13 Février 2017

Sénégal: Sophie Guèye, l'ange gardien des petits et démunis

Chaque jour, Sophie Guèye accueille des pensionnaires d'écoles coraniques, s'enquiert de cas sociaux qui lui sont soumis et parcourt les hôpitaux de Dakar pour soulager des malades alités.

Aux Maristes, à Dalifort et dans les quartiers environnants, tout le monde est familier avec son visage angélique et son éternel sourire. Dans la localité la plus enclavée de Dakar, les enfants vous indiquent sans difficulté chez Sophie Guèye, « la joyeuse et calme » qui a décidé de se consacrer aux enfants de talibés et malades.

Sophie, la vingtaine, petite fille de 1,55 m, est la présidente de l'Association « Les racines de l'espoir », qui s'occupe de quelques 200 talibés issus de deux écoles coraniques et de malades de tous horizons. Chaque jour, avec son équipe et l'aide de membres de sa propre famille, elle accueille une vingtaine de ces élèves d'écoles coraniques qui viennent prendre le petit déjeuner chez elle, devenu une sorte d'asile où tout nécessiteux trouvera réconfort et oreille attentive. Sophie court dans tous les sens pour trouver de quoi donner à ces petits qui s'impatientent à l'entrée dès les premières heures de la matinée.

« C'est la première chose que je fais quand je me réveille. Je leur donne à manger avant qu'ils ne retournent à l'école. C'est important qu'ils aient le ventre plein pour bien assimiler leurs leçons. Nous essayons de répéter le même geste autant de fois possible », explique-t-elle. Mais sa journée ne fait que commencer. Une fois les talibés partis, elle va voir sa mère pour traiter les cas qui lui seraient soumis à son absence. « Ma mère est comme moi. Elle est capable de passer sa journée à pleurer quand elle on lui présente un cas social. Elle est émotive et veut toujours satisfaire les urgences des autres », confie-t-elle. Le tour des hôpitaux fait aussi partie de son marathon. Elle rend visite à des malades, les prend dans ses bras et s'enquiert de leur état auprès des médecins. Elle ressort souvent avec des médicaments à acheter en toute urgence.

« C'est un devoir d'aider les autres »

Mais qu'est-ce qui motive Sophie ? « En réfléchissant, et je me suis dit que si le bon Dieu a créé un monde aussi déséquilibré, ce n'est pas fortuit. C'est parce qu'il veut que les plus riches aident les plus pauvres. Il a fait de nous des « animaux » avec une conscience qui nous différencie des autres animaux. J'agis avec mon équipe dans l'espoir de voir toutes les personnes riches venir en aide aux démunis. »

Issue d'une famille « généreuse », Sophie n'est que la continuité des actions de ses grands-parents qui se sont toujours investis dans le sociale. Son père qui vit présentement aux Etats-Unis perpétue cette tradition. Sa maman elle, reçoit quotidiennement des ordonnances médicales et autres cas urgents. Aussi lointain dans ses souvenirs, Sophie se rappelle avoir cette fibre humanitaire. A l'aise dans la communication, elle mobilise les jeunes de son quartier et leur fait part de ses intentions. Très vite, ces derniers s'attachent à cette jeune fille hyperactive, sensible, et qui ne cesse de les galvaniser sur le terrain. « Quand vous avez des jeunes élèves qui ont un énorme cœur et prêts à vous accompagner sans condition, votre mission ne peut que bien se dérouler. Etant dans un pays de croyants, c'est un devoir d'aider les autres. »

Les après-midi, Sophie les consacre à recevoir chez elle. Venus parfois de loin, des nécessiteux lui font part de leurs problèmes. Elle les met à l'aise et écoute leurs besoins et envisage des pistes de solution avec eux. « Nous nous déplaçons vers ces gens-là, mais parfois on les reçoit pour qu'ils sachent qui nous sommes et comment nous opérons », dira-t-elle. Son téléphone portable, en parallèle, n'arrête pas de sonner pour les mêmes motifs.

