16 Février 2017

Gambie: Nomination de ministres et retour du pays au sein de la CPI - Petit à petit, Barrow imprime sa marque

analyse

Le président gambien, Adama Barrow vient de nommer un ministre de la Justice, en la personne de Hassane Boubacar Jallow. Certes, le gouvernement n'est pas encore au grand complet, mais le nouveau président se donne certainement le temps de trouver des « oiseaux rares » ou à tout le moins, les Gambiens les plus à même de travailler efficacement à ses côtés, à donner un nouveau souffle au pays.

Et comme on ne le sait que trop bien, après un long règne comme celui de Yahya Jammeh, dans un petit pays du point de vue de la taille de sa population, il n'est pas aisé de trouver des gens neufs. Barrow va devoir donc composer avec des gens qui ont plus ou moins servi sous le règne de son prédécesseur.

Le plus important serait de mettre la main sur ceux d'entre eux qui ont les compétences nécessaires et les mains encore suffisamment « propres » pour pétrir la pâte de la reconstruction de la démocratie et de l'Etat de droit.

Le combat ne devrait pas être de soustraire des gens à la Justice

En tout cas, ce nouveau régime qui entend opérer une rupture avec certaines choses qui avaient cours sous le régime précédent, a besoin de cadres bien engagés.

En effet, le retour annoncé de la Gambie au sein du Commonwealth, l'annulation de la procédure de retrait du pays de la Cour pénale internationale (CPI), sont entre autres, des mesures phares qui ont besoin de gens convaincus pour être conduites avec efficience.

Certes, la question de la CPI est encore l'objet de débats au sein de l'Union africaine (UA) dont des membres réclament le retrait. Bien entendu, la CPI a des insuffisances tant dans ses textes que dans ses pratiques.

Mais, sa nécessité comme instrument de répression des crimes les plus graves et de dissuasion, n'est plus à démontrer.

D'ailleurs, le procès que lui font bien des gens pêche quelque peu en ce sens que cette juridiction internationale n'est qu'une justice supplétive. Elle n'intervient que si les juridictions internes se montrent défaillantes en matière de répression des crimes relevant de sa compétence.

Il appartient donc aux pays africains d'œuvrer à rendre leurs juridictions à la hauteur de leurs missions. Mieux, la Cour africaine de justice et des droits de l'Homme ne devrait pas continuer à être cette sorte de coquille vide. C'est cela aussi qui met les présumés criminels africains dans la ligne de mire de la CPI.

Cela dit, il est évident que le fait que des individus d'autres continents, accusés d'avoir commis des crimes de masse ne soient pas poursuivis de la même manière alors que les juridictions de leurs pays respectifs ne font rien dans ce sens également, est à déplorer.

Mais, cela ne doit pas empêcher les Africains de combattre l'impunité, de promouvoir les institutions qui protègent et défendent les droits de l'Homme. Car il est indécent de réclamer l'impunité sous prétexte qu'ailleurs, il y en a qui en bénéficient.

Il faut au contraire saluer les poursuites engagées contre ceux sur qui pèsent des soupçons graves de crimes et exiger que ces poursuites s'étendent à tous ceux qui sont accusés d'avoir commis des crimes.

En d'autres termes, le combat ne devrait pas être de soustraire des gens à la Justice, mais d'y amener tous ceux qui doivent répondre des faits à eux reprochés, sans exception possible. Il est vrai que ce combat n'est pas gagné d'avance, mais il vaut la peine d'être mené, si on veut vraiment d'un monde juste.

Les chefs d'Etat africains doivent œuvrer à rendre opérationnelle la Cour africaine de Justice

D'ailleurs, on se rend compte que très souvent, ce sont les dirigeants qui ont des choses à se reprocher qui sont vent debout contre la CPI.

A preuve, quand un président comme Pierre Nkurunziza du Burundi peint en noir la CPI, c'est moins parce que cette Cour merde que parce que lui-même sait que ses actes sont de nature à l'y conduire.

Face aux crimes graves dont se délectent les dictateurs qui pullulent en Afrique, la CPI constitue une bouée de sauvetage pour les populations martyrisées. Surtout que les juridictions internes des Etats sont aux ordres.

Ceux qui veulent quitter la CPI devraient donc prouver leur bonne foi en mettant en place des juridictions internes indépendantes et crédibles à bien des égards. De plus, les chefs d'Etat africains doivent œuvrer à rendre opérationnelle la Cour africaine de Justice et des droits de l'Homme.

Avec cette décision de la Gambie d'annuler le processus de son retrait de la CPI, l'effet boule de neige souhaité par des satrapes du continent, s'estompe. L'idée de retrait massif qu'on craignait a ainsi pris du plomb dans l'aile. Fatou Bensouda doit se frotter les mains à l'annonce de cette décision de Barrow.

En effet, on imagine tout le malaise de la Procureure de la CPI quand son pays d'origine avait annoncé sa décision de quitter cette Cour. A présent, elle peut pousser un ouf de soulagement et se consacrer avec un peu plus de sérénité à son travail.

Quant aux nouvelles autorités gambiennes, cette décision est, avec celle de réintégrer le Commonwealth, pour elles, un moyen d'engranger des dividendes au plan diplomatique et probablement de l'aide financière.

Ces décisions réconcilient la Gambie avec bien de ses partenaires. Du reste, elles sont la preuve que petit à petit, Barrow imprime sa marque. Ce qui est de nature à rassurer les Gambiens et la communauté internationale.

Gambie

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