15 Mars 2017

Afrique de l'Est: Ouest de l'Ouganda - La tentation du bush

La région de l'ouest ougandais compte de nombreux hommes et femmes qui pour la plupart n'ont eu d'éducation que l'apprentissage des armes. Si beaucoup affirment vouloir tourner la page, la tentation de repartir au combat est grande.

« Je ne veux plus rien avoir à faire avec eux ni avec la religion ». David* est catégorique. Les Forces démocratiques alliées (ADF), pour lui, c'est terminé. Il avait 10 ans lorsqu'il a été enlevé dans son village de montagne. C'était en 1998. Les ADF de Jamil Mukulu rassemblent les habitants et enlèvent plusieurs jeunes. « Nous avons beaucoup marché, poursuit David. Ils nous ont emmenés directement de l'autre côté de la frontière ». C'est là que David a fait ses classes. Converti à un islam rigoriste prôné par Mukulu, il prend un prénom musulman. Mais surtout, comme tant d'autres, il a appris à se servir d'une arme. « C'était l'essentiel de notre instruction, plus que la religion », se souvient-il.

Les ADF, alliés à l'Armée nationale pour la libération de l'Ouganda (NALU), un autre mouvement ougandais né du fort sentiment de discrimination ressenti par les Bakonzos dans l'ouest de l'Ouganda, ont sévi de nombreuses années sur les pentes de la chaîne du Rwenzori, pillant les villages et les camps de déplacés. Chassés finalement par l'armée ougandaise, ils se sont installés dans l'ouest du Congo, et pour beaucoup, se sont intégrés aux populations locales. Les Bakonzos ougandais et les Banandes du Congo formant un même groupe ethnique, des familles se sont même formées avec des rebelles ougandais et des femmes congolaises. Durant des années, par petits groupes de 40 ou 50 rebelles, ils ont vécu de racket et des nombreux trafics locaux (or, bois, etc.), dont les débouchés se trouvent le plus souvent en Ouganda.

« Si nous savions où est notre chef, nous serions prêts à le suivre »

Mais la création d'un nouveau groupe armé, congolais celui-là, va changer la donne. Dès 2012, le M23 va rapidement faire régner la terreur dans la région de Goma et des environs, commettant de nombreuses exactions sur les populations civiles. Kinshasa et la Mission des Nations unies (Monusco) lancent une vaste opération militaire conjointe dans la région et finissent par défaire militairement le M23 fin 2013. Près de 1 500 hommes se rendent alors aux autorités ougandaises, qui leur accordent le droit de rester en Ouganda cantonnés pour l'essentiel dans le camp de Bihanga, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière.

« Ce n'est pas une prison, affirme le capitaine John Bisingya*, qui remercie même l'Ouganda pour son accueil. Nous pouvons circuler librement, même si nous avons pour consigne de ne pas nous éloigner de plus de 20 km. » Beaucoup d'entre eux ont d'ailleurs décidé depuis de rentrer clandestinement au Congo, pour rejoindre leurs familles. Lui a décidé d'attendre les consignes de Makenga. Comme ses compagnons d'infortune, il s'impatiente néanmoins. « Nous sommes frustrés, et si nous savions où est notre chef, nous serions prêts à le suivre. »

Mais la suite de la guerre contre le M23 a eu d'autres conséquences. Chassés de leurs bases, et sous la pression des FARDC, des groupes assimilés par les autorités aux ADF se livrent depuis 2013 à des pillages et des massacres, particulièrement dans la région de Béni. Même si pour de nombreux experts, la thèse d'un groupe islamiste toujours actif dans la région est peu probable. En 2015, après l'arrestation de leur chef Jamil Mukulu, les ADF se seraient en effet dispersés en plusieurs petits groupes sans activité pour certains.

Beaucoup comme David décident alors de rentrer en Ouganda, grossir les rangs des « réintégrés ». « Rester ne voulait plus rien dire, explique-t-il, alors je suis revenu. » Aujourd'hui, il veut oublier. Trouver une formation, pour ne plus avoir à récolter le coton pour deux dollars la journée, dans ces immenses champs qui bordent la chaîne du Rwenzori. Mais selon un membre de la société civile, David tout comme nombre d'ex-rebelles peuvent tout à fait se retrouver demain dans une nouvelle aventure militaire.

Plus de 155 morts dans les violences de Kasese fin 2016, selon HRW

Faute de perspectives économiques, dans cette zone transfrontalière où les tensions ethniques sont toujours présentes, la tentation de la rébellion demeure une réalité. En outre, la région a connu récemment un nouvel épisode de violence politique, avec l'assaut mené à Kasese contre le Palais du roi du Rwenzururu, soupçonné alors d'avoir des visées séparatistes. Selon les autorités, ce dernier - emprisonné depuis - aurait eu des liens avec un mystérieux groupe armé prônant l'avènement d'une République d'Yira, à cheval sur l'Etat congolais et ougandais. Une rébellion dont l'existence n'a pour le moment pas été formellement prouvée. Selon un rapport de Human Rights Watch, publié ce 15 mars, le bilan de ces deux jours de conflit aurait été beaucoup plus lourd qu'annoncé par les autorités (au moins 155 morts, contre les 87 officiellement reconnus). Parmi les personnes tuées durant l'assaut final du Palais figuraient de nombreuses victimes civiles, dont des enfants, selon l'ONG.

Outre le ressentiment des populations contre ces événements meurtriers, à Kasese et dans tout le Rwenzori, des rumeurs font également état de nouveaux recrutements, en vue de nouvelles aventures militaires dans le Nord-Kivu.

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