16 Février 2017

Cameroun: Catastrophe d'Eséka - Qu'est ce qui coince ?

Suite à la catastrophe ferroviaire du 21 Octobre 2016 survenue à Eséka ayant fait officiellement 79 morts et plus de 550 blessés, le chef de l'Etat a prescrit une enquête visant à déterminer les circonstances de l'accident et d'établir les responsabilités.

Cinq mois après, beaucoup de questions, notamment celles liées aux causes réelles de l'accident, ainsi que celles relevant de la responsabilité des différents acteurs restent sans réponses. Dans un communiqué rendu publique sur son site internet, la société Cam-rail annonce une modification de la composition des trains couchettes, à partir du 11 février 2017 en raison des contraintes techniques.

A cet effet, les trains reliant les villes de Ngaoundéré et Yaoundé offrirons désormais uniquement des places de 2ème classe assises. Les voitures de premières classes des trains 191 et 192 ayant été simplement supprimées sur cette ligne.

Par ailleurs, la composition des trains express 181 et 184 desservant la relation Douala-Yaoundé, les trains omnibus 112 et 113 assurant la relation Belabo-Ngaoundéré et les trains 170 couvrant Mbanga-Kumba reste maintenue.

La suppression des wagons de premières classes résulterait de la mise hors service d'une vingtaine de voitures de fabrication chinoise acquises entre 2015 et 2016 par le Gouvernement Camerounais.

Ces voitures seraient lourdement incriminées dans les causes du drame d'Eséka. En effet, le Vendredi 21 Octobre 2016, tout est parti de la rupture d'un pont vers 1 heure du matin sur l'axe Yaoundé-Douala au lieu-dit Manyaï, dans l'Arrondissement de Matomb.

Les deux plus grandes métropoles du Cameroun étant coupées par voie terrestre, les voyageurs ont pris d'assaut la gare-voyageurs de Yaoundé. Un trop plein qui a contraint le transporteur ferroviaire à un rajout de wagons pour satisfaire le surplus de passagers. Ce sont environ 1 300 personnes qui ont été transportées à bord du train.

Quelques heures avant le drame, les réseaux sociaux annoncent le déraillement d'un train Camrail. Cette information est immédiatement démentie par le Ministre des Transports, Égard Mebe Ngo'o au cours du journal parlé de 13h sur la Crtv. Juste après, vers 13h15, Camrail annonce sur son site qu'un déraillement vient de se produire à Eséka.

Il s'agit, d'après la page de garde de la société du train Inter City N° 152 parti de Yaoundé pour Douala. Le train qui a quitté le terminus autour de 11 heures n'arrivera jamais à destination.

Le dernier bilan officiel connu à ce jour fait état de 79 morts et près de 550 blessés dont la plupart est immédiatement pris en charge. Mais, que s'est-il réellement passé?

La question est sur toutes les lèvres. Absent du pays, le Chef de l'Etat réagit immédiatement en adressant un message de condoléance aux familles éprouvées. Le 22 octobre, un décret instituant une journée de deuil national est signée.

Le 24 Octobre, cette Journée de deuil National est respectée avec des manifestations observées sur toute l'étendue du Territoire National.

Le Groupe Bolloré, actionnaire à 77,9% de Camrail (contre 13,5% pour Total et 3,8% pour le groupe forestier Thanry) n'hesite pas à faire déplacerpour le Cameroun ces plus hauts responsables au rang des quels Eric Mellet, Directeur de Bolloré Rails Ways, et Phillipe Labonne, Directeur des infrastructures pour apporter une assistance rapide aux victimes et renforcer les actions de la cellule de crise locale. Pour le Groupe, les causes de l' accident résulteraient d' un excès de vitesse.

Cependant, si dans l'ensemble, l'assistance aux victimes a été éffective, le Groupe Bolloré gagnerait davantage à mieux coordonner ses activités au Cameroun, de façon à éviter tout chevauchement dans sa chaine de prise de décision.

Le 25 Octobre 2016, le Chef de l'Etat met sur pied une Commission d'enquête présidée par le Premier Ministre Philémon Yang.

Sa mission, déterminer les causes de l'accident ferroviaire, établir les responsabilités, évaluer la gestion de cette catastrophe et l'assistance aux victimes, faire des propositions sur les mesures visant à limiter les risques de survenance d'une «telle catastrophe à l'avenir».

Cette Commission disposait de 30 jours à compter de la date de signature du Décret pour remettre son rapport au Président de la République. le 7 Novembre 2016, une indemnisation de 2.300 euros est accordée aux victimes.

Le Groupe Français, propriétaire à plus de 75% de Camrail communiquera que «cette enveloppe de 1 500 000 FCFA par victime n'est pas une indemnisation pour préjudice mais une prise en charge des frais d'obsèques des passagers ayant perdu la vie dans ce terrible accident ».

Le 31 décembre 2016, dans son discours à la Nation, le Chef de l'Etat, s'exprimant au sujet du drame d' Eséka avait indiqué : " l'enquête approfondie que j'ai prescrite dira la vérité. J'en tirerai les conséquences, je m'y suis engagé.

" Pour le moment, aucune prorogation du temps imparti aux investigations de la Commission n'a été rendue publique et les résultats de cette dernière restent toujours attendus par le public et les familles des victimes.

Le tribunal à travers la Cour d' Appel du Centre a lui aussi commandé une enquête judiciaire. Pour l'heure, les Wagons incriminés sont toujours sous scelles et attendent certainement une expertise plus pointue devant apporter des réponses aux enquêteurs de la Police et de la Gendarmerie.

Plusieurs autres enquêtes ont aussi été commandées par des particuliers dont la plupart sont des anciens cheminots ayant eux des démellés avec Cam-rail. Leurs résultats de ces enquêtes dont ils sont les seuls à répondre circulent dans certains médias et sur les réseaux sociaux. D'où la question de savoir à qui profite la divulgation de ces informations?

Les familles de victimes qui pour beaucoup portent encore le Deuil n'aimeraient-elles pas savoir ce qui s'est réellement passé pour qu' on en arrive là? L'enquête approfondie prescrite par le Chef de l'Etat permettra t-elle au Gouvernement de tirer les conséquences?

Une guerre juridique ouverte!

Après la catastrophe, qui a fait 79 morts et au moins 550 blessés, le Syndicat professionnel des conducteurs de train du Cameroun, le Comité de libération des prisonniers politiques (CL2P), une organisation d'opposition basée en France, et le Groupe de solidarité aux victimes du 21 Octobre à Eséka avaient déposé une plainte devant le Parquet de Nanterre, mettant notamment en cause Camrail, filiale camerounaise du Groupe Bolloré.

Le 10 Février dernier, en l'absence de victime française de son ressort territorial, le Parquet de Nanterre s'est simplement déclaré «incompétent» pour mener l'enquête sur ce drame, a indiqué l'AFP.

Néanmoins, d'autres plaintes sont en cours. Pour l' instant, le peuple attend que des mésures visant à améliorer le système de transport lui soit proposé, et que l' assistance aux familles des victimes soit continuelle.

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