15 Février 2017

Mali: Affrontrements intercommunautairs dans le Macina - Le pays entre plusieurs feux

Photo: Rfi
Mali

Thanatos a-t-il élu domicile au Mali? Cette question mérite bien d'être posée, tant ce pays peine à retrouver la paix qui le caractérisait autrefois. Car, quand ce ne sont pas des bombes de djihadistes qui pleuvent sur les populations surtout du Nord, ce sont des mines qui sèment la désolation dans les rangs des forces de maintien de la paix ou alors, ce sont des groupes ethniques qui s'affrontent.

En effet, rien que le week-end dernier, on a assisté à des heurts entre Bambara et Peuls près de Ké-Macina, laissant sur le carreau plus d'une dizaine de cadavres.

Et ces affrontements meurtriers sont loin d'être nouveaux. On se rappelle que ces deux groupes communautaires s'affrontent régulièrement dans cette partie du territoire malien.

En effet, sur le plan économique, ces deux groupes ethniques évoluent dans deux domaines différents : les Peuls étant en majorité des éleveurs tandis que les Bambara sont des agriculteurs.

Et les petits conflits qui naissent entre eux n'ont généralement pas été gérés comme il se doit par l'administration locale. Toute chose qui crée des frustrations et un sentiment de rejet de l'autre.

Outre cet aspect, il y a un contentieux historique entre ces deux ethnies. Car, faut-il le rappeler, ce sont les Peuls qui ont mis fin au royaume bambara de Kaarta en 1854, avec le redoutable combattant El Hadj Oumar Tall.

Ce dernier, non content d'avoir défait le roi Mamady Kandian à Nioro, a mis fin à ses jours. Et depuis lors, les descendants de ce roi nourrissent le secret espoir de prendre leur revanche.

Si fait que les petits problèmes que l'on pouvait résoudre sous l'arbre à palabres, se transforment en de véritables rixes. Mais, il serait léger d'ignorer l'action dévastatrice des politiques.

Qu'on ne s'y trompe pas, la création à la pelle de mouvements armés peuls au Mali, est bien l'œuvre d'hommes politiques. Or, ces mouvements qui rivalisent d'atrocités avec d'autres groupes terroristes, ne peuvent pas favoriser le vivre-ensemble.

D'ailleurs, la stigmatisation que dénoncent les Peuls au Mali, n'est que le résultat de la prolifération de ces mouvements armés. Mais, tout cela n'est que la conséquence directe de l'incapacité de l'Etat malien à prendre ses responsabilités.

Le problème entre Bambara et Peuls pourrait se transformer en un véritable incendie

Car, si l'Etat malien n'était pas défaillant, on n'en serait certainement pas là. Si des Peuls ont eu besoin de s'armer pour défendre leur cause, c'est que l'Etat a démissionné en la matière. Et il n'y a qu'à voir la multiplicité des foyers de tensions sur le sol malien pour s'en convaincre. Faut-il donc désespérer du Mali?

On est tenté de répondre par l'affirmative ; étant donné que le pays est entre plusieurs feux. Et l'on se demande comment il va s'y prendre pour venir à bout des flammes qui consument le Nord et éteindre le feu qui couve, sinon qui brûle la case bambara-peul.

Si les autorités maliennes tiennent à avoir un Mali uni et indivisible comme l'a toujours clamé à cor et à cri le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), elles n'ont pas d'autre choix que d'agir vite.

Car, si l'on n'y prend garde, le problème entre Bambara et Peuls que l'on pourrait, à ce stade, qualifier de braise, pourrait se transformer en un véritable incendie.

Ce problème mérite d'être pris au sérieux, d'autant plus qu'il se pose au Niger, en Guinée Conakry, au Cameroun et au Tchad, pour ne citer que ces pays.

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