2 Janvier 2017

Nigeria: Fondamentalisme religieux et effacement des cultures, des religions et des traditions africaines

Le conservatisme et le fondamentalisme religieux croissants détruisent et effacent la riche diversité culturelle, religieuse et traditionnelle du continent africain. Cette mode contraste avec la manière dont les Noirs du Brésil essaient de préserver leur héritage.

Tout récemment, un pasteur dans l'Etat d'Ogun, dans le Sud-Ouest du Nigeria, essayait de détruire les tombeaux des divinités traditionnelles. Même si on n'a pas encore établi les faits entiers, cet incident fait partie des nombreuses attaques dans le pays et à travers le reste du continent.

Même si la spiritualité et les pratiques traditionnelles africaines d'une part et le christianisme ou l'islam d'autre part ont coexisté dans le passé, les deux s'opposent de plus en plus de nos jours. Dans un contexte de fondamentalisme religieux croissant, les religions traditionnelles sont attaquées car elles sont considérées comme rétrogrades, blasphématoires et idolâtres.

L'essor du fondamentalisme religieux et son impact sur la culture était l'un des thèmes clés des discussions.

Plus tôt ce mois, j'étais à Bahia, au Brésil, pour la 13e édition d'un forum organisé par l'Association pour les droits de la femme et le développement (AWID). Ce forum qui se tient tous les quatre ans rassemble les activistes féministes des quatre coins du globe. L'essor du fondamentalisme religieux et son impact sur la culture était l'un des thèmes clés des discussions auxquelles j'ai pris part.

Séparation de la culture et de la religion

On utilise et abuse de la religion pour justifier les violations des droits humains. Il existe une longue histoire de corps de femmes utilisés comme champ de bataille pour gagner et conserver le pouvoir. Ces dernières années, nous avons également été témoins de plusieurs rhétoriques homophobes et transphobes avec le même but. Cependant, ce qui manque souvent dans plusieurs analyses de la religion et de son rôle sur le continent est son impact sur la culture elle-même.

A plusieurs reprises, nous avons entendu que les droits de la femme et l'homosexualité sont contre le mode de vie africain. Non seulement un « mode de vie africain » unique n'existe pas, mais le discours cause du tort à la culture en ignorant les histoires du leadership et du pouvoir des femmes, vivant hors de l'attraction et du désir hétérosexuel, et de la fluidité dans l'expression et l'identité du genre.

Le discours populaire considère la culture et la religion comme synonymes, statiques et inchangées. De plus, ce discours ne reconnait pas la réalité selon laquelle il s'agit là de deux entités séparées. Il ne tient pas compte du fait que le christianisme et l'islam sur le continent sont des produits de la conquête, la colonisation et la conversion forcée - de cette façon, les deux religions ont déclassé les cultures, les religions et les traditions qui existaient avant, et c'est ce qui continue à se passer.

Retrait de la diversité culturelle en faveur d'« une seule et vraie religion »

Lors du forum, plusieurs participants ont parlé d'« aplatissage culturel », de dévaluation et perte d'identités culturelles et de traditions. Ils ont également parlé d'être poussés à identifier uniquement les identités religieuses, à l'exclusion des identités ethniques, nationales, linguistiques, etc., et de la religion qui est de plus en plus stricte dans toutes les dénominations religieuses. Les militants en Libye et au Mali qui détruisaient les tombeaux des saints Sufi vieux de plusieurs siècles, détruisaient les mosquées et bannissaient la musique - malgré la place centrale qu'occupe la musique dans la vie culturelle du Mali - sont éventuellement les exemples les plus visibles de cette mode en Afrique. Cependant, tout ceci n'est qu'une partie du spectre de ce qui se passe à travers le continent.

Ce qui manque souvent dans plusieurs analyses de la religion sur le continent est son impact sur la culture elle-même.

Fatou Sow du réseau « Femmes sous lois musulmanes » a évoqué combien le Christianisme et l'Islam étaient très profondément enracinées dans les religions traditionnelles au Sénégal par le passé, mais cela a changé. Elle a relié l'essor du fondamentalisme à l'exportation des discours Wahhabistes très conservateurs de l'Arabie Saoudite et de l'union du soi à l'identité religieuse. «Nous avons interprété l'Islam de différentes manières, en fonction de nos pratiques culturelles. Être musulman est juste l'un des milliers de parties de mon identité - mais, on me catégorise uniquement comme musulmane et membre de la communauté musulmane», a-t-elle dit.

Une autre oratrice a également parlé de la manière dont le Wahhabisme a complètement et rapidement transformé l'Islam en Afrique. Elle a mentionné les photos de sa grand-mère portant un bikini sur la côte de la Somalie et la réaction que cela aurait suscité de nos jours. Elle a noté que c'est le peuple d'obédience Musulmane, principalement les femmes, qui est ciblé comme déviant des canons importés dans leurs pays tout en étant vues comme potentielles terroristes par les autorités.

Préservation des cultures Africaines... en Amérique du Sud

Tous ceci contraste avec la manière dont les cultures Africaines sont perpétuées ailleurs. Dans les jours qui ont suivi le forum, certains parmi nous avons décidé d'explorer l'Etat de Bahia, où ont été emmenés tous ceux qui ont été pris comme esclaves en Afrique. La religion Candomblé, un mélange des religions Yoruba, Bantu et Fon, ajouté au Catholicisme et aux traditions américaines indigènes, est forte ici.

Le discours populaire considère la culture et la religion comme synonymes, statiques et inchangées, comme «cultureligion». Cette «cultureligion» ne reconnaît pas la réalité selon laquelle il s'agit là de deux entités séparées.

Malgré le fait que l'église Catholique essaie de convertir et de persécuter les adeptes Candomblé, plusieurs de ceux qui ont été asservis priaient leurs dieux lorsqu'ils étaient seuls ou lorsqu'ils étaient avec d'autres adeptes. Ils dissimulaient leurs symboles sacrés à l'intérieur des figures de saints catholiques et créaient des groupes de catholiques noirs pour le culte Candomblé et manigançaient des révoltes. Une secte liée à l'Islam a choisi le vendredi comme jour d'adoration de leurs dieux.

La persécution s'est arrêtée dans les années 1970, après quoi plusieurs personnes qui souhaitaient se réapproprier la culture que l'esclavage leur avait arrachée y ont adhéré. A Salvador, la capitale, une messe hebdomadaire se tient tous les mercredis à «l'église noire» au centre de la ville. Après la messe, il y a une fête dans la rue à l'honneur d'Orixá Ogun. Le Museu Afro-Brasileiro présente des sculptures en bois, des poteries et des illustrations qui débordent d'iconographie africaine. Il y a une chambre remplie de 27 tableaux de bois décrivant les orixás de Candomblé avec leurs animaux et leurs armes.

Il est difficile de penser que les divinités africaines pourraient être présentées dans les musées, célébrées dans les rues ou que le nombre d'adeptes est croissant dans plusieurs pays Africains. Ce que j'ai vu à Salvador est un testament très inspirant du pouvoir qu'ont les cultures à survivre malgré les tentatives de destruction. Bien qu'il faille se battre contre les tentatives des fondamentalistes visant la création d'une culture et d'une religion globalisées, nous devons également célébrer cette continuation des cultures africaines dans les Amériques.

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