9 Mars 2017

Afrique: 1er Forum des Panafricaines - Le «bébé» est né avec des dents

Les femmes étaient aussi à l'honneur à Marrakech le mercredi 8 mars 2017 en faveur du premier forum des journalistes en Afrique dénommé « les Panafricaines 2017 ». Entre allocutions, témoignages, plaidoyers et travaux de groupes, la rencontre qui s'est étalée toute la journée a accouché de résolutions fortes devant permettre aux femmes journalistes du continent de se professionnaliser davantage pour s'affirmer et participer au développement.

Alors que le roi Mohammed VI était absent (en visite sur les bords de la lagune Ebrié), une centaine de femmes, venues de divers horizons, ont pris d'assaut son royaume depuis le 5 mars. La cause est noble. Une invitation confraternelle du groupe de presse 2M, en l'occurrence, sa radio. Cette rencontre a permis aux journalistes (120 environ) de 24 pays d'un même continent, ayant en partage la langue française, de se retrouver en l'espace d'une semaine pour des échanges on ne peut plus enrichissants. Ce fut en effet un véritable rendez-vous du donner et du recevoir de différentes nationalités.

Entre visites de sites touristiques, rencontres avec des personnalités influentes du pays et partage d'expériences, les invités ont sillonné les villes de Casablanca, de Rabat et Marrakech. C'est cette dernière cité qui a d'ailleurs abrité les travaux du forum le mercredi 8 mars 2017 dans la salle royale du palais des congrès de l'hôtel Movenpick Mansour Eddahbi. Le groupe 2M, à travers sa Radio 2M, initiateur de l'événement, a, à l'occasion mis les petits plats dans les grands pour un bon déroulement des activités. Pour la responsable antenne et Rédactrice en chef de radio 2M, Fathia Elaouni, c'est un pari fou qui se réalisait avec la tenue effective de cet événement.

A travers son projet, il s'agissait d'offrir un cadre d'échanges et de partage à ses consœurs du continent : « Les journalistes sont sur le terrain avec leurs plumes, devant leur micro ou devant et derrière les caméras, mais ces femmes n'ont jamais eu l'occasion de partager un moment ensemble. C'est de là qu'est venue l'idée de créer les Panafricaines et le mot qui me tenait à cœur est le mot ENSEMBLE ». Sa «complice», Khadija Boujanoui, présidente du Comité Parité et diversité de 2M et co-organisatrice, n'a pas émis de doute quant au changement socioprofessionnel que va opérer ce forum.

«Cette rencontre entre expertes des médias contribuera très certainement à la valorisation du rôle des femmes des sociétés africaines égalitaires et modernes », a-t-elle relevé. Exprimant sa pleine adhésion à l'initiative des femmes, pour le directeur général de 2M, Salim Cheikh, aucun développement ne peut se faire sans la prise en compte de l'autre moitié du ciel. «Les femmes, surtout sur notre continent, sont au cœur de l'émergence socio-économique. Leur rôle en tant que vecteur d'éducation et de modernisation sociétale est indéniable, et ce, quelles que soient les cultures. Défendre leur place dans les sociétés et réussir professionnellement est encore trop souvent un combat à mener contre les mentalités et un statut quo dépassés », a-t-il confié.

Il revient donc aux principales concernées de se battre pour briller au soleil. C'est d'ailleurs le défi qui tenait à cœur les Panafricaines qui ont «ensemble» travaillé ardemment tout au long de la journée pour l'adoption de résolutions fortes à même d'améliorer leurs conditions de vie et de travail. Mais avant, un partage d'expériences qui a consisté en des exposés sur la place des journalistes femmes dans les médias de pays comme le Niger, la Guinée, Madagascar et la Centrafrique, a permis de se rendre compte que les réalités sont les mêmes : moins de présence féminine, des salaires pas honorables, pas de nominations à des postes de responsabilité, une inexploitation de l'expertise féminine...

Que faire ? Les victimes doivent s'imposer si elles veulent prendre la place qui est la leur. Et comme pour leur donner des armes, trois directrices de publication (DP) au Maroc ont bien voulu partager leurs brillantes expériences avec les participantes. Le moins qu'on puisse dire est que les femmes ne manquent pas de qualités, sauf que la réussite dans les médias ne s'obtient pas mais s'arrache. A cet effet, c'est aux femmes de faire d'énormes sacrifices, en commençant par faire la sourde oreille face à certains préjugés pour s'affirmer dans le journalisme. « Lorsque je signais un édito, il arrivait que des gens m'approchent pour demander si c'est vraiment moi qui l'ai écrit ou si mes écrits ne sont pas du goût de certaines personnes, elles ne me présentent plus comme une journaliste mais comme la femme d'un tel ou se réfèrent tout simplement à ma manière de m'habiller pour m'identifier. », a raconté, avec regrets, la plus jeune DP du Maroc, Aicha Akalay qui dirige depuis 2016 l'hebdomadaire «TelQuel».

