

C'est ce que les ONG nous disent et j'y croyais beaucoup et ça m'avait poussée à arrêter mais finalement je suis ambigüe car de plus en plus les mœurs de nos filles sont dégradées. L'excision a pour objectif de garder la fille vierge jusqu'au mariage ce qui pour nous les peulhs est très important. Beaucoup d'excisées avait des problèmes pour consommer leur mariage et pour avoir une vie sexuelle épanouie et même pour accoucher. La mortalité infantile est très élevée dans nos villages. Mais je ne saurais dire avec exactitude si cela est lié à l'excision.

Vous avez dit avoir arrêté cette pratique puis avoir repris, pourrais-je en connaitre les raisons ?

Oui j'avais arrêté la pratique car les autorités locales accompagnées d'ONG ont fait une grande campagne de sensibilisation et au départ elles nous avaient même fait des donations car beaucoup d'entre nous vivent de cela. Nous sommes les gardiennes d'une tradition qui nous a fait vivre depuis mon arrière-grand-mère. J'ai repris mes lames et couteaux pour la bonne et simple raison que nous ne devons pas perdre une tradition léguée par nos aïeuls. Et vu la dégradation des mœurs notée dans ce pays, je crois qu'il faut retourner à nos sources.

Actuellement vous pratiquez l'excision en cachette car c'est réprimée par la loi sénégalaise, vous vous y prenez comment ?

Pour éviter tout ennui, ça se fait dans la plus grande discrétion.

A Dakar même ?

Oui à Dakar aussi. Et les mamans nous apportent leurs fillettes dès 02 ans et même des fois moins. L'acte est fait de façon traditionnelle avec nos lames et couteaux que nous faisons bénir par les fétiches et autres totems. Mais nous prenons soins veillons à ce que cela ne s'ébruite pas et nous prodiguons les soins.

Vous avez l'attache d'un personnel soignant ?

Je ne peux rien vous dire à ce sujet mais sachez que les fillettes sont suivies jusqu'à guérison complète.

Vous êtes payée combien pour cela ?

Je ne peux pas répondre à cette question aussi

Vous ne pensez pas arrêter un jour

Yalla réka kham

Je vous remercie du temps que vous m'avez accordée…

En marge de cet entretien, j'ai tenté tant bien que mal d'expliquer à cette dame combien l'excision est néfaste et dangereuse pour les filles qui la subissent. J'ai essayé avec mes mots de novice de décrire à Seybatou la misère que ces femmes mutilées vivent au quotidien à cause d'une tradition qui n'est même pas religieuse. Mes mots tombent dans l'oreille d'une femme elle-même mutilée ; je ne sais pas si elle y est sensible mais elle ne laisse rien paraitre. Je termine cet entretien avec un gout d'inachevé.

Sénégal

Des activistes africains bloqués à Lomé depuis cinq jours

Leurs documents de voyage et effets personnels ont été saisis. La ligue des droits de l'homme du Togo… Plus »

Copyright © 2016 Graça Machel Trust. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.