13 Mars 2017

Burkina Faso/Algérie: Ambassade d'Algérie à Ouagadougou - Parcours du combattant pour un visa

Ainsi donc aucun journaliste burkinabè n'a pu obtenir de visa pour se rendre en Algérie afin de couvrir le match aller comptant pour les 16es de finale de la ligue des Champions CAF entre l'USM Alger et le Rail club du Kadiogo (RCK). Un match que les hommes de Kamou Malo ont d'ailleurs perdu samedi dernier dans la capitale algérienne sur le score de 2 buts à 0. Des buts entrés, semble-t-il, à la 75e et 90e minutes du jeu. Le match retour est prévu le 18 mars prochain à Ouagadougou, où les Faucons devront sortir les grands moyens face à leur public pour une «remuntada».

Mais avant, il convient de revenir sur le parcours du combattant des journalistes qui avaient été dépêchés par leur Rédactions pour faire partie de la mission d'Alger, afin, bien sûr, de pouvoir faire vivre la rencontre aux Burkinabè restés au pays.

Tout a commencé le lundi 6 mars lorsque, par coups de fil, les journalistes sont informés de la signature effective de l'ordre de mission du ministère des Sports et qu'il fallait retirer et présenter aux Affaires étrangères pour le retrait du passeport de service.

Ce fut ainsi fait et la note verbale de la diplomatie burkinabè, indiquant que les intéressés demandent le visa au nom de l'Etat burkinabè, a été délivrée et déposée à l'ambassade d'Algérie à Ouaga.

Toute procédure respectée, on s'attendait à ce que le précieux sésame soit délivré dans l'après-midi du 7 mars pour un départ la nuit du même jour.

Mais, que nenni ! Coup de théâtre : l'on apprend, par un dirigeant du RCK qui venait de récupérer les passeports munis de visas de la délégation de son équipe, que le visa n'est pas accordé aux journalistes.

Le secrétaire général du département des Sports saisi, celui-ci entre en contact avec son collègue du ministère des Affaires étrangères qui téléphone à l'ambassadeur du pays d'Abdelaziz Bouteflika à Ouaga. «Nous attendons une autorisation d'Alger», c'est la réponse donnée par le diplomate de ce pays frère ( ?).

En fait, dit-il, il y a une nouvelle disposition qui exige que tout journaliste étranger désirant se rendre dans ce pays maghrébin soit muni d'une accréditation délivrée par la structure responsable de l'événement qu'il va couvrir.

Et la demande de cette accréditation se fait au minimum trois semaines à l'avance. Stupéfaction ! Une nouvelle disposition qui n'a aucunement été communiquée ni aux demandeurs de visa ni aux autorités burkinabè.

Dans le cas d'espèce, c'est la Fédération algérienne de football qui est censée délivrée cette accréditation. Saisie par le biais de notre représentation diplomatique à Alger, cette structure fera savoir qu'aucune accréditation n'est exigée pour le match entre l'USMA et le RCK.

C'est un match open. Et pendant quatre jours, les victimes de cette situation ont pratiquement fait le pied de grue à la représentation diplomatique, toutes autres activités cessantes bien sûr.

Il faut appliquer le principe de la réciprocité

Vraisemblablement, Alger ne veut pas de journalistes burkinabè sur son territoire. Pourquoi ? Phobie des médias peut-être. Ce ne serait pas étonnant vu que le régime d'Abdelaziz Bouteflika ne fait pas du tout copain-copain avec «ces chiens de garde» de la démocratie.

Le dernier classement sur la liberté de la presse effectué chaque année par Reporters sans frontières ne positionne-t-il pas l'Algérie de Bouteflika au 129e rang mondial sur 180 pays.

Ou peut-être qu'il fallait tenir éloignés toutes ces personnes gênantes qui pourraient être témoins de l'enfer antisportif qui devait être réservé aux Faucons ?

La question mérite d'être posée car n'oublions pas qu'il y a eu des précédents. Il n'y a pas si longtemps que ça (en 2013) les Etalons avaient été littéralement volés lors du dernier match qualificatif de la coupe du monde 2014. On se souvient encore de l'arbitre sénégalais Badara Diatta.

Et même qu'en dehors du terrain, le traitement infligé à la délégation burkinabè n'avait pas du tout été fair-play : bus des joueurs caillassés, ambiance bruyantes à l'hôtel des Etalons pendant toute la nuit précédant le match pour les empêcher de dormir, injures et autres humiliations. Toutes choses que les médias burkinabè avaient dénoncées avec la dernière énergie.

Il est donc fort possible que ce soit là, la rançon de leur professionnalisme qui avait consisté à dire la vérité sur ce qui s'était passé à Blida.

Il est grand pour nous Burkinabè d'apprendre aussi à bander du muscle. Nous avons certes notre réputation de légendaire hospitalier à défendre mais il faut parfois appliquer le principe de la réciprocité. Cette période du garçonnet qui se fait tabasser quand il se rend chez copains et revient pleurnicher dans les jupons de sa maman doit cesser.

Il faut savoir parfois rendre les coups reçus. Là où c'est plus grave même, c'est qu'il s'agissait d'une mission officielle de l'Etat burkinabè, avec une note du ministère des Affaires étrangères du Pays des hommes intègres donnant toute les garanties à l'Etat algérien.

Ça frise l'incident diplomatique. Et le département d'Alpha Barry doit, au moins, exiger des explications à l'ambassadeur d'Algérie à Ouagadougou.

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