16 Mars 2017

Cote d'Ivoire: 39ème assemblée générale de la CAF - Hayatou et Ahmad «en maillot» pour le fauteuil du président

La Confédération africaine de football (CAF) aura un nouveau président, le jeudi 16 mars 2017, avec les élections à la présidence de l'institution.

Organisé en marge de la 39ème assemblée générale de la CAF à Addis-Abeba (Ethiopie), ce scrutin mettra aux prises deux candidats. Président de la faîtière du football continental depuis 1988, Yaya Issa Hayatou est encore en lice. Le Camerounais, à bientôt 70 ans (il est né le 9 août 1946), vise un 8ème mandat consécutif. Dans la capitale éthiopienne, il sera confronté à l'adversité d'Ahmad Ahmad (57 ans), président de la Fédération malgache de football (FMF). Un combat qui s'annonce à priori déséquilibré au vu de la longévité du président sortant et des soutiens dont il bénéficie.

Mais Ahmad, qui se présente comme le candidat de la rupture, ne manque pas d'arguments pour étayer sa candidature. Sa volonté affichée d'aller défier le Prince de Garoua, une grande première, laisse présager un combat à l'issue incertaine. Qui sont ces deux candidats et que valent-ils réellement ? Hayatou, le dépositaire du trône On ne change pas un roi comme on le ferait pour un habit. Cette image sied bien à Issa Hayatou, président de la CAF, depuis 1988. Vingt-neuf ans de règne continu, sans partage. Vingt-neuf ans d'implantation et de consolidation de son royaume «Afrique» qui font de lui, à priori, le vainqueur du prochain scrutin. Le natif de Garoua dans le Nord du Cameroun sait profiter des relations dans le monde politique. Ses rapports avec plusieurs chefs d'Etat du continent contribuent à l'imposer à la tête du football africain.

Le dernier acte en date est le décret pris par le gouvernement nigé- rian donnant mandat à la fédération de son pays de voter pour Issa Hayatou. Ce qui peut apparaître comme une intrusion du politique dans le sport est bien accueilli dans la cour du roi Hayatou comme une marque du travail bien fait. Président intérimaire de la FIFA, le 8 octobre 2015, jusqu'à l'élection en février de Gianni Infantino, Hayatou est aussi un habile manipulateur constamment hanté par la perte du pouvoir. Face à la menace de Jacques Anouma en 2012, un sérieux concurrent, il opte pour la modification des textes afin d'empêcher sa candidature. Désormais, il faut être ou avoir été membre du comité exécutif de la CAF pour pouvoir se présenter.

L'Ivoirien étant membre du comité exécutif de la FIFA et membre non élu de celui de la CAF est donc exclu. Tous les recours ont été voués à l'échec. Un amendement porté alors par l'Algérien Mohamed Raouraoua. Ce qui a laissé libre voie au Camerounais pour briguer un septième mandat. Devenu indésirable entretemps dans la cour du roi, le président de la Fédération algérienne de football (FAF) va même perdre son poste au comité exécutif de la FIFA en 2015. Hayatou ne s'arrêtera pas à ça. Sous la menace de la limite d'âge (70 ans) fixée par les textes de la CAF, il trouve la parade. Comme cela se fait dans les grandes dictatures africaines. Un nouvel amendement est voté en avril 2015 avec le saut du verrou de l'âge.

Alors que le pré- sident Hayatou n'avait que 69 ans, il serait alors forclos pour 2017. Alors qu'il avait imposé cette limitation d'âge en 2004, le Camerounais explique que le nouvel amendement a pour but de se mettre en conformité avec les textes de la FIFA. Ce qui semble archi-faux puisque la FIFA ne demande pas à être membre de son comité exécutif avant de postuler à la présidence. Ce nouvel amendement impose aussi la limitation de mandat à trois. Alors que la loi n'est pas rétroactive, Hayatou est en droit d'espérer trois autres mandats. Si bien sûr les fédérations nationales décident de lui renouveler leur confiance. Ce qui n'est pas trop un acquis comme par le passé.

La dernière élection à la FIFA avec la victoire de Gianni Infantino a montré la perte de l'influence d'Issa Hayatou. Alors qu'il avait appelé l'ensemble des fédérations africaines à voter pour le Cheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa de Bahreïn, sa consigne n'a pas été respectée. Aujourd'hui encore plusieurs voix s'élèvent pour appeler à un changement. C'est aussi le cas de l'ancien international camerounais qui pense que «tenter autre chose à la tête de la CAF n'est donc pas une mauvaise idée... », dans un entretien à Jeune Afrique. «Issa Hayatou a beaucoup fait pour le football africain. Et je pense qu'il songe à sa propre succession, pour pérenniser le bon travail qu'il a abattu.

