8 Janvier 2017

Burkina Faso: Projet de libération des généraux de la MACA - "C'est impossible, Madi... "

Photo: Sidwaya
Procès des militaires de l'ex-RSP -

Le procès des militaires accusés d'avoir tenu des réunions pour planifier des attaques contre la MACA, la poudrière de Yimdi et des institutions de la république s'est poursuivi vendredi 6 et samedi 7 janvier 2017.

Pendant ces deux jours, 18 éléments de Régiment sécurité présidentielle l'ex-(RSP) sont passés à la barre pour répondre des charges « d'association de malfaiteurs » et de « détention illégale d'armes et de munitions ». Retour sur les temps forts d'un marathon judiciaire.

C'est le vendredi 6 janvier 2017 que la Cour a débuté l'examen au fond des dossiers après le débat sur la compétence du tribunal militaire à juger les infractions poursuivies et la nullité de la procédure.

Pendant deux jours, 18 éléments de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) sont passés devant le tribunal militaire présidé par le juge Seydou Ouédraogo.

Ils sont accusés d'avoir tenu des réunions courant décembre 2015 chez le caporal Madi Ouédraogo dans le quartier Balkuy de Ouagadougou pour planifier des attaques contre la poudrière de Yimbi, la Maison d'arrêt et de correction de l'armée (MACA) pour libérer les généraux Djibrill Bassolé et Gilbert Diendéré, et de détenir illégalement des armes et des munitions.

Tous les accusés passés à la barre ont plaidé non coupables des charges qui pèsent contre eux. Le caporal Yemdaogo Bontogo a reconnu, à la barre, avoir participé à une réunion le 16 décembre 2016 chez le caporal Madi Ouédraogo, mais l'objectif de la rencontre, selon lui, était de se pencher sur des solutions en vue de récupérer des matériels perdus lors de l'assaut contre le camp Naaba-Koom.

« Durant mes six ans de service, j'ai économisé de l'argent et acheté deux bœufs, six moutons, une télévision écran plasma et une bouteille de gaz. Et lors de l'assaut du camp Naaba-Koom, on nous a sommés de libérer les lieux sans même prendre nos matériels et autres biens.

C'est dans cette situation que j'ai tout perdu », a indiqué le caporal Yemdaogo Bontogo. Selon lui, il est parti à la réunion parce que le caporal Madi Ouédraogo lui a fait savoir que l'objet de la rencontre était de chercher des solutions pour récupérer le matériel perdu au camp Naaba-Koom.

A la question de l'accusation de savoir pourquoi le caporal Bontogo n'a pas rendu compte à sa hiérarchie lorsqu'il a su que la réunion avait aussi pour but de libérer les généraux à la MACA, l'accusé a indiqué qu'il ne faisait plus confiance à sa hiérarchie.

« Quand j'ai été affecté au RCS après la dissolution du RSP, j'ai dit à mon chef de corps qu'il y a mon matériel et mes biens qui sont restés au camp Naaba-Koom.

Il m'a fait savoir que pour le moment, il y a des travaux qui sont en cours au camp et qu'après ces travaux, je pourrai aller récupérer mon matériel », a soutenu le caporal Yemdaogo Bontogo.

Et d'ajouter : « Après les travaux, je suis allé à Naaba- Koom mais je n'ai rien trouvé. J'ai rendu compte à mon chef de corps qui m'a répondu qu'il ne peut rien faire pour moi, que c'est fini. Comment voulez-vous que j'ai confiance encore à cette hiérarchie pour lui faire un compte rendu de quelque chose ? »

Projet suicidaire

Devant le tribunal, le caporal Alexis Mamboné a aussi plaidé non coupable des faits à lui reprochés car, selon lui, il n'a jamais participé à une réunion au domicile du caporal Madi Ouédraogo. Cependant, il a ajouté qu'il a été informé par son frère d'arme de classe, Madi Ouédraogo, d'une réunion à son domicile.

Mais, selon ses dires, il n'a pas pu participer à cette réunion parce qu'il assurait le piqué au camp Baba-Sy.

« C'est après qu'un camarade de promotion m'a accompagné chez Madi Ouédraogo pour que je puisse le rencontrer et avoir l'objet de la réunion en question. Et Madi m'a dit qu'il s'agissait d'un projet pour attaquer Yimdi, la MACA pour libérer les généraux et aller reprendre Naaba-Koom.

