9 Février 2017

Cote d'Ivoire: Phénomène d'agrobusiness - Les éclairages du ministère de l'éonomie et des finances

Le phénomène de l'agrobusiness suscite ces dernières semaines beaucoup de passions mais aussi de nombreuses supputations. Le Ministère de l'Economie et des Finances, dans ce document récapitulatif, sort de sa réserve.

Il fait la genèse de ce phénomène, donne des explications sur les mesures récentes du Gouvernement dont les objectifs sont de contenir les éventuels effets collatéraux liés à cette activité. Des éclairages aux questions que se pose la population.

Présentation du phénomène Agrobusiness Le phénomène d'agrobusiness a commencé timidement entre 2008 et 2009 avec l'entreprise Monheveha.com, filiale du Goupe Agronomix, qui proposait des plantations d'hévéa clé en main à des souscripteurs.

Suite à la chute du cours de l'hévéa en 2014, l'entreprise a procédé à une diversification de ses produits agricoles en ajoutant à ses offres, des cultures vivrières et maraîchères devenues aujourd'hui les principaux produits de ce business.

Le succès de Monhevea.com auprès de ces souscripteurs a attiré plusieurs autres entreprises vers ce nouveau business dont Gram's, Agrizinzt et Agrofinances, portant à vingt et huit (28) le nombre total de promoteurs en 2016.

Ces entreprises promettent de réaliser des champs clé en main pour le compte des souscripteurs. Selon le principe du modèle, les fermes promises par les promoteurs sont créées avec l'argent recueilli auprès des souscripteurs. Elles sont ensuite exploitées jusqu'à la commercialisation de la récolte. L'entreprise partagerait alors avec le client, les plus-values mirobolantes qui en résultent. Le rendement moyen de cet investissement est supérieur à 200%.

A titre d'illustration, pour la création d'un hectare de tomate de l'espèce Sanzana F1, les personnes intéressées versent comme montant de souscription 1,8 million FCFA.

Après exactement 6 mois et deux semaines d'exploitation, le client perçoit un revenu de 6,05 millions FCFA, ce qui représente un retour sur investissement de 236% en un semestre. Ce business qui semble utiliser les méthodes du marché financier, est loin de ressembler à un modèle connu.

En effet, aucun produit financier ne peut garantir un résultat aussi important dans les mêmes délais. Sur le marché financier mondial, les taux d'intérêt règlementaires les plus élevés dépassent rarement 10%, quelles que soient les garanties qui accompagnent.

La dernière opération d'émission des obligations du Trésor Public en 2016 proposait un taux d'intérêt de 6,5%. Ces deux dernières années, le phé- nomène a provoqué une ruée des populations vers les entreprises d'agrobusiness.

En fin 2016 l'on dénombrait plus de 36000 souscripteurs qui ont investi dans 28 socié- tés, un montant total de plus de 66 milliards FCFA pour une promesse totale de plus de 660 milliards FCFA. Au regard de cette situation, le Gouvernement qui se doit de garantir la protection des épargnants, a diligenté en novembre 2016, des enquêtes pour mieux apprécier le fonctionnement de ce système.

Le groupe de travail commis à cette tâche par le Ministre de l'Economie et des Finances a produit son rapport en décembre dernier, qui révèle des risques réels pour les souscripteurs de ce business.

Vu l'importance des flux financiers en jeu, le Gouvernement a pris des mesures dont la mise sous séquestre des comptes des entreprises concernées. Il a également appelé les populations à plus de vigilance pour tout acte d'investissement et de placement de capital qui s'apparentent à ce modèle.

L'activité telle qu'exercée était-elle légale au regard de la législation ivoirienne et des règles communautaires de l'UEMOA ? Selon la loi bancaire de 2009, les opérations de collecte de fonds pour des investissements sont exclusivement réservées aux banques et établissements financiers.

A ce titre, ces entreprises doivent initialement se procurer un agrément leur attribuant ce statut spécial. Nul ne peut, sans avoir préalablement obtenu cet agrément, exercer une activité qui consiste à recevoir des fonds qu'il emploie, pour son propre compte ou pour le compte d'autrui, en opérations de placement, ou toute autre opération.

Par ailleurs le règlement 009/2010/CM/UEMOA relatif aux relations financières extérieures des Etats membres de l'UEMOA dispose que toute transaction financière entre une personne physique ou morale de l'Union et une autre hors de cette zone, doit transiter par la BCEAO.

Cependant, des souscriptions sont enregistrées (HORS UEMOA) ainsi que des paiements de RSI, en violation de cette norme régionale. Pourquoi le gouvernement a-t-il diligenté une enquête et pris certaines mesures dont la mise sous séquestre des comptes de ces entreprises de l'agro business ?

Les mesures entreprises par le Gouvernement font suite aux inquiétudes des autorités sur la nature de ce nouveau business ainsi que la sincérité des promoteurs.

Cette offre d'affaire ne correspondait à aucun modèle connu. En effet, ces entreprises qui collectent des fonds colossaux ne sont ni des banques, ni des structures d'intermédiation boursières, encore moins des structures de microfinance. Aussi, vu le nombre important de souscripteurs (>36.000), la logique voudrait que l'on aperçoive des étendues de champs (de tomates ou autre produits agricoles), à perte de vue, appartenant aux promoteurs. Cela est loin d'être le cas, notamment dans les localités de Bocanda et Didievi où certaines entreprises soutiennent avoir installé leurs fermes.

