17 Février 2017

Afrique Centrale: L'affaire Daoussa Deby

Après avoir écrit au Minadt pour comprendre les raisons du refoulement à l'aéroport de Douala de leur client, les conseils camerounais du grand frère du président tchadien organisent la riposte judiciaire.

L'affaire qui agite actuellement le sérail camerounais est passée presque inaperçue. Deux semaines après, elle pourrait rebondir sur le terrain judiciaire. Les conseils camerounais de Daoussa Deby Itno, Me Arthur Djoumessi et Me Martin Tangunu Ghogomu envisagent très sérieusement de saisir les juridictions camerounaises pour dire le droit. Car selon eux, en agissant hors du cadre légal, les autorités camerounaises ont ainsi porté « atteinte aux libertés individuelles » consacrées par la Cémac notamment l'article 1er de l'Acte additionnel du 14 juin 2013 qui dispose que « la circulation des ressortissants des Etats-membres de la Cemac est libre sur l'ensemble de l'espace communautaire à partir du 1er janvier 2014, sous réserve de la présentation d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport délivré par une Etatmembre et en cours de validité. »

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter au 30 janvier dernier. Ce jour là, le passager Daoussa Déby Itno, en provenance de N'Djaména à bord du vol Air Côte d'Ivoire HF 811, est refoulé par le commissaire de police de l'aéroport international de Douala dit-il, « sur hautes instructions de [sa] hiérarchie ». Aucune information ne sera donnée au concerné sur les raisons de cette mesure. Jusqu'au moment où nous allions sous presses, les autorités camerounaises - dont le Minadt- saisies par ses avocats pour apporter des clarifications sur les raisons officielles de ce refoulement de leur client n'avaient toujours pas réagi.

Selon la relation des faits de ses avocats, « notre client a été contraint d'embarquer immédiatement dans le même avion qui venait de le débarquer, son passeport confisqué par les autorités ne lui ayant été restitué qu'à bord de l'avion à la suite de multiples réclamations. Pris de panique et plongé dans l'étourderie totale du fait de cet incident incompréhensible, inexplicable et sans précédent, ce n'est qu'à destination qu'il notera que son passeport n'a pas été estampillé par les autorités compétentes et davantage qu'un document semblable à un tract tenant lieu d'attestation de refoulement a été inséré dans son passeport alors qu'une valise contenant tous ses effets personnels ainsi que des médicaments sensibles n'a pas été affrété à bord de l'avion ».

Ce qui tient lieu d'attestation de refoulement que Le Messager a pu consulter-en une feuille de papier forma A4 sans aucun sceau ni signatureindique simplement : « HF 811 du 30/01/17, le passager M. Deby Daoussa refoulé au départ de Douala par les autorités policières. Destination finale N'Djaména. »

Persona non grata

Si le refoulement dans un aéroport est une chose banale, la personnalité de Daoussa Deby Itno incline à penser que les dessous de cette affaire pourraient avoir des ramifications insoupçonnées. Outre le fait qu'il s'agit du frère ainé du président tchadien -en Afrique, nul ne peut dénier l'influence des relations parentales des hommes de pouvoir l'homme est une ancienne haute personnalité de son pays. Il a notamment été ambassadeur et ministre. Bien plus, Daoussa Deby Itno est aujourd'hui un homme d'affaires prospère.

Il est le promoteur de la Société nouvelle d'études et de réalisations (Sner), attributaire du marché de construction de la route Maroua-Bogo d'un montant de plus de 16 milliards Fcfa. Selon les informations glanées auprès de son entourage, c'est dans le cadre de la réalisation de ce marché qu'il se rendait au Cameroun. Que s'est-il donc passé pour qu'il soit jugé persona non grata par les autorités camerounaises ?

Malgré nos multiples démarches, Le Messager n'a pu obtenir aucune information officielle sur le sujet. Un mutisme qui ouvre la voie à de simples conjectures que la saisine annoncée de la justice par ses avocats permettra peut-être de balayer. Car, argumentent-ils, il est évident que leur client a subi une humiliation inacceptable et une violation de ses droits, notamment sa liberté d'aller et venir et revendique un préjudice financier, matériel et moral... Affaire à suivre donc.

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