11 Février 2017

Sénégal: Spéculation foncière à Kolda - Le maire de Saré Bidji et les populations se renvoient la balle

La spéculation foncière prend de l'ampleur dans la commune de Saré Bidji, une collectivité locale située à l'ouest de Kolda.

La distribution des parcelles issues du lotissement de la zone de Bandiangara Moussa, plus connue sous le nom de Saré Moussa Ndour, empoisonne les relations entre la mairie de Saré Bidji et les exploitants terriens.

Ces derniers accusent la collectivité locale de vouloir les déposséder de leurs champs et vergers au profit d'autres personnes qui viennent, du jour au lendemain, enlever leurs plaques en mettant leur nom à la place des leur pour légitimer l'occupation de leurs parcelles.

Ils dénoncent ce qu'ils considèrent comme une tentative d'expropriation et de bradage de leurs terres. Les personnes qui avaient acheté des parcelles dans cette zone au cours de ces dernières années se retrouvent également dans la même situation.

Les deux groupes ont mis en place une structure dénommée Comité de veille et de vigilance pour les terres de Saré Moussa Ndour (Cvvtsmn) pour défendre leurs intérêts.

Ce comité regroupe les habitants de Gadapara et Saré Kémo, deux quartiers de la commune de Kolda et du village de Saré Moussa Ndour, une localité située dans la commune de Saré Bidji.

« La mairie de Saré Bidji, par le truchement de certains de ses conseillers, brade à tour de bras les parcelles issues de ces lotissements à des commerçants et autres affairistes tapis dans l'ombre.

Nous n'accepterons pas que ces personnes viennent prendre ces terres qui ont vu naître certains d'entre-nous, ces terres sur lesquelles nous avons travaillé depuis fort longtemps et les regarder comme ça », déclare Edouard Diédhiou, leur porte-parole.

Ces populations disent avoir toujours privilégié le dialogue et la concertation pour trouver une issue négociée à ce litige, mais constatent que la mairie de Saré Bidji n'est pas dans les bonnes dispositions pour accepter un compromis.

Elles dénoncent la volonté affichée par l'autorité communale de les spolier de leurs terres en attribuant la totalité des parcelles à d'autres personnes.

« Des avis d'attribution de parcelles sont quotidiennement délivrés à des tiers au détriment des vrais occupants évincés de façon cynique et délibérée par la mairie », précise le Cvvtsmn à travers un communiqué dont « le Soleil » a obtenu copie.

Parcelles morcelées

Le maire de Saré Bidji, Malang Mballo, balaie d'un revers de la main les accusations faisant état de la vente des parcelles à des commerçants. Il reconnaît néanmoins que des conseillers, des chefs de village et des leaders de la zone ont bénéficié des parcelles qui sont du ressort de la mairie.

Il reproche aux exploitants de ces terres d'avoir procédé à des morcellements de leurs parcelles pour les vendre à d'autres personnes. « Nous avons rencontré une fois le Cvvtsmn et nous nous sommes donné rendez-vous, pour continuer les discussions.

Malheureusement, il n'a pas respecté ce calendrier. Entre temps, la commission de distribution des parcelles s'est réunie pour procéder à une distribution qui a été approuvée par le sous-préfet de l'arrondissement de Saré Bidji.

Et il ne restait qu'à donner les avis », déclare Malang Mballo qui reconnaît qu'il y a énormément de spéculation et de conflits dans cette zone de Bandiagara Moussa, coincée entre les communes de Kolda et de Saré Bidji où la pression sur le foncier est extrêmement forte.

Il accuse le Cvvtsmn d'avoir boudé les rencontres initiées par le préfet de Kolda qui jouait les médiateurs entre les deux parties en vue de trouver une solution négociée à ce casse-tête et reproche à certains de ses membres de vouloir garder la totalité de leurs parcelles sans rien céder à la collectivité locale.

Vers la compensation

Les exploitants des champs et des vergers qualifient ces accusations de sans fondement. « Nous n'avons jamais dit que nous allons garder la totalité des terres que nous exploitions dans cette zone. Nous avons accepté, dès le départ, de céder une partie de nos champs et de nos vergers à la mairie et de garder l'autre partie pour nos familles.

Malheureusement, jusqu'au moment où je vous parle, nous n'avons pas reçu nos avis. Et ce qui est plus grave, c'est que les parcelles sur lesquelles on nous avait recensés, sont actuellement occupées par d'autres personnes », déclare, l'air amer, Mamadou Chérif Diallo, notable au quartier Gadapara dont la famille cultivait des terres dans cette zone depuis plus de 70 ans. Certaines victimes avaient déjà construit une case ou foncé un puits ou encore planté des arbres fruitiers sur leurs parcelles.

C'est le cas notamment de ce vieux vendeur des noix de colas au marché central de Kolda qui a été dépossédé de sa parcelle alors que ses manguiers avaient déjà commencé à produire.

Ce litige porte sur 1.403 parcelles issues du lotissement de 2012 par l'ancien Conseil rural. La collectivité locale avait trouvé, à l'époque, un compromis avec les exploitants de ces terres du domaine national si l'on en croit le chef du Service régional de l'Urbanisme.

Abdou Ndour rappelle les dispositions de l'Article 301 de la loi 2013, du 28 décembre 2013 portant Code général des collectivités locales, qui stipule que les terrains du domaine national sus dans les communes peuvent être immatriculés au nom de l'Etat et affectés aux communes en tant que de besoin.

« Les autorités avaient jugé nécessaire d'appeler les populations autour d'une table et de discuter. Je pense que c'est à ce moment-là que l'idée de 50%/50% a été soulevée.

Mais, en tout état de cause, en tant que Sénégalais, en tant qu'humain, l'autorité ne va pas les déposséder entièrement, elle va trouver un moyen de procéder à ce qu'on appelle une compensation. Et c'est tout à fait normal », déclare-t-il.

La commission de distribution qui est composée de la mairie et des services techniques de l'Etat, s'est réunie, selon le maire de Saré Bidji, pour valider le dossier. Il promet de le transmettre à ces services techniques qui sont seuls habilités à affecter des terres du domaine national dès que le plan de lotissement sera ficelé.

Mais, la position du chef du Service régional du Cadastre, Djiby Alassane Sow, à propos de ce dossier, est on ne peut plus clair. « Moi, pour ce lotissement-là, je m'en lave les mains », a-t-il ainsi martelé.

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