15 Février 2017

Afrique: Bombardements d'hôpitaux - construire la preuve par l'image

communiqué de presse

Depuis 2015, près de cent structures médicales MSF ou soutenues par MSF ont été bombardées, l'extrême majorité d'entre elles en Syrie, mais aussi au Yémen, en Afghanistan, en Ukraine et au Soudan. Pour MSF, établir les faits et les responsabilités derrière chacun de ces bombardements est vital, afin de continuer à apporter des secours avec l'assurance minimale que les structures civiles seront protégées, et pour réclamer justice et réparation.Mais comment prendre à partie les perpétrateurs quand ceux-ci nient, contestent ou minimisent leur responsabilité, qualifiant leurs attaques de simple erreur ?

La dénonciation des perpétrateurs, un recours contre l'impunité

Face à ceux qui bombardent ses structures, son personnel médical et ses patients, MSF a peu d'options. Au-delà du dépôt de plainte devant les tribunaux des pays impliqués, elle peut demander l'ouverture d'une enquête indépendante et impartiale, via la Commission internationale humanitaire d'établissement des faits (IHFFC). Seul organe permanent mis en place pour enquêter spécifiquement sur les violations du droit international humanitaire, l'IHFFC ne peut agir qu'avec l'accord des Parties au conflit. Activée à la suite du bombardement de l'hôpital de Kunduz, en Afghanistan, par l'armée américaine, l'IHFFC n'avait pas pu mener d'enquête, faute d'accord avec les Etats-Unis.

Dénoncer publiquement les auteurs du bombardement en espérant que le coup ainsi porté à leur image les incite à changer leurs pratiques reste souvent l'unique recours concret à la portée de MSF. A l'appui de ces dénonciations, les enquêtes basées sur des photographies et des vidéos amateurs, permettant de reconstituer les « scènes de crime », peuvent s'avérer très utiles. Ainsi, l'agence de recherche Forensic Architecture collecte et analyse les images prises lors d'un acte criminel commis par un Etat pour contribuer à établir faits et responsabilités, en s'appuyant sur la cartographie et l'analyse d'images, l'expertise judiciaire et l'architecture. MSF lui a récemment confié la tâche de comprendre ce qu'il s'est passé lors du bombardement de l'hôpital de Maarat Al Numan, dans la province d'Idlib en Syrie, il y a tout juste un an.

Retour en images sur le bombardement de Maarat Al Numan

Le 15 février 2016, l'hôpital de Maarat Al Numan soutenu par MSF a été bombardé, faisant 25 morts, dont un employé de MSF, et 11 blessés. Un second hôpital, où les blessés étaient acheminés, a également été ciblé le même jour. A la suite de cette attaque, le Dr Mego Terzian, président de la section française de MSF, a publiquement accusé les forces syriennes et russes d'être responsable des bombardements. Une conviction basée sur l'analyse du contexte, des forces en présence, et sur la foi du témoignage des civils syriens sur place et avec qui MSF entretenait des rapports de longue date. Cette dénonciation a entraîné une série de réactions de la part des gouvernements russe et syrien, du déni à l'accusation d'espionnage*, ainsi qu'une vive polémique au sein du mouvement MSF. Sur quelles preuves la section française de MSF se base pour accuser la Russie et la Syrie ? Quelle valeur ont les témoignages sur lesquelles l'organisation s'appuie ?

L'équipe de Forensic Architecture a enquêté à partir des vidéos et images en circulation sur les réseaux sociaux, tournés par du personnel médical, des activistes ou de simples citoyens. Des documents qu'elle a authentifiés puis analysés afin de reconstituer le bombardement. Si cette enquête n'apporte pas de preuves formelles, elle confirme la conviction première de MSF quant à la responsabilité des forces syriennes et russes dans le bombardement de l'hôpital de Maarat Al Numan. En effet, l'observation du décollage d'avions russes et syriens depuis leurs bases respectives est compatible avec l'heure et la localisation des frappes. Par ailleurs, l'analyse de la vidéo d'un des avions montre une ressemblance avec les MiG-23, utilisés en Syrie exclusivement par l'armée syrienne. Enfin, cette enquête confirme la pratique du double /triple tap, c'est-à-dire la répétition de bombardements à un même endroit, à intervalle de temps rapproché, illustrant bien l'acharnement à l'œuvre en Syrie contre les civils et les organisations de secours.

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