14 Mars 2017

Burundi: Olave, transgenre burundais et future députée aux Pays-Bas ?

interview

Olave Basabose est avant tout un transgenre. Se définissant comme une femme, « elle » tient à ce qu'on la traite ainsi. Enfant, elle a fui le Burundi à l'âge de 9 ans. Installée depuis lors aux Pays-Bas, elle s'est investie dans la protection des droits des minorités sexuelles. Actuellement, elle participe aux législatives néerlandaises de ce 15 mars en tant que candidate du parti Artikel 1 (Article 1). Elle se confie sur sa vie et la situation qui prévaut au Burundi.

Qu'est-ce que le parti « Artikel 1 » ? Quelle fonction y occupez-vous ?

Olave Basabose : Artikel 1 est un nouveau parti qui a environ 10 semaines. Nous défendons l'égalité, l'émancipation et la justice sociale pour tous les résidents des Pays-Bas. Artikel 1 est nommé d'après le premier article de la Constitution néerlandaise, qui stipule que toute personne vivant aux Pays-Bas a le droit d'être traitée de manière égale (dans des circonstances égales) et qu'il est interdit de pratiquer une discrimination fondée sur la couleur, la religion, le sexe, etc. Notre objectif est de protéger les individus et communautés dont ce droit à l'égalité est menacé.

En tant que transgenre, vous sentez-vous suffisamment tolérée ?

Mon expérience en tant que personne transgenre noire aux Pays-Bas a été problématique. C'est en partie une des raisons qui font que l'activisme politique soit très important pour moi. Les Pays-Bas sont convaincus qu'ils ont atteints l'acceptation totale des personnes LGBTQIA (Lesbian, Gay, Bisexual, Transsexual, Queer, Intersex, Asexual), ce qui est en partie faux et entraîne une sorte de stagnation. Il est alors devenu très difficile de créer réellement des politiques émancipatrices pour ces minorités sexuelles, afin d'améliorer leurs vies. Ma participation à la politique est inspirée par le désir de ne plus être passif et d'accepter la pensée commune qui veut me faire croire que tout est déjà parfait pour moi, alors que je rencontre une homophobie institutionnalisée et un racisme permanent dans ma vie.

Gardez-vous des racines au Burundi ? Que savez-vous de la situation des LGBT au Burundi ?

J'ai des liens profonds et forts avec le Burundi. Le Burundi me manque chaque jour. Ma famille et mes amis me manquent. Les jeunes et braves militants LGBTQIA burundais que j'ai rencontrés quand je vivais et travaillais au Burundi (en 2013) m'ont vraiment inspirée pour poursuivre mon activisme politique. J'ai été formée comme avocate d'entreprise aux Pays-Bas, et les questions socio-économiques et sociopolitiques ne m'avaient jamais interpellée, jusqu'à ce que je rencontre tous ces jeunes héros et héroïnes. Malgré le fait qu'ils évoluent dans un espace liberticide envers les LGBTQIA, ils combattent et travaillent pour de meilleures conditions de vie pour tous les Burundais, peu importe leur identité sexuelle et leur orientation sexuelle.

Que savez de la crise qui secoue le Burundi actuellement ?

La situation au Burundi me remplit de colère, parfois, de douleur, souvent, et d'espoir, toujours. L'émergence d'un mouvement jeune, politiquement conscient et ethniquement uni pour le progrès, la démocratie et le développement me donne de l'espoir. Le mouvement a refusé de se diviser, en dépit des efforts du gouvernement pour monter les individus et les communautés les uns contre les autres. Je pense que le Burundi a de réels espoirs, tant que nous pensons d'une manière unifiée, tant que nous serons solidaires, tant que nous nous battrons pour la démocratie, tant que nous viserons le progrès, aussi longtemps que nous espérerons ensemble.

Croyez-vous qu'un parti comme « Artikel 1 » puisse exister Burundi?

Sans aucun doute. Je crois fermement que les Burundais sont culturellement et philosophiquement enclins à l'harmonie, à l'égalité et à la dignité pour tous. Artikel1 vise à protéger et défendre le droit de chacun à une vie digne. La dignité exige l'égalité de traitement et l'égalité socio-politique et socio-économique. La dignité ne peut être atteinte que par la solidarité, le respect et la liberté de pensée, de mouvement, de parole et d'action. Notre vie au Burundi, en tant que personnes LGBTQIA, femmes, hommes, Hutu, Tutsi, Twa, ressortissants étrangers, communautés religieuses, citoyens régionaux, etc., serait enrichie par un engagement radical à promouvoir la dignité et l'égalité des uns et des autres.

Si vous devenez députée, que ferez-vous pour le Burundi ?

En tant que députée aux Pays-Bas, je défendrais une politique étrangère émancipatrice envers le Burundi. Ce dont nous avons besoin, en tant que Burundais, c'est des partenaires engagés dans notre émancipation en tant qu'individus et communautés. Nous avons besoin de partenaires pour nos initiatives locales, un soutien efficace des entreprises émergentes, des médias libres et indépendants et de la société civile. Nous avons besoin d'une éducation libre et culturellement sensible pour nos enfants, qui leur donnera les outils pour prospérer en tant qu'êtres humains, citoyens et Burundais; en d'autres termes, nous devons pouvoir compter sur des partenaires qui respectent notre dignité en tant qu'individus, communautés et pays.

Burundi

Élever le Général Adolphe au rang de héros, une très mauvaise idée

Jacques Bigirimana, président de l'aile pro gouvernementale du FNL, a récemment écrit au… Plus »

Copyright © 2017 YAGA. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.