9 Février 2017

Guinée: Eventualite d'un troisième mandat - Alpha Condé franchira-t-il la ligne rouge ?

Photo: Aminata
Le président sortant, Alpha Condé (à gauche) fera face à son principal challenger, Cellou Dalein Diallo, lors de la présidentielle du dimanche 11 octobre 2015 en Guinée
analyse

En Guinée, il est de plus en plus question d'un troisième mandat pour le président Alpha Condé, et cela commence à faire des vagues. En effet, l'opposition réunie autour de son chef de file, Cellou Dalein Diallo, a lancé cette semaine un front contre une telle éventualité que des proches plus ou moins haut placés du chef de l'Etat, ne se gênent plus d'évoquer publiquement. C'est le cas du directeur général de la police, Bangaly Kourouma, qui s'est prononcé en faveur d'une nouvelle candidature d'Alpha Condé, ou encore de Nantou Chérif Konaté, coordonnatrice nationale du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti au pouvoir, qui a assuré que le peuple demanderait un troisième mandat à l'enfant de Kankan, en 2020.

Il s'agit donc, pour l'opposition guinéenne, de demander au chef de l'Etat de clarifier sa position dans un premier temps et, le cas échéant, de s'organiser pour refuser tout tripatouillage de la Constitution actuelle qui limite à deux, le nombre de mandats présidentiels. Toute chose qui met de facto Alpha Condé hors course, à l'issue de son second mandat. Mais la question que l'on se pose est de savoir si le professeur franchira la ligne rouge. D'autant plus que sur le sujet, il continue d'entretenir le flou sur ses intentions. Comme quand il lance, au passage et presqu'à la cantonade, en réponse à la question, un inquiétant « ce sera aux Guinéens de décider », qui n'est pas sans rappeler la stratégie bien connue des satrapes du continent.

Selon cette stratégie maintenant bien connue, ces derniers commencent toujours par lancer des ballons de sonde et avancent cagoulés, pour ne tomber le masque qu'au dernier moment en comptant sur l'effet de surprise pour couper l'herbe sous les pieds de leurs contempteurs. Et tout porte à croire que le président guinéen est actuellement dans ce schéma, et que c'est ce que l'opposition guinéenne a compris en prenant les devants, pour ne pas se laisser surprendre.

Alpha Condé devrait éviter d'être le mouton noir de la démocratie en Afrique de l'Ouest

Cela dit, si les intentions du locataire du palais Sékoutouréya se précisaient dans ce sens, on pourrait dire que les chefs d'Etat africains ne tirent pas leçon des mésaventures de certains de leurs pairs. Dans le cas d'Alpha Condé, la situation serait d'autant plus déplorable que non content d'être le président en exercice de l'Union africaine, titre au nom duquel il devrait donner l'exemple, il est aussi le médiateur de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) en Guinée-Bissau et sort fraichement d'une médiation en Gambie, qui s'est achevée dans les conditions que l'on sait.

Tout cela devrait l'amener à ne pas succomber à la dangereuse tentation d'un troisième mandat et à clarifier au plus tôt sa position, pour ne pas en rajouter à la pesanteur de l'atmosphère sociopolitique dans son pays. Mais l'homme est ce qu'il est. Et l'éventualité qu'il marche sur les principes de la démocratie pour briguer un troisième mandat n'est pas à écarter. Et elle ne devrait pas étonner outre mesure, tant l'homme s'est quelquefois montré à cheval sur certaines questions de démocratie, et intraitable avec son opposition, là où on attendait de lui plutôt de la compréhension.

C'est peut-être tout cela qui lui vaut aujourd'hui la brouille et les récriminations du Premier ministre bissau-guinéen qui le récuse en tant que médiateur dans son pays. Mais Alpha Condé aurait tort de croire qu'il peut tout se permettre en Guinée. Car, s'il venait à trop tirer sur la corde, elle pourrait se casser. Et il est bien placé pour savoir que lorsque l'équilibre de la stabilité nationale est en jeu et au bord de la rupture, la Grande muette n'est jamais vraiment loin et peut, à tout moment, s'inviter dans le débat en troisième larron.

En tout état de cause, au regard de l'avancée de la démocratie en Afrique de l'Ouest, Alpha Condé devrait éviter d'être le mouton noir qui viendrait la ramener en arrière, dans cette partie du continent qui a pratiquement réussi, à l'exception togolaise près, à se débarrasser d'une race de dictateurs accros du pouvoir, qui se croient indispensables au point de caresser des rêves de règne à vie.

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