La production estimée par les promoteurs ne se répercutent ni sur le marché local ni dans les transactions sur les produits agricoles avec l'extérieur. Les autorités s'interrogent également sur les raisons pour lesquelles ces entreprises ne sollicitent pas directement des établissements financiers (qui ont les moyens d'étudier dans le délai leur modèle économique) pour lever les fonds et préfèrent se tourner vers l'épargne des populations qui n'ont aucun moyen de contrôle et de mesure de risque. Au demeurant, les sociétés d'agrobusiness n'ont pas été capables de fournir la preuve de l'existence des plantations qu'elles financent et dont les rendements permettent de faire face à leurs obligations vis-à-vis de leurs souscripteurs.

Des plantations existent certes mais elles sont trop insuffisantes pour justifier les rémunérations que les souscripteurs sont censés recevoir. Aussi, les promoteurs de l'agrobusiness disaient investir dans des cultures comme le piment, qui produirait en six (6) mois, plus de 300% de l'investissement. Cela paraît irréalisable, avec le changement climatique qui affecte les saisons. Par ailleurs, ce phénomène rappelle le système de placement d'argent qui a défrayé la chronique au milieu des années 2000. Des structures organisées en pseudo cabinets financiers promettaient des retours sur investissement de plus de 200% en invoquant des placements boursiers, notamment en Europe avaient réussi à convaincre des dizaines de milliers d'ivoiriens à leur confier leur épargne. Ce système s'est écroulé de luimême avec des dizaines de milliards volatilisés et des familles dans le désarroi, révélant une vaste opération d'escroquerie.

Le Gouvernement voudrait donc par ces mesures, anticiper sur les éventuelles conséquences qui pourraient découler de l'effondrement de l'agro business. Aussi en tant que garant de la sécurité et de la paix sociale des populations, le Gouvernement se doit de mener toute action de lutte contre le blanchiment d'argent qui pourrait être une source de financement du terrorisme. Quels risques cette activité faisait -elle peser à terme sur les souscripteurs, la population et sur l'économie ivoirienne dans son ensemble ? Lorsque le Gouvernement a pris conscience du danger, il a instruit le Ministre de l'Economie et des Finances a l'effet de prendre toutes les dispositions en vue de sauvegarder les intérêts des souscripteurs. Les risques auxquels s'exposaient à terme les souscripteurs sont nombreux. Je pourrais citer notamment : - Le défaut de paiement des mises et des rendements promis avec l'écroulement du système, comme ce fut le cas avec le phénomène des placements d'argent.

Ce risque était déjà palpable en 2016, avec le retard des paiements par certaines entreprises. - L'implication dans une opé- ration d'escroquerie qui compromettrait leurs probités et leurs crédibilités vis-à-vis des banques et autres établissements financiers règlementaires, surtout avec la mise en place des Bureau d'Information sur le Cré- dit. Au niveau de la population, certaines familles pourraient voir leur économie se volatiliser dans cette affaire qui n'est pas encore maitrisée par les spécialistes de la finance. Cela pourrait avoir un impact sur leur niveau de vie.

Par ailleurs, l'économie ivoirienne pourrait subir un choc provoqué par l'écroulement de l'agrobusiness. En effet, selon le rapport partiel des investigations diligentées par le Gouvernement, ce sont 60 milliards qui sont investis par les souscripteurs. La perte de ce montant pourrait créer un problème systémique dans l'économie. A terme, la Côte d'Ivoire pourrait être perçue comme une plaque tournante du blanchiment d'argent et l'agrobusiness comme un moyen de dissimulation de capitaux indument gagnés.

Or les performances économiques réalisées par la Côte d'ivoire ne saurait s'accommoder de telles pratiques. Aussi, s'il arrive que la thèse de l'escroquerie se confirme, cela pourrait ternir l'image du pays et dégrader l'environnement des affaires. A l'opposé, si les enquêtes révèlent que le modèle mis en œuvre est viable, nous mettrons tout en œuvre pour garantir la sécurité des épargnants. Quel problème au plan purement financier posait l'activité de ces sociétés, les poursuit-on parce que les bénéfices qu'elles font gagner à leurs souscripteurs sont hors norme?

Au plan financier, l'agrobusiness deviendrait une menace pour les établissements financiers. L'existence des projets agrobusiness faisait des initiateurs de ses projets de redoutables concurrents déloyaux pour la vingtaine de banques commerciales. Les bénéfices hors norme promis par les sociétés d'agrobusiness, ont suscité des soupçons de la part de l'Etat. Ces soupçons seront certainement confirmés avec le résultat définitif des investigations en cours. Il faut aussi noter que les structures ont promis à leurs souscripteurs, par des contrats individuels, d'injecter des fonds dans la création de plantations.

Certes certaines de ces structures ont des plantations, mais celles-ci sont insuffisantes eu égard au nombre de souscripteurs. Cela révèle que certaines plantations pourraient être virtuelles. Par ailleurs, les retours sur investissement prévus par les contrats correspondent à un engagement global de 660 milliards de FCFA au 6 janvier 2017 alors que les soldes disponibles sur les comptes bancaires des entreprises d'agro-business s'élèvent à 22 milliards au 10 janvier 2017.

Dans un court terme, comme stipulé dans les contrats, le respect de cet engagement s'avère un véritable exploit presque irréalisable. Tous ces éléments justifient la poursuite des sociétés d'agrobusiness. Quelles sont les dispositions prises en faveur des souscripteurs ? Seront ils remboursés ? Pour l'heure, le Gouvernement attend les résultats définitifs des investigations qu'il a diligentées.

Mais, il a tenu à rassurer les souscripteurs, par la voix de son porteparole, en ces termes : « Les autorités ivoiriennes mettront tout en œuvre pour permettre aux souscripteurs de rentrer, dans la mesure du possible, dans leurs fonds et récupé- rer leur épargne ».

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