11 Décembre 2016

Burundi: Le facilitateur enterre le dialogue - Quelle est la suite?

Photo: Daily News
Réfugiés burundais.

La sortie médiatique de Benjamin Mkapa, ancien président tanzanien et facilitateur dans la crise burundaise, a fait l'effet d'une bombe. Pour une partie de l'opinion, qualifier le pouvoir de Bujumbura de légitime n'est rien d'autre que sonner le glas de toute solution pacifique dans la crise actuelle. Le blogueur Landry Burundi et le dessinateur Alif nous livrent chacun son interprétation de cette sortie inédite.

À l'annonce de la visite du facilitateur William Mkapa à Bujumbura, je me suis dit : « Bon, un autre voyage, encore des consultations ». En voyant son programme, j'avais aussi un peu de peine pour cette vénérable personne : un véritable marathon pour ce Mzee, qui a bientôt 80ans.

Eh bien, contre toute attente, avant de s'envoler vers son pays natal, le vieux a envoyé un vrai crochet du droit. « Les gens qui doutent encore de la légitimité de Nkurunziza sont fous. Où est ce qu'ils tirent cela ? Ces gens ont perdu le nord... Quelle folie ! Vous pouvez me citer, je le répète ! ». Une sortie musclée, signée Mkapa !

Je l'avoue, celle-là, je ne l'avais pas vue venir ! Tel un Mike Tyson, il envoie une droite dans la face de tous ceux qui croyaient encore en une solution pacifique et négociée.

Mais au fait, qui sont ces "fous" ?

C'est peut être ces milliers de Burundais qui durant des semaines sont descendus dans la rue pour dire NON en bravant le feu nourri des policiers. Si c'est à eux qu'il faisait référence, malheureusement il ne serait pas le premier à le dire.

Ou est-ce les anciens Somambike (collaborateurs) du numéro un qui ont frondé parce que n'étant pas d'accord avec ce mandat ? Docteurs et professeurs d'université pour certains. Comprendre alors que personne, aussi éminent soit-il, n'est à l'abri d'un mal de tête qui peut virer en une folie.

Et cette phrase qu'on retrouve dans l'Accord d'Arusha, 2e protocole, chapitre 1er, Article 7 au point 3, élargit potentiellement le champ de ces probables "fous" : "Il est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels ".

Cela voudrait dire que ceux qui se sont convenus de cet accord qui devait préserver les Burundais d'autres conflits étaient des rêveurs, voire des "fous" ? Et que dire de ceux qui ont parrainé ces accords ? Les Mandela, Nyerere, Museveni... ou ce président tanzanien d'alors, un certain William Benjamin Mkapa (un homonyme sans doute). Est-ce que tout ce beau monde serait "fou" ?

Et quelle est la suite maintenant ?

« Je n'ai jamais rencontré ces « putschistes », je demanderai aux pays qui les hébergent de les extrader vers le Burundi ... », a déclaré le facilitateur.

Étonnant ! Celui qui devait aider à réconcilier les parties en conflit a adopté le langage de l'une des parties. Maintenant qu'est sonné le glas des négociations, quelle marge de manœuvre est laissée à ceux-là qui sont taxés de "putschistes" ?

Les manifestations pacifiques ont été anéanties à coup de lacrymogène et balles de tous calibres. Maintenant c'est le tour des négociations. À quoi faut-il s'attendre maintenant?

« Hayaga abangana », dit-on (Discutent ceux qui sont égaux). Et que faut-il maintenant que ces "putschistes" fassent pour mériter de s'assoir sur la même table que le gouvernement ?

Je crains la réponse !

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