13 Décembre 2016

Nigeria: Soigner les enfants malnutris dans le nord-ouest - « Nous assistons à une grave crise alimentaire »

communiqué de presse

Marco Olla, pédiatre, a travaillé pour des projets de lutte contre la malnutrition de Médecins Sans Frontières (MSF) à Maiduguri, capitale de l'État de Borno, dans le nord-est du Nigeria. Il décrit l'impact médical de la malnutrition sur les enfants et les soins prodigués par les équipes de MSF.

Indicateur de la sévérité de la crise actuelle, la malnutrition touche non seulement la frange la plus vulnérable des moins de 5 ans, mais aussi des enfants plus âgés.

En tant que pédiatre, comment décririez-vous la situation d'urgence dans l'État de Borno ?

Dans l'État de Borno, hormis le grand nombre de patients, nous avons aussi été témoins de signaux d'alarme médicaux indiquant une crise grave. Habituellement lors de crises alimentaires, nous soignons principalement des enfants âgés de six mois à cinq ans.

Ils sont particulièrement vulnérables à cet âge-là et dépendent directement de leurs parents pour survivre.

Mais quand on voit des enfants de plus de cinq ans souffrir de malnutrition, c'est que la situation est particulièrement dramatique et que nous assistons à une grave crise alimentaire. C'est ce qui s'est produit à Maiduguri.

Dans le service d'hospitalisation que nous gérons dans le quartier de Maimusari, à Maiduguri, nous recevions des enfants de plus de cinq ans souffrant de pneumonie, de paludisme et d'autres infections, avant de comprendre qu'ils souffraient en fait de malnutrition.

J'ai vu des enfants de sept à dix ans présenter des formes de malnutrition aiguë, ce qui est relativement rare.

Par exemple, une femme s'est récemment rendue dans l'un de nos centres de santé avec sa fille de sept ans. Cette fille souffrait de malnutrition sévère et de diarrhées. Nous l'avons immédiatement hospitalisée dans notre centre nutritionnel. Cette enfant ne riait ni ne souriait jamais.

Sa mère nous a raconté qu'elles s'étaient échappées d'un village à l'est de Maiduguri sans le père. Elles se sont installées à Muna Garage, un camp de fortune en périphérie de la ville.

Elles y sont restées plus d'un mois, mais les rations de millet et de riz qu'elles recevaient étaient beaucoup trop faibles, et elles n'avaient pas d'argent pour pouvoir se rendre dans un centre de santé public.

Comment MSF répond-elle à cette situation de crise ?

Dans les centres de santé de Médecins Sans Frontières à Bolori et à Maimusari, dans la capitale de l'État de Borno, nous dépistons la malnutrition chez tous les enfants jusqu'à l'âge de 15 ans qui se présentent pour une consultation médicale.

Si nous voyons qu'ils souffrent de malnutrition aiguë, que celle-ci soit modérée ou sévère, nous les soignons dans nos centres nutritionnels.

Généralement, dans le cadre de nos projets, nous ne soignons que les enfants souffrant de malnutrition sévère, mais compte tenu du manque de nourriture, nous avons dû assouplir les critères d'admission et commencer à soigner les enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë modérée afin que leur état ne s'aggrave et évolue en malnutrition aiguë sévère.

Pour le traitement de la malnutrition, nous ne nous concentrons pas seulement sur les enfants. Nous prêtons également attention aux femmes enceintes, qui souvent ne reçoivent pas suffisamment de nourriture.

Elles risquent de mourir durant l'accouchement ou de donner naissance à des bébés trop faibles, exposés au risque de malnutrition. Nous distribuons donc de la nourriture aux femmes enceintes durant leurs consultations prénatales et postnatales, et nous dépistons la malnutrition chez leurs bébés.

Que se passe-t-il exactement lorsqu'un enfant ne reçoit pas suffisamment de nourriture ?

L'ensemble des fonctions du corps sont affectées et le métabolisme est profondément altéré. Il existe deux principales manifestations de la malnutrition chez les enfants : le marasme et le kwashiorkor.

Un enfant souffrant de marasme est émacié et n'a que la peau sur les os. Le kwashiorkor, en revanche, se caractérise par l'apparition d'un œdème (gonflement).

Ces deux formes sont liées à une carence en nutriments essentiels, tels que les protéines, les vitamines et les minéraux. Le système immunitaire est particulièrement touché. C'est pourquoi, ces enfants sont susceptibles de présenter des infections.

Le plus souvent, lorsqu'un enfant souffrant de malnutrition décède, il meurt des suites d'une infection. Le corps ne peut plus se battre. La malnutrition et les infections constituent une sorte de cercle vicieux.

Un enfant souffrant de malnutrition risque davantage de tomber malade et la maladie aggrave la malnutrition. Les complications médicales mortelles les plus répandues sont la pneumonie, la méningite, le paludisme, la diarrhée et la septicémie.

Comment soignez-vous les enfants souffrant de malnutrition ?

Les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère qui présentent des complications sont hospitalisés dans nos centres, où nous leur offrons un traitement médical et nutritionnel.

Pour les nourrir, nous utilisons du lait thérapeutique afin de stabiliser leur métabolisme. Certains sont si faibles qu'ils refusent de manger ; nous devons alors les nourrir via un tube nasogastrique (allant du nez à l'estomac).

Après la phase de stabilisation, nous leur donnons de la nourriture thérapeutique prête à être consommée, sous forme de pate à base d'arachide.

D'autre part, durant le traitement, nous soignons également d'autres maladies (comorbidités dans le jargon médical), telles que la pneumonie, la diarrhée et le paludisme.

Les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère qui ne présentent pas de complications, et les enfants atteints de formes modérées de malnutrition, sont soignés à domicile et suivis dans nos centres ambulatoires.

Nous fournissons à leurs mères de la nourriture thérapeutique prête à être consommée. La durée du traitement est communément de quatre à six semaines.

À titre personnel, qu'est-ce qui vous a le plus marqué au cours de cette crise ?

Ce qui est très dur ici, ce sont les histoires des patients. Je me souviens d'une femme, arrivée avec son fils de deux ans dans notre centre nutritionnel. Avec sa famille, elle avait dû fuir les combats, leur maison avait été détruite et son mari était mort.

Cette femme avait ensuite perdu l'un de ses quatre enfants dans des émeutes, deux des suites de la rougeole, et elle était là, avec son dernier fils souffrant de malnutrition sévère. Lorsqu'elle a terminé de raconter son histoire, elle s'est mise à pleurer.

De nombreuses personnes ont traversé de terribles épreuves et sont traumatisées. Elles se battent pour survivre, et il en va de même pour leurs enfants. Par chance, son fils a pu être sauvé.

Par ailleurs, il est bonde voir le changement de comportement chez les enfants durant leur convalescence. Ils commencent à interagir avec nous, ils se mettent à rire.

Comme cette petite fille de sept ans dont nous avons traité l'infection par antibiotiques et qui a recommencé à manger normalement.

J'essaie toujours d'approcher les enfants pour voir leurs réactions, j'essaie de leur serrer la main. Le plus souvent, lorsqu'ils sont faibles, ils refusent et sont irritables. Mais hier, cette petite fille m'a donné la main pour la première fois.

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