15 Mars 2017

Congo-Kinshasa: Vatican / Kabila - La rupture

Photo: presidentrdc.cd
Président Joseph Kabila et Sa Sainteté le Pape François

La RDC a cessé d'être cette havre de paix où des visiteurs de marque peuvent se bousculer pour y passer ne serait-ce que quelques heures. Le très pragmatique pape François vient de refuser de fouler le sol congolais estimant que le président Joseph Kabila ne serait pas fréquentable. Ce tacle diplomatique à l'endroit de Kinshasa indique qu'entre le Vatican et le président Kabila, ce serait la rupture.

Le pape François ne fera plus le déplacement de la RDC, pourtant projeté entre juillet et août 2017. « Il était prévu d'aller dans les deux Congo, mais, avec Kabila, ça ne va pas, je ne crois pas qu'on puisse y aller », a confié le souverain pontife, dans un message authentique relayé par divers medias.

Avec les blocages successifs de l'application de l'accord de la Saint-sylvestre, signé sous la médiation des évêques, le pape considère désormais le chef de l'État Kabila comme quelqu'un qui n'a pas le sens de la parole donné et du respect de ses engagements librement pris.

En le taclant ainsi, deux hypothèses sont plausibles. Soit la Cenco va arrêter ses bons offices, soit le président Kabila adhère à la mise en œuvre de l'accord du 31 décembre 2016.

Dans l'entretemps, le pape François aurait déjà mis une croix sur la RDC. Le désaveu est contenu dans cette assertion qui a fait le tour du monde : Il était prévu d'aller dans les deux Congo, mais, avec Kabila, ça ne va pas, je ne crois pas qu'on puisse y aller".

Ayant un représentant à Kinshasa et étant donné les péripéties des négociations sur l'arrangement particulier qui ouvrira la voie à l'application de l'accord de la Saint-Sylvestre qui traine en longueur, le pape François dont le pragmatisme est connu de tous, n'a pas trouvé mieux que de rayer de son programme l'escale de Kinshasa dans son périple africain.

Le Souverain pontife a souhaité de loin rendre visite au dictateur Sassou Nguesso, qui tient à sa parole, plutôt que de saluer celui qui lui avait donné toutes les garanties sur la bonne fin du processus politique en cours dans la douceur et dans le respect de la Constitution mais qui, au finish, n'a pas tenu parole.

Lors de l'audience à lui accordée au Vatican, le président Kabila aurait promis au Pape François qu'il ne s'accrocherait pas au pouvoir et ne se constituerait pas en obstacle à l'organisation rapide des élections pour la désignation de son successeur.

Selon des indiscrétions, le souverain pontife qui avait un tableau complètement sombre du président de la République, se serait ravisé, retrouvant même le sourire, affirme une source.

La crispation du début de l'audience avait donné lieu à des échanges plus conviviaux. Le pape était rassuré que tout ce qu'on lui disait du chef de l'Etat congolais n'était que procès d'intention et intentions volontaires de nuire.

Déception au Vatican

Mais, les promesses ne tiennent que pour ceux qui y croient, disent les sages. Et le pape François l'a appris, lui qui est ressortissant d'un pays à la démocratie difficile.

Au fil des couacs artificiellement créés lors des négociations de la Cénco (Conférence épiscopale nationale du Congo) qu'il suivait en permanence, il s'est rendu compte de la mauvaise foi du camp présidentiel quant à aller de l'avant dans le processus entamé.

En conséquence, il a remis en doute tout ce que le chef de l'État lui aurait déclaré au Vatican. Une très grande déception d'autant plus que le passage du président Kabila au Vatican avait suscité de l'espoir auprès du chef de l'Église catholique.

Au Vatican, toutes ces tergiversations dans l'application de l'accord, rendant encore compliquée la suite des événements, ne visent qu'une seule chose dans le chef du président Joseph Kabila: ne pas organiser les élections en vue de se maintenir au pouvoir.

La nonciature apostolique qui est ici à Kinshasa est animée par un très proche du pape François. Tout un symbole!

Kinshasa minimise

A Kinshasa, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement a, comme à son habitude, minimisé l'incident, estimant que la visite du pape François n'avait aucune incidence sur la marche de l'Etat.

« Que le pape vienne ou pas, cela ne changera rien dans le pays. Si le pape ne vient pas ça va changer quoi ici », a-t-il déclaré, répondant à une question sur actualite.cd.