Des travaux de groupe sur une dizaine de thématiques portant entre autres sur, les préoccupations majeures des femmes journalistes en Afrique ; les médias sont-ils responsables des stéréotypes véhiculés sur l'image de la femme ; l'égalité du genre dans les médias et la nécessité d'un enseignement de journalistes de qualité, ont permis aux Panafricaines de formuler des recommandations à l'endroit de ce premier forum. Une trentaine de résolutions qui ont toutes été prises en compte dans l'élaboration d'un document important qu'est la Charte du réseau des Panafricaines. A travers ce réseau dont les unes et les autres ont voulu pérenne, les femmes du continent ont ainsi exprimé le besoin de mutualiser les forces pour un journalisme plus professionnel au service du développement.

Invité d'honneur à la cérémonie de clôture, le président du Conseil national des droits de l'homme (CNDH), Driss El Yazami, n'a pas manqué de féliciter les organisateurs du forum pour cette initiative fédératrice. Appréciant la qualité des travaux, il a invité les Panafricaines à rester unies pour aller de l'avant, à travers leur Réseau. «Le futur est possible », a-t-il assuré.

Un diner gala autour de la piscine de l'hôtel Movenpick Mansour Addahbi, avec des prestations très enlevées de voix d'or de la musique maghrébine, à l'image de la chanteuse Oumi du Maroc et de la troupe malienne Tartit composée de femmes touaregs de la région de Tombouctou, a permis de clore en toute beauté ce premier forum. Rendez-vous a été pris pour 2018 pour la deuxième édition.

Encadré 1

Quelques recommandations

Garantir la parité des genres et la lutte contre la discrimination dans les organes de presse

Créer un numéro vert international pour les femmes journalistes victimes de harcèlement

Créer un prix des Panafricaines de l'année dans différentes catégories de métier

Mettre des formations et des systèmes de tutorat en management, leadership et prise de parole pour renforcer la capacité à investir des fonctions auxquelles elles n'ont pas accès

Encourager la production et la diffusion dans les médias africains de programmes pour mettre en valeur l'image de la femme et combattre les stéréotypes.

Encadré2

Vus et entendus à Marrekech

325 000 FCFA, salaire minimum de journaliste

Selon une membre du comité de rédaction de la Convention collective des médias marocains, Bahia Amrani, le salaire minimum d'un journaliste est fixé à 5 000 dirhams, soit autour de 325 000FCFA. Mais n'est pas journaliste qui veut. Des conditions telles que la formation dans une école professionnelle et la détention de la carte de presse sont exigées.

La bouleversante vidéo

Il faut dire que 2M a bien sa façon de faire passer le message. En effet pour sensibiliser davantage à la nécessité de prendre en compte les droits des femmes, il a mis en place une petite vidéo qui a été projetée lors du forum. Dans ce film de 2 mn, teint d'humour, des femmes prennent la place des hommes et parlent de leurs envies. Ainsi on y voit, un responsable de société partager avec son collègue sa décision de donner une chance à un jeune homme qui demande un stage dans son entreprise ; ou encore ce petit garçon qui rêve de rencontrer une princesse charmante, belle, riche, ayant une voiture, qui pourra aller travailler pendant que lui s'occupe des enfants. A la demande de l'assistance la vidéo hilarante a été projetée à plusieurs reprises.

Je n'aime pas le 8-Mars

L'une des intervenantes s'est offusquée de la célébration de la Journée internationale de la Femme. Mais qu'est-ce qu'on fête ?, a questionné l'assistante, cette directrice de publication d'un journal marocain, pour qui il n'y a rien à célébrer car de nombreux défis énormes restent encore à relever pour une égalité des genres en Afrique. Consciente que ce n'est pas demain la fin, elle a invité ses sœurs à mettre les festivités de côté pour se pencher sur les vraies questions. « Je n'aime pas le 8-Mars », n'a-t-elle pas cessé de répéter.

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