14 Mars 2017

Burkina Faso: Troubles sexuels chez la femme - Le coup de pouce de Charlemagne

interview

Vous souffrez des séquelles de l'excision ? Vous avez des problèmes d'orgasme, de malformations vulvaires ou de fuites urinaires ? Votre vie de couple est en péril à cause de cela ? Eh bien, sachez qu'il y a des solutions. Profitant de la campagne de chirurgie réparatrice et intime organisée chaque mois de mars au Burkina, nous avons rencontré le Pr Charlemagne Ouédraogo, gynécologue et obstétricien. Ainsi, avec le praticien, nous avons obtenu les informations nécessaires pour une prise en charge de ces pathologies. Lisez plutôt !

Dites-nous Pr, pourquoi une telle initiative ?

Mars étant le mois consacré à la femme, depuis 2006, nous avons mis en place cette action pour réhabiliter physiquement et psychologiquement les femmes victimes d'excision. Cette année, la campagne se tient du 6 au 18 mars. Pour ces deux semaines, nous avons bloqué le programme opératoire, deux blocs seront consacrés à ces interventions et nous gardons un autre pour les urgences. A l'heure où nous parlons, nous avons plus de cent cinquante femmes inscrites.

Pour une personne qui désire bénéficier de ces opérations, est-ce qu'il est toujours possible de s'inscrire ?

Oui. Parmi les femmes que vous avez croisez, il y a aussi celles qui viennent pour se faire enregistrer. Nous leur expliquons que nous pouvons les inclure, mais l'intervention ne se fera pas dans le cadre de la campagne. On aura tout le temps de les opérer le reste de l'année.

Selon vos termes, vous parlez d'une campagne de chirurgie réparatrice et intime, qu'est-ce que ça englobe ?

C'est l'ensemble des services que nous offrons qui sont regroupés sous ce vocable. Nous intervenons en fonction de ce que veulent les patientes. Il y a des femmes qui ont juste besoin de réparation des séquelles de l'excision. On va, par exemple, rendre le vagin perméable parce que l'excision a entraîné un rétrécissement de la vulve qui gêne les rapports sexuels. Vous avez d'autres qui veulent la reconstitution du clitoris parce qu'elles se sentent incomplètes et ont besoin de revoir l'organe qui leur a été amputé. Par une technique chirurgicale, nous ressortons toute la grande partie de l'organe qui est enfouie à l'intérieur et on le remet à jour, frisant pour que la femme puisse le voir, le palper, etc.

Il y a aussi celles qui ont des vagins délabrés (par les accouchements), des déchirures qui ont été mal cicatrisées et qui deviennent gênantes pour la vie sexuelle. Pour celles-ci, nous faisons des réparations pour permettre au contenu de s'adapter au contenant et le couple retrouve la gaieté sexuelle. Il y a un autre groupe qui a des problèmes d'orgasme. En plus des conseils que nous donnons dans ce cas, nous faisons une amplification du point G (1) à travers une petite injection à un endroit du vagin pour contribuer à lui permettre d'améliorer son plaisir. Il y a des jeunes filles qui ont des malformations vulvaires de naissance. Nous arrivons à les réparer pour qu'à l'âge adulte elles puissent avoir une vie sexuelle convenable.

Il y a aussi des femmes qui ont des incontinences urinaires d'effort. Des malaises qui surviennent en général à la suite de nombreux accouchements ou ceux difficiles. Pour ces patientes-là, les urines fuient à chaque fois qu'elles font un effort (toux, rire, sport). Alors nous faisons une correction des incontinences à travers la pose de bandelettes prothétiques et c'est immédiatement actif. Ces femmes pourront de nouveaux être sociables. Mais il faut préciser que ce trouble est différent de la fistule. En plus de tout ça, nous formons des médecins spécialistes, ceux surtout qui sont en quatrième année de formation spécialisée afin qu'ils puissent offrir plus tard ces services aux femmes qui en feront la demande.

Faut-il remplir des conditions d'âge pour profiter de ce service ?

Non. Seulement, nous pouvons reporter la prise en charge parce que la patiente est encore très jeune. Par exemple, nous n'allons pas reconstruire le clitoris pour des mineures. Nous leur donnons plutôt des conseils et nous regardons s'il y a des séquelles qui les empêchent de voir leurs règles ou de faire leurs mictions et nous les réparons.

Parlez-nous des coûts.

Le prix se situe autour de 7 000 francs CFA, et un peu plus pour les cas anesthésiques. Moins de 15 000 francs le tout. Et comme nous travaillons en collaboration avec le CHU d'Anger avec qui Yalgado est lié par une convention, il nous appuie avec une équipe et des consommables (gants, compresses, perfuseurs, fils), ça permet de réduire la charge financière des patientes.

Mais qu'en est-il en hors campagne ?

Il n'y a pas de changement. Seulement, quand on n'a plus de consommables, c'est à ce moment qu'on commence à les prescrire aux patientes.

Une fois que l'opération a été faite, combien de temps faut-il compter pour la guérison ?

Cela dépend du type d'intervention. Si on prend la reconstitution du clitoris, il faut deux mois en moyenne pour la cicatrisation. Et au cours de ce laps de temps, les rapports sexuels sont formellement interdits. La femme peut avoir une semaine de convalescence, mais après elle reprend son travail et continue ses soins. Nous la revoyons à des intervalles réguliers pour voir si la cicatrisation se passe bien. Quand il s'agit des séquelles, en deux semaines, c'est guéri ; en ce qui concerne le vagin, c'est en trois semaines ; pour l'amplification du point G, il s'agit du même jour et elle peut reprendre les rapports. Quant à l'incontinence urinaire d'effort, en une semaine généralement, ça va. On appelle ça, la chirurgie ambulatoire. Aucune femme ne restera hospitalisée.

Avez-vous des nouvelles de ces femmes qui se font opérer, retrouvent-elles après une meilleure vie de couple ?

Nous avons fait des publications scientifiques qui montrent le degré de satisfaction des femmes. Globalement, les résultats sont satisfaisants et c'est ce qui nous encourage à continuer dans ce sens. Chaque année, nous opérons à peu près quatre- vingts (80) femmes lors de la campagne et une cinquantaine en temps normal.

En tant que gynécologue, quel mot pouvez-vous adresser à toutes ces filles, ces mères qui vivent ce type de problèmes ?

D'abord, nous voudrons dire à tout le monde que les MGF, sont une atteinte aux droits humains, une pratique traditionnelle néfaste à la santé sexuelle et reproductive de la femme et qu'il faut abandonner cette pratique à jamais. Pour celles qui en ont été victimes sans avoir demandé quoi que ce soit, nous avons des solutions pour leur permettre de retrouver l'organe qui a été amputé, nous pouvons réparer les séquelles et leur redonner confiance sur le plan sexuel et génital. Nous pouvons les accompagner pour que l'ensemble des problèmes inhérents à l'excision soient résolus progressivement.

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