Est-ce une marque de désaveu pour le pouvoir en place à Kinshasa ? Mende n'y croit pas. « Non! Il ne s'agit pas d'un désaveu. Il ne viendra pas et ce n'est pas un problème. La RDC a des problèmes certes, mais les autorités sont là, il n'y a pas désaveu ».

« Souverainiste » jusqu'au bout, Mende rappelle que les problèmes de la RDC relèvent de la responsabilité des Congolais eux-mêmes. « C'est à nous, la classe politique congolaise de nous mettre à l'évidence pour sortir vite de cette situation inquiétante que vient d'évoquer notamment le Pape.

Qui ne sait pas que la situation politique actuelle est inquiétante? Nous acteurs politiques, nous devons agir avec responsabilité pour sortir de cette crise, de cette situation inquiétante », a rappelé Lambert Mende.

La Cenco encaisse

A la Cenco, on mesure la portée de l'annulation de la visite du pape François à Kinshasa. Pour l'instant, on joue encore à la retenue. Interrogé à ce propos par actualite.cd, l'abbé Nshole s'est montré plutôt évasif. Toutefois, le secrétaire général de la Cenco a voulu plutôt rassurer : « Le pape suit de près ce qui se passe. Il a décidé en fonction de ce qu'il sait »

Pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l'annulation de la visite du pape en RDC prévue entre le mois de juillet et le mois d'août est une illustration de la crise actuelle qui nécessite une introspection de la classe politique congolaise.

L'abbé Nshole tente cependant de comprendre l'embarras du Vatican. « Je crois que la situation actuelle du pays ne lui garantit pas une bonne visite.

Vous savez, avant que le pape ne vienne, il y a une équipe d'observation qui le précède. Mais la situation actuelle ne le lui permet pas. Il y a plusieurs raisons qui expliquent l'annulation de sa visite en RDC. Et c'est vraiment dommage ». C'est tout dire.

Le plus évident est que l'annulation de la visite du pape aura des incidences sur la vie politique en RDC. L'abbé Nshole y croit fermement. « Le pape n'est pas n'importe qui dans ce monde, vous le savez mieux que moi.

Si on fait un sondage de la population congolaise, on constatera qu'il y a une large opinion qui est favorable à la visite du pape ici dans le pays. Et une telle réaction invite quand même à faire mieux. Et on ne peut pas être un bon politicien sans tenir compte de l'envie de la population ».

Par cet acte, est-une façon pour le Vatican de mettre définitivement une croix sur la médiation de la Cenco ? Dans certains milieux politiques, on n'exclut plus cette option.

A tout prendre, la décision du pape sera lourde de conséquences. Car, jusqu'au bout, le pape François a cru en Kabila. En le recevant en 2016 au Vatican Joseph Kabila a fait certainement une promesse au pape le convainquant de programmer un déplacement pastoral en RDC.

Mais, pour le Vatican, le chef de l'Etat n'a pas envoyé des signaux qui rassurent, notamment en facilitant la mise en œuvre de l'accord du 31 décembre. Ce qui n'a pas été le cas. D'où, la volte-face du Saint-Siège. C'est tout un message.

La Cenco à la croisée des chemins

En franchissant cette ligne, le pape met les évêques devant leur responsabilité soit de continuer les bons offices et y prendre leurs plumes comme actuellement, ou faire l'aveu d'échec et laisser la classe politique s'enfoncer davantage dans la crise et le pays avec.

Pour le pape François, plus de doute possible. Le chef de l'État congolais est un problème pour le pays au point qu'il ne peut visiter la plus grande nation catholique d'Afrique avec "cet obstacle" à la tête du pays.

Reste aussi que le président de la République qui connait sur quelles manettes appuyer pour accélérer la mise en application de l'accord du 31 décembre 2016 devrait faire sa part d'engagement pour que les choses avancent.

Dans ces deux cas de figure, le pape ne reprogrammera pas de sitôt un nouveau voyage vers la RDC. Il se peut aussi, étant donné la taille et l'importance de la RDC sur l'échiquier catholique africain, qu'un voyage avec comme seule destination Kinshasa et d'autres villes du pays soit décidée par le Vatican, juste pour remercier le chef de l'Etat et les Congolais sur la voie de la paix.

Mais cela n'est possible qu'avec une forte dose et démonstration d'une succession des gestes de bonne foi.

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