En plus, aucune institution ne résiste aux lois des cycles et du changement. J'espère juste que ces changements pourront aider le football africain à évoluer, car c'est le plus important», a dit Samuel Eto'o. Un changement que vise l'adversaire d'Hayatou. Ahmad Ahmad, le candidat de la rupture «Le système» de la CAF ne l'a pas vu venir. Lui-même le dit. L'idée de se pré- senter à la présidence de la CAF a germé lors de la 38ème Assemblée générale ordinaire de la CAF en mai 2016 à Mexico City au Mexique. Des présidents de fédérations, soucieux de voir s'opérer un changement à la tête de l'institution, approchent l'ancien ministre malgache des Sports passé aussi par le département de la Pêche.

Face à l'insistance de ses interlocuteurs, celui qui se pose comme «le candidat du changement» décide de se lancer dans la course après avoir reçu l'onction de son pays. Membre du comité exécutif de la CAF lors à Marrakech en 2013, après avoir battu le Sud-africain Danny Jordan, une autre figure emblématique de la Confédération, Ahmad a raté d'une voix son entrée au comité exécutif de la FIFA en septembre dernier au Caire. Actuellement sénateur dans son pays, le Malgache qui est à son troisième mandat à la tête de sa fédération nationale, veut s'afficher en leader de la coalition «antiHayatou».

Soutenues au départ par une dizaine de fédérations qui ont motivé sa candidature, il profite alors de sa pré- sence à la CAN 2017 au Gabon pour annoncer officiellement sa volonté de détrôner le roi, le 16 mars prochain à Addis-Abeba. S'il refuse d'avancer qu'il va gagner à tout prix, il reconnaît néanmoins qu'il ne sera pas non plus «ridicule». Après avoir vendu son programme à toute l'Afrique depuis la fin de la CAN 2017, Ahmad peut se vanter du soutien des quatorze fédérations de la zone COSAFA (Conseil des associations de football en Afrique australe, organe représentatif des fédérations d'Afrique australe. «C'est peut-être un rêve de dire que j'aurai 100% de ses quatorze voix, mais douze au moins seront cruciales pour ravir les vingt-huit voix nécessaires à la victoire finale», a dit-il le challenger d'Hayatou.

En plus des voix de sa zone d'origine, il espère grappiller quelques voix en Afrique de l'Ouest où des manifestations de soutien à sa candidature ont été organisées. L'Afrique du Nord peut également lui ouvrir les bras surtout que les relations entre Hayatou et l'Algérien Raouraoua se sont fortement détériorées. Dans sa vision d'une «CAF nouvelle» avec un nouveau mode de gestion, le candidat de la rupture mise sur un programme tout aussi ambitieux qui prend en compte les aspirations des petites fédé- rations et les oubliés ou les exclus du système Hayatou. Une redistribution plus conséquente des fonds de la Confédération au profit des fédérations pour un investissement plus accru dans les infrastructures fait partie des axes de la réforme globale du système de la CAF prônée par le Malgache. Celui qui prévoit un «audit organisationnel ou financier» de la CAF et une étude de tous les contrats qui existent au sein de la Confé- dération croit fortement en ses chances.

Une conviction renforcée par le vent de changement qui souffle sur le monde. «Nous vivons dans une époque de transformation. La majorité des présidents de fédération ont changé. Il y a beaucoup plus de jeunes qu'avant. La moyenne d'âge tourne autour d'une quarantaine d'années. Moi-même, je me sens un peu vieux, comparé à eux. Je fais partie d'une génération intermé- diaire, entre ceux qui sont là depuis longtemps et ceux qui viennent d'arriver. Ça, c'est déjà un grand changement, je pense», a dit Ahmad.

Autre indicateur renforçant la conviction de l'outsider vient du dernier congrès de la CAF au Caire. Seize fédérations ont soutenu la réforme des statuts de la CAF concernant les candidatures à la présidence de la Confédération proposée par la Fédé- ration de Djibouti. Elle souhaitait que les candidatures ne soient plus réservées aux seuls membres du Comité exécutif, mais à tout président de fédération disposant de cinq parrainages. Dans ce combat, six autres fédérations se sont abstenues. Des signes qui réconfortent Ahmad dans son combat. «Ça indique que les gens n'acceptent plus le système et ceux qui sont à la tête de la Confédération», a-t-il interjeté.

Présenté par une partie de l'opinion comme le candidat du président de la FIFA, Gianni Infantino pour se venger du président de la CAF (Hayatou avait opté pour le candidat du Bahrein), Ahmad Ahmad est aussi vu comme un faire-valoir face au rouleau compresseur Hayatou. Dans tous les cas de figure, il devrait s'attendre à un traitement spécial au terme de l'élection.

Il sera épargné s'il est élu sinon il n'aura pas un destin autre que celui de Jacques Anouma qui a osé défier le roi dans son propre royaume. Mais cela ne semble pas effrayer le candidat du changement qui pense que le temps est venu de voir les choses autrement à la CAF. Et ce n'est pas l'Egypte qui dira non. Un pays qui conteste les conditions d'attribution des droits TV des compétitions africaines à Lagardère au point de créer une crise ouverte entre l'instance continentale et le pays hôte de son siège.

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