21 Février 2017

Afrique de l'Ouest: Sénégambia - Yes, we are ready !

billet

Le Président Barrow de la République sœur de Gambie a prêté serment deux fois. De mémoire d'homme, il est très difficile de se rappeler, dans l'histoire, une situation similaire en Afrique ou ailleurs. Il semblerait donc y avoir redondance. On s'attendait bien sur à ce que le nouveau Président et son peuple communient de manière plus directe, chaleureuse et faste que lors de la cérémonie qui s'était déroulée dans les locaux plutôt exigus pour l'occasion de l'Ambassade de Gambie au Sénégal.

Il ne faut certes pas nier la valeur de cette première prestation de serment, le périmètre de l'Ambassade relevant de la souveraineté gambienne au nom même de l'extra-territorialité mais, s'en arrêter à cette cérémonie sans grand relief, pour faire plus sobre ou sous prétexte d'urgences économiques et politiques commandant de se mettre au travail tout de suite, aurait été une grosse erreur et la liesse du peuple gambien Samedi dernier l'a amplement démontré. Entouré de certains de ses pairs de la sous-région ouest africaine et d'autres dignitaires locaux et étrangers dans un stade plein comme un œuf, le Président Barrow a donc prononcé la formule consacrée "I, Adama Barrow, ..... swear....... So Help me God".

Il semble que c'est à ce moment seulement que le peuple a senti avec un soupir de soulagement que celui qui conduira désormais son destin n'est plus Yayah Junkung Jammeh mais plutôt Adama Barrow, le bien nommé car "barrow" en anglais c'est aussi une brouette, celle-là même qui a vidé Jammeh dans la poubelle de l'histoire parce que lorsque le peuple a décidé (Gambia Has Decided - le slogan que l'on voyait partout sur des T-shirts Samedi au stade de Banjul), le plus grand des Césars devrait courber l'échine et restituer à ce même peuple ce qu'il n'avait fait que lui prêter pour un temps.

Nous l'avons dit ou écrit il y a quelques semaines, et si Babili Mansah (dompteur de fleuves ou de flaques d'eau, c'est selon) avait lu Chinua Achebe (dans son roman Arrow of God) ou William Shakespeare dans sa pièce tragique Richard II, il aurait fini de se convaincre que tout roi qu'il se croyait être, il n'était ni plus ni moins qu'un citoyen, un être humain dans toute sa finitude:

Whatever I be Nor I norany man but man is,

With nothing to be pleased Till he be eased with being no thing (Shakespeare: Richard II)

(Traduction libre de l'auteur: Quoi que je puisse être/ moi-même ou tout autre homme devons nous convaincre que nous ne sommes que des hommes/qui ne trouverons pleine satisfaction que lorsque nous ne serons plus rien)

En ce Samedi 18 Février donc, les forces de défense et de sécurité gambiennes ont fait allégeance au nouveau Chef sous le regard approbateur et témoin du peuple. Dans le même temps où les Scottish Guard bag pipes (cornemuses écossaises) ont accompagné le pas de l'oie des troupes rappelant que Gambie et Sénégal existent séparés du fait de la colonisation britannique et de celle française, en ce même moment donc, la fanfare gambienne a aussi entonné "Ade, ade, ceka laya ngaambe, ngoor kenaangagimaa....." célèbre chanson serer venue du Sine Saloum mais aussi la belle sérénade "Yeela Yaayo Ngay Rombe Cumbe, Kaay Niu Beugente Tey Wece Xalaat...." rendue célèbre et inoubliable par la belle voix de NdiagaMbaye. Double appartenance, double identité qu'ont peut-être voulu minimiser les deux présidents Sall et Barrow, le Sénégalais s'essayant avec beaucoup de bonheur à l'anglais pour saluer "my gambian brothers and sisters" et le Gambien troquant le Wolof à l'anglais pour, en une autre occasion, s'adresser directement aux Sénégambiens sans l'intermédiation d'un traducteur.

Samedi à Banjul, le Sénégal y était et aux premières loges.

Outre l'imposante Mercedes avec la plaque PR mise de bonne grâce mais aussi discrètement à la disposition du Président gambien, la présence discrète mais efficace du Sénégal dans ce processus de rétablissement de la normalité constitutionnelle et institutionnelle a été constante. Sous le couvert de la CEDEAO, les équipements lourds et légers de l'armée sénégalaise avaient, il y a juste quelques semaines, quitté Dakar en passant par Fatick, Kaolack, Passy, Sokone, Toubacouta et Karang pour prendre le bac de Bara et se positionner dans la capitale Gambienne et alentours. En outre, notre pays a été l'invité d'honneur fortement ovationné par le peuple souverain - mais aussi reconnaissant - de Gambie.

Par ailleurs, ce ne sont pas seulement les intermédiations de certains de ses "amis" et collègues présidents de la sous-région qui ont arraché au Président Cheikh Professor Doctor Jammeh la décision de quitter le pays. Ce sont surtout les rase-mottes assourdissants d'un certain aéronef de l'armée de l'air sénégalaise au-dessus de State House qui ont planté la peur chez le fils de Kanilai qui, à sa question "les soldats sont là?" s'est vu répondre "Yes, Mr President, the Ecowastroops are here". Et à l'autre question nerveuse "where exactly ? (où exactement?)" s'est entendu dire: "everywhere Mr President, right, left, south, north, east and west - partout Mr le Président, à gauche, à droite, au nord, au sud, à l'est, à l'ouest". Rétablissons donc les faits: sans vouloir être va-t-en guerre, c'est véritablement le Senegal avec ses initiatives intelligentes qui a planté la frousse et la peur panique chez Jammeh l'obligeant ainsi à arrêter ses eternels louvoiements et tergiversations et à partir.

Que l'on se comprenne bien. Il ne s'est pas agi pour le Sénégal de jouer au Big Brother (rappelez-vous le célèbre roman de l'auteur britannique George Orwell: 1984). Du reste, ce ne sera jamais le rôle de ce pays avec la Gambie. Une certaine histoire commune qui a commencé depuis les années 60 est là pour en convaincre les plus méfiants.

Avec cet épisode admirablement conduit et bouclé par les nouvelles autorités gambiennes efficacement accompagnées par leurs frères et sœurs de la CEDEAO et du Sénégal en particulier, les voies sont donc balisées pour une Sénégambie plus performante et plus lisse que l'érection du pont de la Sénégambie (Senegambia Bridge) devra concrétiser et symboliser dans le même temps. Le Président Barrow en a pris l'engagement et l'a répété souventes fois au cours de ces dernières semaines comme un leitmotiv. Le Sénégal lui est déjà prêt depuis fort longtemps. Il est a espérer - et le nouvel environnement l'autorise - que d'autres initiatives communes lieront les deux peuples comme un cordon ombilical pour davantage féconder leurs efforts conjugués vers un développement concerte, harmonieux et radieux.

Sénégal

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