2 Février 2017

Afrique: Reconstruire les systèmes de santé dans l'ombre d'Ébola

Les messages peints sur les murs pour mettre en garde contre le virus Ébola s'estompent peu à peu tandis que la vie reprend lentement un cours normal en Sierra Leone, mais les cicatrices et le chagrin de Princess Koroma sont toujours vivaces. Devenue presque aveugle et souffrant de douleurs articulaires, Princess a perdu 21 membres de sa famille, dont son mari et ses deux fils, à cause de l'épidémie. Mais tout comme son pays, elle est bien déterminée à se reconstruire et à aller de l'avant. « Je survis », raconte cette femme de 37 ans. « Je ne suis pas seule. »

Pays à faible revenu, la Sierra Leone se remettait des conséquences d'une guerre civile lorsque l'épidémie d'Ébola a éclaté en 2014. La maladie a décimé des communautés entières et dévasté les infrastructures de santé déjà fragiles du pays.

L'épidémie d'Ébola en Afrique de l'Ouest a jeté une lumière crue sur l'importance de systèmes de santé solides pour faire face aux situations d'urgence et pour améliorer la sécurité sanitaire mondiale en prévenant les flambées épidémiques à venir. Les pays disposant de systèmes de santé plus solides, comme le Nigeria ou le Sénégal, sont rapidement parvenus à contenir l'épidémie.

En revanche, dans des pays comme la Guinée, le Libéria ou la Sierra Leone, la combinaison de plusieurs facteurs défavorables - fragilité des services de santé, pénurie de professionnels dans ce secteur, insuffisance du réseau routier et taux d'analphabétisme élevé - a empêché d'apporter une réponse adéquate à une crise qui a causé la mort de 11 300 personnes. Les services de santé de base, notamment les services de traitement et de prévention du VIH, de la tuberculose et du paludisme, se sont retrouvés à l'arrêt.

La vitesse de propagation et la virulence de l'épidémie d'Ébola ont également effrayé le monde entier. Après avoir traversé cette crise, la Sierra Leone espère pouvoir s'appuyer sur l'expérience acquise pour empêcher une nouvelle flambée épidémique en reconstruisant et en renforçant ses systèmes de santé.

Le Fonds mondial et d'autres partenaires ont uni leurs forces pour aider la Sierra Leone à former des agents de santé, à améliorer le dépistage et les chaînes d'approvisionnement, et à sensibiliser davantage la population par un travail au niveau communautaire.

Un an après la fin déclarée de l'épidémie en Sierra Leone, le tissu social du pays est désormais en voie de cicatrisation. On se serre à nouveau la main, les étals des marchés débordent de fruits et de légumes, les écoles ont rouvert et la musique résonne dans les rues, dans les villages et sur les vastes plages du pays.

« L'épidémie d'Ébola nous a ouvert les yeux », indique le Dr Lynda Foray, responsable du Programme national de lutte contre la lèpre et la tuberculose.

« Nous n'avions pas l'habitude de nous laver les mains en Sierra Leone. Il y a maintenant des désinfectants pour les mains dans tous les centres de santé, et les gens ont une meilleure connaissance des différents modes de propagation des maladies. De petites choses peuvent faire une grande différence. »

Selon le Dr Foray, les autres améliorations mises en place pendant la riposte à l'épidémie d'Ébola, comme le renforcement des capacités des laboratoires, aideront à empêcher la propagation des maladies à l'avenir. Alors que le nombre de cas d'Ébola augmentait, le personnel de son laboratoire central de santé publique situé à Lakka a reçu une formation intensive sur des techniques de diagnostic et de dépistage en laboratoire, ainsi que sur des technologies de pointe. Ces compétences et ces machines ont été mises à contribution pour lutter contre la tuberculose et le VIH et pour renforcer la prise en charge des cas de coïnfection par ces deux maladies.

Le Fonds mondial accorde une attention particulière à la manière d'investir dans des contextes d'intervention difficiles comme la Sierra Leone, c'est-à-dire dans des pays ou des régions exposés aux flambées épidémiques, aux catastrophes naturelles, aux conflits armés et/ou à une gouvernance fragile. Dispenser des soins pendant une épidémie d'Ébola nécessite d'adopter une démarche souple et d'établir des partenariats solides sur le terrain. Au plus fort de la crise, le Fonds mondial a mobilisé des fonds d'urgence pour financer l'administration massive de traitements antipaludiques en Sierra Leone.

Ces efforts, menés en partenariat avec l'OMS et l'UNICEF, ont permis de toucher 2,5 millions de personnes, soit 95 pour cent des ménages ciblés. Comme le paludisme et Ébola ont de nombreux symptômes en commun, le fait de faire baisser le nombre de consultations hospitalières par des personnes venues chercher un traitement antipaludique a permis au personnel de santé de se concentrer sur les cas d'Ébola et a contribué à diminuer le nombre de personnes exposées au virus. Cette action a également contribué à restaurer la confiance de la collectivité dans le secteur de la santé, une confiance mise à mal par une désinformation et des idées reçues sur le virus Ébola.