A Dakar, on estime à plus de 30 000 le nombre d'enfants de la rue. Ce qui pose un réel problème de leur prise en charge. Malgré l'opération visant leur retrait définitif entreprise début juillet, ils restent plus que jamais visibles partout. « C'est une question qui nous touche. C'est pourquoi nous avons pensé à créer le projet « Nioun Nak », pour la prise en charge totale des enfants en leur offrant la possibilité d'étudier, de soigner et d'avoir un meilleur cadre de vie sans attendre personne. "Actuellement, nous sommes en train de construire un internat pour remplacer les "daaras". Des discussions avec leurs maîtres sont entamées dans ce sens » renseigne-t-elle.

Communiquer à travers les cas

Titulaire d'une licence, Sophie s'est permis une pause dans ses études avant de décrocher son master en marketing et communication à distance, l'année prochaine. Mais elle se réserve d'utiliser ses compétences dans ses activités humanitaires. « Au lieu de mettre en avant notre association, nous préférons mettre en avant les cas urgents qu'on nous soumet. Nous préférons que les gens parlent et relayent nos cas plutôt que de s'attarder sur notre organisation », se justifie-t-elle. Depuis qu'elle lance des SOS à travers la Toile, ils sont nombreux à réagir et à participer en mettant à disposition argent, nourriture et matériel.

Sa notoriété a fini de dépasser son modeste champ d'action aux Maristes. Son nom évoque désormais l'action sociale. « Tu connais Sophie ? Ou bien Les racines de l'espoir » ? Vas les voir, ils pourront t'aider! » Cette vie d'humanitaire et de sollicitations permanentes, Sophie n'entend nullement l'abandonner, même une fois mariée avec son fiancé. « J'ai un homme extraordinaire qui respire la même envie d'aider les autres que moi. Et je me réjouis de pouvoir cheminer avec lui dans ce sens pour toujours. » Mais famille rime avec enfants. Comment va-t-elle concilier affaires familiale et sociale ? « Je veux qu'ils grandissent dans ce milieu et voient ce que leur maman fait », lance-t-elle.

Même si elle est d'opinion libre et émancipée, Sophie n'en éprouve pas moins de déférence envers ses parents qui la soutiennent mais lui remontent les bretelles quand il le faut. Surtout qu'elle reconnaît être très nerveuse par moment. « Mes parents voient ce que je fais à travers internet. Ils m'encouragent mais ne manquent pas de me remettre sur les rails en bons observateurs. Ils sont fiers de moi mais elle est toujours accompagnée de beaucoup de retenue grâce à leur veille constante sur moi. »

Fama, l'histoire

La vie de Sophie ne tourne pas seulement autour des talibés et des malades dans les hôpitaux. De temps en temps, elle profite de quelques sorties avec son équipe polyvalente constituée en réalité de ses amis de toujours. Même si elle confie préférer les restaurants aux discothèques, Sophie n'en déteste pas pour autant esquisser des pas de danse à l'occasion. « J'adore écouter de la musique et de temps en temps je me lâche. Ça fait du bien de se détendre à un moment donné, entouré de ses amis. »

Chez elle, chaque cas qui frappe à sa porte est une course contre la montre. Elle garde encore le souvenir de Fama qui avait ému tous les internautes et mobilisé les médias à travers un SOS. La jeune fille en question souffrait d'une insuffisance rénale. Partie au Maroc pour une greffe, elle en reviendra sans. Une situation qu'elle a déploré à travers sa page Facebook avant de lancer un énième appel qui restera vain. Le 19 décembre 2016, Fama décède. Sophie est dévastée. Elle croule sous le poids de messages de réconfort mais la blessure reste profonde. « Elle s'était très attachée à moi et ça avait fini par devenir mutuel. Même quand sa maman la suppliait de manger elle refusait. Mais dès qu'elle me voyait, elle avait tout de suite de l'appétit », se souvient Sophie.

Au contact de cette fillette, elle avait « la rage de vaincre son insuffisance rénale ». Mais fervente croyante, elle finira par se plier à la volonté divine après trois ans de lutte aux côté de Fama. « Aujourd'hui je peux en parler sans pleurer. Elle me marquera à jamais », lâche-t-elle avec un certain soupir. De Fama, elle garde son rêve qui a été d'être « une Sophie » et donner aux autres tout ce qu'elle a reçu comme affection et réconfort dans son lit d'hôpital. La fondatrice des « Racines de l'espoir » promet d'en faire un sacerdoce tant que sa détermination reste intacte.

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