14 Mars 2017

Gambie: Un VRP nommé Barrow

Son premier déplacement en tant que chef d'Etat coulait de source. Cela ne pouvait être que chez le parrain sénégalais qui l'avait accueilli pendant son court exil, obligeant qui tenait tant aux délices du pouvoir, à lâcher prise.

Devoir accompli du 2 au 4 mars dernier avec à la clé la signature de quelques accords de coopération dont la relance du projet ô combien symbolique de construction d'un pont reliant les deux rives du fleuve Gambie.

Mais, pour sa première sortie hors du continent, on se serait peut-être attendu à ce que le nouveau président d'une ancienne colonie britannique jette son dévolu sur Londres. Eh bien non ! Ce fut en France. Et c'est peut-être tant mieux ainsi.

En effet, depuis hier mardi, Adama Barrow effectue une visite sur le vieux continent en commençant par la capitale française.

Il est vrai que Paris et Bruxelles avaient suivi de près la crise postélectorale gambienne. François hollande avait même dépêché une ancienne ambassadrice pour suivre in situ les tractations qui allaient conduire « Big man »sur le chemin de l'exil.

C'est sans doute en signe de reconnaissance que le nouveau président, démocratiquement élu, effectue le présent séjour, mais c'est aussi et surtout en qualité de voyageur représentant placier (VRP) de la Gambie nouvelle, que l'homme d'affaires se déplace. Il n'y a qu'à voir le contenu de son agenda pour s'en convaincre. Entretien avec le ministre de l'Economie et des Finances ; rencontres avec le patronat français puis avec le directeur de l'Agence française de développement (AFD).

C'est l'évidence même. Le président gambien veut renouer le fil de la coopération qui avait été distendu et même pour la plupart rompu sous l'ère Jammeh. En 2010, l'Union européenne n'avait-elle pas annulé l'octroi d'une aide budgétaire de 22 millions d'euros en raison de la malgouvernance criarde associée aux violations multiples et répétées des droits de l'homme. Les relations entre Banjul et Bruxelles étaient devenues si exécrables que sa représentante avait même été expulsée en 2015.

De ce point de vue donc, c'est une nouvelle page qui s'ouvre de part et d'autre. Preuve de cette embellie, le déblocage annoncé par l'Union européenne de 75 millions d'euros pour financer des mesures d'aide immédiates en faveur des populations vulnérables et la réhabilitation des routes.

A cela pourrait s'ajouter le versement au stade d'études pour le moment, de 150 millions d'euros, soit environ 100 milliards de FCFA, pour l'emploi et la refondation de l'Etat de droit.

C'est presque un plan Marshal en faveur de la Gambie qui est en cours d'élaboration. Et il faut espérer que ces belles annonces soient suivies d'effets. Car Barrow, on le sait, hérite d'une Gambie en pleine déconfiture et dont les caisses ont été partiellement vidées par son prédécesseur avant sa fuite.

La communauté internationale devrait porter à bout de bras ce président qui se trouve pour le moment sans pain ni mie, car les Gambiens ne sauraient vivre de démocratie et d'eau fraîche. Et cette Gambie nouvelle que chantent tous ses compatriotes a certes besoin des vertus de la démocratie et de l'Etat de droit, mais aussi et surtout d'un minimum de bien-être socio-économique sans quoi les Gambiens pourraient être amenés à crucifier ce « messie » qu'ils portaient aux nues il n'y a pas si longtemps.

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