Entre 2016 et 2018, le Fonds mondial va investir 103 millions de dollars dans le renforcement des systèmes de santé et la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme en Sierra Leone. Les crédits du Fonds mondial représentent 80 pour cent du financement consacré à la lutte contre les trois maladies dans le pays.

Avec ses investissements, le Fonds mondial entend, d'une part, pratiquement doubler le nombre de personnes vivant avec le VIH sous traitement antirétroviral et couvrir ainsi 46 pour cent des besoins, et d'autre part, réduire le nombre des nouvelles infections en favorisant les activités de prévention parmi les professionnelles du sexe et les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes, deux communautés touchées de manière disproportionnée par le VIH et le sida.

Les investissements du Fonds mondial vont également aider la Sierra Leone à produire des données plus fiables, à mettre en place des systèmes de surveillance plus solides, et à mieux déployer et former ses 15 000 agents de santé communautaires. La Sierra Leone a le taux de mortalité maternelle le plus élevé au monde et l'un des taux de mortalité juvénile parmi les plus élevés. Des systèmes de surveillance plus efficaces permettront de détecter plus rapidement l'apparition des futures épidémies, tandis que les agents de santé communautaires dispenseront des services essentiels aux enfants et aux femmes enceintes.

Avant l'épidémie d'Ébola, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ne comptaient qu'un à deux médecins pour près de 100 000 habitants, un taux parmi les plus bas au monde.

Un renforcement des capacités des services de santé est indispensable. Avant l'épidémie d'Ébola, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ne comptaient qu'un à deux médecins pour près de 100 000 habitants, un taux parmi les plus bas au monde. Par comparaison, le rapport est de 350 médecins pour 100 000 habitants dans l'Union européenne. Le personnel médical déjà limité en Sierra Leone a vu ses effectifs baisser encore davantage du fait du nombre élevé de professionnels touchés par l'épidémie. Ce sont en effet plus de 221 professionnels de santé - médecins, personnel infirmier, sages-femmes - qui sont morts en soignant des patients atteints d'Ébola.

Sur les murs des hôpitaux et des dispensaires de Sierra Leone s'affichent des hommages improvisés aux « héros tombés en service » - beaucoup montrant des médecins et des membres du personnel infirmier souriants dans leurs blouses aux couleurs vives bleues ou vertes - accompagnés de messages écrits à la main tels que « Disparus, mais pas oubliés » ou « Angie, nous t'aimons tous. Que ton âme repose en paix ».

En Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, on estime que 10 600 personnes sont mortes du VIH, de la tuberculose ou du paludisme pendant l'épidémie d'Ébola, à cause des restrictions d'accès aux services de santé.

Le Fonds mondial va investir 1,5 million de dollars en Sierra Leone pour y introduire des traitements contre la tuberculose multirésistante - une nouvelle menace sanitaire qui, si elle venait à s'étendre, ne ferait que renchérir et compliquer la lutte contre la maladie.

« De nombreux patients ont cessé de venir à la clinique ou ont interrompu leur traitement, augmentant ainsi le risque de développer une tuberculose multirésistante », indique Senesie Margao, qui dirige le service de pneumologie à l'Hôpital Connaughty de Freetown. « Des membre du personnel infirmier sont allés jusque chez eux pour les persuader de revenir et éviter qu'ils ne développent une résistance. »

Alors que la vie reprend son cours, les murs couverts d'inscriptions comme « Ebola e du so » (« Ébola, ça suffit ») semblent faire partie du passé. La Sierra Leone doit toutefois faire face à d'immenses défis.

Dans les zones rurales, la plupart des postes de santé manquent d'eau courante et d'électricité. Lorsqu'elles veulent consulter pour des problèmes de paludisme ou de diarrhée, les femmes doivent marcher pendant des heures à travers la brousse avec leur bébé sur le dos. Les experts en santé publique affirment qu'en 2014, au moment où l'épidémie d'Ébola captait toute l'attention de la communauté internationale, le paludisme a tué sans bruit deux fois plus de personnes qu'Ébola en Sierra Leone. La Banque mondiale a par ailleurs estimé que l'impact global de l'épidémie d'Ébola en Sierra Leone s'élevait à 1,9 milliard de dollars, un lourd tribut pour un pays classé huitième parmi les pays les moins avancés dans le monde.

« Personne ne s'attendait à ce que l'épidémie d'Ébola nous accable à ce point », indique Brima Kargbo, Chef des services médicaux de la Sierra Leone. « Mais cette épidémie a été pour nous l'occasion de bâtir un système de santé complet et solide. »

Les survivants comme Princess montrent la voie à suivre. Après son séjour à l'hôpital, elle a dû lutter pour s'en sortir, mais elle suit actuellement une formation de reconversion dans le cadre d'un programme financé par le Fonds mondial. Ce programme, qui dispense des services de prévention du VIH, lui a redonné le sentiment d'un but à atteindre. « Ils veulent que je devienne une responsable », dit-elle avec fierté.

Banner: Simon Davis/DFID Other photos: The Global Fund/Nana Kofi Acquah.

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