Je lui ai dit que j'allais réfléchir et lui donner ma position après », a affirmé le caporal Mamboné. A l'entendre, c'est quand il partait le lendemain chez Madi Ouédraogo pour lui exprimer sa désapprobation sur le projet qu'il a appris par un autre frère d'arme que le caporal Ouédraogo a été arrêté.

Pourquoi, vous n'étiez pas d'accord avec le projet de Madi Ouédraogo ? A cette question de l'accusation, le caporal Mamboné a indiqué qu'il s'agissait d'un projet suicidaire parce qu'aucun militaire ne peut se battre sans armes.

« Quand nous étions au RSP, nous avions les armes. Si nous n'avons pas pu, en son temps, empêché l'arrestation des généraux, ce n'est pas maintenant que nous pourrons les libérer sans armes », a dit le caporal Alexis Mamboné au tribunal. Et de poursuivre : « Un caporal ne peut pas mener à bien cette opération qui nécessite un combat.

C'est impossible, Madi n'est pas un fantassin, c'est un tringlot dont la spécialité est la conduite et non le combat ».

Pourquoi le caporal Mamboné n'a pas informé la hiérarchie du projet de son camarade Madi Ouédraogo ? A cette préoccupation de l'accusation, Alexis Mamboné a affirmé craindre pour sa sécurité.

Le soldat de 1re classe, Pascal Kientéga, a indiqué à la Cour avoir participé à une réunion chez le caporal Madi, mais par pure coïncidence.

Selon ses dires, il partait chercher sa copine au péage sur la route de Koubri quand il a remarqué à quelques mètres du goudron, dans le quartier non loti de Balkuy, plusieurs motos garées dont des engins de marque « Gravita », censés être une exclusivité des éléments de l'ex-RSP.

C'est ainsi qu'il a reconnu la moto du caporal Madi Ouédraogo et a décidé de partir voir ce qui se passait. Mais, a-t-il poursuivi, quand il a trouvé qu'il s'agissait d'une réunion pour libérer les deux généraux, il s'est démarqué de l'initiative.

La pièce I50 au cœur d'une controverse

La plupart des accusés passés à la barre ont reconnu la tenue desdites réunions mais ont précisé que c'est le caporal Madi Ouédraogo qui était le porteur du projet auquel ils n'ont jamais adhéré.

Mais à la question de savoir pourquoi ils n'ont pas rendu compte à la hiérarchie militaire, il est ressorti qu'il y avait une crise de confiance entre les éléments de l'ex-RSP, qui venaient de voir leur corps dissous, et la hiérarchie militaire.

Au moment où le soldat Abdoul Aziz Yiougo était entendu par le tribunal, l'accusation fait référence à une pièce qui a entrainé un débat houleux entre le commissaire du gouvernement et l'ensemble des avocats de la défense.

Il s'agit de la pièce portant la cote d'information I50 qui se trouve être un procès-verbal de la transcription d'un élément sonore enregistré lors d'une réunion tenue chez le caporal Madi Ouédraogo.

Mais les avocats ont exigé la source de l'enregistrement sonore et les conditions de son obtention. Pour eux, la copie originale de l'enregistrement doit être présentée et écoutée de façon contradictoire par toutes les parties. « La pièce a été frauduleusement obtenue et sa légalité est en cause.

En outre, il y a des passages qui ont été rayés. Et à quelle fin, nous ne savons pas. C'est pourquoi la pièce doit être écartée du dossier », a affirmé Me Christophe Birba.

Mais pour l'accusation, il n'est pas question d'écarter la pièce I50 des éléments du dossier, même si elle a indiqué vouloir protéger sa source et le secret militaire.

Face à la montée de la tension autour de la pièce, le président du tribunal a décidé de différer la question lors de la délibération finale.

Après deux jours de joutes oratoires, le procès a été suspendu pour reprendre ce lundi à 8h30 au tribunal militaire de Ouagadougou.

En savoir plus

Procès d'ex-soldats du RSP - Un enregistrement audio fait débat

Au Burkina Faso, le procès des ex-militaires de l'ancienne garde de Blaise Compaoré se poursuit à… Plus »

Copyright © 2017 Sidwaya. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.